Tchad : Le grand défi de Joseph Kabila

Publié le par WALDAR WAL AKHBAAR

 

« Les Chefs d’Etat de la CEEAC devraient sortir de la langue de bois s’ils veulent réussir le sommet de Kinshasa ». C’est un vrai challenge diplomatique pour Joseph Kabila... Kinshasa organise lundi le tout premier sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) de la présidence RD Congolaise. Plus généralement, c’est la première fois depuis des lustres que la RDC abrite une rencontre sous-régionale de cette envergure. Reste à espérer que l’ordre du jour, à savoir le Tchad, soit traité avec réalisme.

Ce lundi 10 mars, Kinshasa est bien la capitale de l’Afrique centrale. Les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC se retrouvent dans la mégapole congolaise pour un sommet extraordinaire. Initiée par Joseph Kabila, cette rencontre sera centrée sur le Tchad. Ce pays a connu, début février, des affrontements sanglants entre le pouvoir en place et la rébellion. Ce qu’on a appelé la bataille de N’Djamena a failli coûter son poste et ... sa peau au Président Idriss Deby Itno. Ce dernier est quand même parvenu à avoir le dessus sur les rebelles. Ce, il est vrai, avec l’aide de la France.

Pour autant, le succès militaire du gouvernement tchadien est loin de résoudre la crise de légitimité qui frappe le pouvoir à N’Djamena. Au Tchad où depuis l’assassinat de Ngarta Tombalbaye, en 1975, l’histoire est une suite de rebellions, seule une solution politique inclusive est à même de mettre fin au cycle infernal des violences politiques. D’autant que les opposants armés ou civils au Président Deby lui reprochent d’avoir « tripatouillé » la Constitution en s’arrogeant un troisième mandat. Ce, alors qu’Idriss Deby s’était engagé à ne pas aller au-delà de deux mandats. Certes, on ne saurait réduire le conflit tchadien aux seules raisons intérieures. Tant la donne régionale avec la tension entre Khartoum et N’Djamena s’est greffée sur le mal tchado-tchadien. Les Présidents soudanais et tchadien s’accusant mutuellement de soutenir les rebelles contre leurs régimes respectifs.

Et le Darfour, se trouve être le théâtre de cette guerre aux visées géopolitiques que se mènent, par procuration, Idriss Déby Itno et Omar Hassan El Bechir. Les deux Présidents devraient, du reste, se rencontrer en ce début de semaine à Dakar en marge du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Est-ce qu’Abdoulaye Wade va réussir à réconcilier Idriss Deby et Omar El Béchir ? Rien n’est moins sûr. Car les rivalités entre N’Djamena et Khartoum débordent du cadre strict des intérêts de deux Présidents. Depuis la découverte, suivie de l’exploitation du pétrole dans le Sud du Soudan comme du Tchad, ces deux pays sont au centre de la guerre d’influence que se livrent l’Occident et la Chine. Or Pékin est déjà présent au Soudan.

Exit cet enjeu géopolitique pour revenir à la dimension tchado­tchadienne. A ce niveau, les chefs d’Etat d’Afrique centrale devraient s’efforcer de prendre quelques libertés avec la traditionnelle langue de bois diplomatique, s’ils veulent réussir leur sommet. En clair, la CEEAC devrait conseiller au président Deby de privilégier une approche politique. Laquelle passe par une espèce de dialogue intertchadien. C’est la seule manière de recréer la confiance dans le pays. Près de 50 ans après les indépendances; la crédibilité et donc la fiabilité des organisations régionales africaines dépend de la capacité des dirigeants du continent à pouvoir se dire la vérité.

On ne peut pas, sous prétexte du principe de la non ingérence dans les affaires intérieures des Etats, laisser des situations pourrir sur le continent. L’efficacité et donc le succès du sommet de Kinshasa sera jugée à l’aune de la réponse que les chefs d’Etats apporteront à la crise tchadienne. Si le réflexe de la solidarité tous azimuts entre chefs d’Etats l’emportait sur la nécessaire lecture froide du drame tchadien, Kinshasa aurait été un sommet pour rien. Dans ce cas, la CEEAC serait perçue dans une certaine opinion comme l’OUA, à savoir un syndicat des chefs d’Etat.

Par contre, Si la question tchadienne est traitée dans toute sa complexité avec à la clé des propositions inclusives de sotie de crise, le sommet de Kinshasa marquerait une ère nouvelle. Et la Présidence congolaise frapperait un grand coup. On pourrait se mettre à rêver d’une CEEAC qui réglerait les différents conflits qui gangrènent la sous-région. Ainsi les autres pays en pleine tourmente, comme le Cameroun par exemple, en situation de ni paix ni guerre comme la République centrafricaine, ou encore sous la menace des forces centrifuges comme la RDC pourraient s’en remettre à la sagesse de la CEEAC. Car seule une Afrique centrale pacifiée peut s’engager sur la voie de l’intégration et donc du développement.

source: digitalcongo
(Milor)

José Nawe/Forum des as
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