Calculs multiples autour d’une médiation entre le Tchad et le Soudan

Publié le par waldar

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Les récents événements de N’djaména avec la quasi chute du régime de Deby, et la disparition de Mr. Ibni Oumar Mahamat Saleh, ont sérieusement mis en mal la diplomatie française et c’est la raison pour laquelle toute une série d’initiatives ont été lancées pour tenter de corriger le désastre.

C’est ainsi que Sarkozy a annoncé la renégociation des accords de défense liant la France à plusieurs Etats africains, en fait, un simple effet d’annonce plutôt qu’une réelle volonté de rompre avec des pratiques douteuses .Il lui faudra compter avec le lobby militaro-industriel français très actif.
Ensuite, le président français a affirmé que la France était prête à jouer les médiateurs entre le Tchad et le Soudan. Dans sa vision des choses, Sarkozy occulte les politico-militaires pour ne voir que le Soudan, énième répétition des mêmes erreurs de la part des autorités françaises quand il s’agit du Tchad, leur schéma politique se résume à : « ce qui est bon pour nous, doit l’être pour vous », en d’autres termes, la France ne veut pas entendre parler des politico-militaires et bien il en sera ainsi. Le peuple tchadien aura beau aspiré à autre chose, les autorités françaises s’en moquent éperdument.

Deux images nous viennent à l’esprit. Deux comportements révélateurs du fossé qui sépare les désidératas de la France et le souhait des populations locales.
Abidjan 2004 : la Cote d’ivoire est enflammée, tous les jeunes sont dans la rue, peinture de guerre à la figure, scandant à tue-tête : « nous voulons bouffer les français », « Chirac, la Cote d’ivoire n’est pas à toi, elle est à nous ». La suite, tout le monde la connaît, des dérapages de toutes sortes.
N’djaména 2008 : Les rebelles assaillent la capitale, Deby se refugie à la base militaire française, la population est dans la rue, chantant et dansant, manifestant son soutien aux rebelles et le vomissement de l’homme des français.
Considérons, la suite des événements dans ces deux cas, à Abidjan, la France a reculé et laissé Gbagbo tranquille, à N’djaména où une population a choisi la méthode la plus pacifique pour exprimer ses sentiments et bien, ce sont les canons qui lui ont répondu. Ainsi donc, la leçon serait que seul le langage de la violence paie.

Mais revenons à la fameuse médiation dont le but est d’essayer d’isoler les politico-militaires. La particularité de cette médiation c’est que tous les protagonistes agissent selon des objectifs différents de ceux qu’ils proclament.
Les français tout d’abord veulent rassurer l’opinion internationale et ses partenaires de l’Eufor sur leur rôle au Tchad. Un accord de paix quelque peu douteux pourrait leur permettre une redéfinition de la mission initiale de l’Eufor qui est  la sécurisation des refugiés, pour arriver à contrecarrer les rebelles tchadiens.

Deux piliers de la françafrique, à savoir le Gabon et le Sénégal ont déjà été actionnés dans un passé récent pour soutenir l’opération « il faut sauver le soldat Deby » alors quoi de plus naturel que les mêmes pions soient aujourd’hui réutilisés.

Le plus zélé et le moins discret, Abdoulaye Wade a saisi la balle au bond. C’est une occasion rêvée pour lui de faire diversion au moment où les défections des Chefs d’Etat se multiplient pour participer au sommet de l’OCI qui doit se tenir à Dakar. La parade est donc toute trouvée pour atténuer l’onde de choc d’un éventuel échec du sommet. Pour être sûr de réussir son coup, Wade a tout prévu. Chose incroyable, un texte a été préparé à l’avance avant tout discussion, avant toute négociation, une première dans les annales diplomatiques, un texte général et abstrait autour duquel tout le monde peut être d’accord, accompagné d’un accord de mise en œuvre qui prévoit que le Soudan s’engage à désarmer les « bandes » rebelles tchadiennes comme les nomme Abdoulaye Wade et que les partenaires étrangers à savoir la France, l’Union Européenne, l’Union Africaine, le secrétaire général des nations unies  et les Etats-Unis seraient garants du respect des engagements des uns et des autres.

Depuis une semaine, Wade mousse à fond la désormais « réconciliation définitive » entre le Tchad et Soudan, il a lancé un appel aux chefs religieux du Sénégal pour prier pour la paix entre les deux pays. Le calcul de Wade est d’arriver à récupérer un peu de prestige pour limiter les critiques de l’après OCI.
Le calcul de la France est de donner l’impression d’avoir réussi à apaiser le climat entre le Tchad et le Soudan et de chercher à contrer les rebelles.
Le calcul de Deby est d’obéir aux volontés des français d’une part, d’autre part le schéma proposé ne parle pas des politico-militaires, c’est tout bénéfice pour lui. Par ailleurs, Abdoulaye Wade a déclaré qu’Idriss Deby lui aurait fait part de son inquiétude concernant une possibilité de coup d’Etat durant son séjour à Dakar. Le président sénégalais a ajouté avoir obtenu de Nicolas Sarkozy qu’il assure les arrières de Deby pendant son déplacement à Dakar. On croit rêver !
Quant au Soudan, il faut préciser qu’il est sorti renforcer des événements politico-militaires de N’djaména. Pourquoi ?
Premièrement, le Tchad n’a jamais réussi à faire condamner le Soudan pour son éventuel soutien à la rébellion tchadienne.
Deuxièmement, Deby a été obligé d’appeler à la rescousse la rébellion soudanaise du Darfour pour essayer de défendre N’djaména. Ce faisant les rebelles soudanais ont franchi la frontière de leur pays pour arriver jusqu’à N’djaména et ce massivement.
Dès lors, toutes leurs positions à l’intérieur du Soudan, ont été immédiatement investies par l’armée soudanaise qui assure, de fait, aujourd’hui le contrôle de la totalité de son territoire. La preuve ? La riposte immédiate des Soudanais lorsque les soldats français de l’Eufor ont violé leur frontière. Parallèlement, aujourd’hui les rebelles du Darfour campent dans les villes tchadiennes de Mongo, Ati, Abéché et N’djaména.
C’est donc un Soudan en position de force qui fera éventuellement le déplacement de Dakar, acceptera t-il de se laisser emmailler dans un accord tortueux managé par des pseudo-médiateurs ?

Comme on peut le constater, tous les acteurs de cette vaste comédie travaillent avant tout pour eux mêmes. Vouloir ignorer les rebelles tchadiens et croire qu’on pourra les faire disparaître d’un coup de baguette magique en pratiquant la politique de l’autruche, ne changera rien à la donne sur le terrain.

Après plusieurs interventions militaires de 1969 à nos jours, les autorités françaises refusent toujours de penser autrement le Tchad. De De gaulle à Sarkozy en passant par Giscard, Mitterrand et Chirac, la classe politique française n’aura finalement réussi qu’à produire des hommes politiques formatés pour nous mépriser et nous piétiner.
De cette politique de violence à notre égard, va naître quelque chose de puissant, trois signes le prouvent. L’extraordinaire coup de gueule voire le ras-le-bol de Mr. Salibou Garba chef d’un parti politique d’opposition face l’ambassadeur de l’UE Mr. Desesquelles.      
Mais aussi, la formidable marche des Tchadiens à Paris, Londres, Montréal pour dénoncer la politique française au Tchad. Et enfin, l’incroyable détermination de Mr. Yorongar et son immense courage face à la lâcheté d’un Deby connu avant tout pour ses coups bas.



Sources:zoomtchad

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