Yorongar déterminé à rentrer au Tchad pour affronter Déby

Publié le par WALDAR WAL AKHBAAR

 

 

 

 

PARIS - L'opposant tchadien Ngarlejy Yorongar a déclaré mardi devant la presse à Paris qu'il rentrerait au Tchad pour poursuivre ses activités politiques. Il s'est dit "très, très inquiet" au sujet d'un autre opposant, Ibni Oumar Mahamat Saleh, porté disparu le 3 février au moment de l'attaque des rebelles à N'Djamena mais qui, contrairement à lui, n'est pas réapparu depuis.

 

"J'ai de très sérieuses inquiétudes" au sujet de M. Saleh, a expliqué Ngarlejy Yorogar. Selon lui, son collègue a été amené dans la même prison secrète de la capitale mais son arrivée "a été réellement musclée, avec un fleuve de coups de poing, de coups de pied, de coups de crosse". "Soit il est dans un hôpital, tenu au secret, et j'en doute, soit il est mort, soit c'est un miracle."

 

Le député du Parti fédéraliste a ajouté avoir vu amener dans les mêmes bâtiments "un quatrième chef de parti" mais a refusé de divulguer son identité, disant vouloir vérifier auprès de la famille.

 

Pour sa part, Ngarlejy Yorongar rapporte avoir été arrêté par "des militaires de la garde présidentielle". "Je connais leur chef de visage. Ils portaient le brassard jaune de la garde présidentielle et de l'armée tchadienne", a-t-il précisé.

 

"J'ai été enchaîné 24 heures sur 24 pendant 19 jours", après quoi, le 21 février, deux gardes l'auraient emmené dans un cimetière de N'Djamena et auraient tiré "deux coups de feu" qui sont "passés juste à côté" de lui. Il aurait ensuite traversé le fleuve le 22 février sur une pirogue conduite par un paysan et se serait caché pendant plusieurs jours au Cameroun avant de contacter les autorités et d'être transféré à Yaoundé, la capitale, le 2 mars, puis de partir pour la France, où il est arrivé le 6 mars. "Je suis un miraculé plusieurs fois."

 

"Quatre chefs d'Etat ont intercédé en ma faveur, à ma connaissance", auprès du président tchadien Idriss Déby, a-t-il déclaré: Omar Bongo (Gabon), Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso) et Nicolas Sarkozy (France).

 

Interrogé sur les soupçons de simulation d'enlèvement et de collusion avec la rébellion armée distillés par N'Djamena, il a affirmé que "c'est un tissu de mensonges". "Le gouvernement me prend pour un allié" des rebelles, mais "je dois prendre contact avec les rebelles pour les ramener à la raison", s'est-il justifié.

 

L'opposant ne nourrit pas d'illusions sur la commission d'enquête sur le sort des disparus: "elle ne sera jamais efficace telle qu'elle est composée", il faut qu'elle comprenne des représentants des "associations des droits de l'Homme et des organisations internationales, sinon c'est un machin!"

 

Pour l'heure, M. Yorongar dispose d'un visa lui permettant de rester trois mois en France, mais le Premier ministre François Filon a promis publiquement de lui accorder l'asile politique. "Je n'ai pas encore déposé ma demande", a-t-il expliqué, estimant que le visa lui donnait "suffisamment de temps pour réfléchir".

 

Il dit avoir demandé une audience au ministère des Affaires étrangères, auprès du Premier ministre et du président Nicolas Sarkozy pour obtenir le soutien de Paris car à son avis "aucun homme politique respectable en Afrique ne peut se passer de la France". Toutefois, a-t-il souligné, ce doit être du "donnant, donnant". Il est ainsi favorable à la renégociation des accords militaires franco-tchadiens pour éviter qu'ils ne soient "utilisés par Déby contre les rebelles et ceux qui réclament la démocratie".

 

De toute façon, a assuré l'opposant, "le moment venu, je repartirai au Tchad pour marquer à la culotte Déby". "Déby m'a toujours poussé à l'asile pour être tranquille, je ne lui ferai pas ce cadeau", "je reste au Tchad pour l'affronter démocratiquement."

 

Il plaide pour "un dialogue inclusif" auquel participeraient "les partis politiques, la société civile, les rebelles et, pourquoi pas, la diaspora tchadienne à l'étranger".

 

 

 
Par Sophie TéTrel, Associated Press--
presse canadienne
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