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M. Louis Michel, vous vous trompez !, par Delphine K. Djiraibé et Antoine Malafosse - Le Monde

Publié le par WALDAR WAL AKHBAAR

undefinedAprès sa victoire contre les rebelles, début février, Idriss Déby aurait pu se présenter comme le sauveur de la nation et la rassembler sur le chemin de la paix et de la démocratie. Bien sûr, cela n'aurait été sans doute que démagogie et hypocrisie. Mais il aurait reçu le soutien soulagé de tous ceux qui le présentent depuis des années comme le seul garant de la stabilité sous-régionale et de l'unité nationale.

Mais, au lendemain de sa victoire, le président tchadien s'est immédiatement attaqué à tous ceux qui ont dénoncé ou simplement critiqué son régime et ses pratiques. Son premier geste a été de faire emprisonner trois des principaux acteurs des accords politiques du 13 août 2007. Déclaration de l'état d'urgence, chasse à l'homme, arrestations massives, exécutions extrajudiciaires... se sont succédé les jours suivants.

Abandonné par ses troupes, ses proches et par une grande partie de sa communauté, Idriss Déby est de plus en plus isolé. Il ne contrôle plus que la capitale avec de vieux chars T55 et des hélicoptères de combat pilotés par des mercenaires et surtout grâce à l'appui de rebelles soudanais du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) venus à son secours. Idriss Déby fait en ce moment même creuser des tranchées tout autour de la ville en détruisant des quartiers entiers car il sait que les rebelles sont en train de se réarmer pour réattaquer son dernier bastion. La France lui a encore une fois apporté une aide décisive. Continuera-t-elle d'appuyer cette politique de la terre brûlée ?

Pour de nombreux diplomates français et européens, Idriss Déby ne fait que se défendre contre une attaque de mercenaires soudanais, rebelles assoiffés de pouvoir soutenus par le Soudan. Bref, pour les thuriféraires de Déby, tout est de la faute du Soudan et jamais du régime tchadien, légal à défaut d'être démocratique ou légitime.

Cela va-t-il changer ? Nous en doutons lorsque nous entendons Louis Michel affirmer en de nombreuses occasions ces dernières semaines que la solution passe par la mise en oeuvre de l'accord du 13 août 2007 pour aboutir aux élections en 2009 ! M. Michel réaffirme également l'illégitimité des rebelles à participer à un processus de sortie de crise. Il oublie que ces mouvements politico-armés étaient largement affaiblis l'année dernière par leurs dissensions internes, par leur logique ethnique et par l'absence de véritables propositions politiques. S'ils ont retrouvé une place aujourd'hui grâce à l'attaque presque réussie de N'Djamena, c'est parce que personne n'a en fait réellement soutenu ces fameux accords du 13 août aujourd'hui tellement vantés par la Commission européenne. Le gouvernement tchadien a tout fait pour enterrer ces accords. La France et la Commission n'ont pas fait beaucoup mieux.

UN PACTE NATIONAL FORT

M. Louis Michel, vous vous trompez en pensant qu'un accord politique sur l'organisation d'élections transparentes pourra être suffisant pour sortir de ce conflit. Le Tchad a besoin d'un processus beaucoup plus global qui associera tous les acteurs de cette crise pour redéfinir un pacte national fort, soutenu par la population, et mis au service de la paix, de la sécurité et du développement. Les élections ne pourront venir qu'après un tel processus approfondi. Celui-ci est exigé depuis des années par l'ensemble des partis de l'opposition démocratique, par la société civile et même, n'en déplaise à certains, par l'opposition armée.

Lors de son voyage au Tchad, l'opposition démocratique et la société civile ont demandé au président Nicolas Sarkozy une véritable rupture dans la politique française au Tchad. M. Sarkozy, devant les ONG françaises et internationales, puis sur RFI, a affirmé qu'un dialogue politique devait être ouvert à tous les Tchadiens. La Commission européenne serait-elle plus attachée au statu quo que la France ?

M. Louis Michel, par votre opposition à un tel processus élargi, vous vous associez à ceux qui souhaitent redonner de la légitimité au président Déby, pour que finalement "rien ne change".

Aujourd'hui, nous demandons à l'Union européenne de ne pas tomber dans le piège de la facilité. M. Louis Michel, nous attendons que vous engagiez les pays membres dans une politique en faveur d'un véritable projet de paix durable et de réconciliation nationale au Tchad. Cela impliquera un engagement, certes plus difficile, mais constituera une véritable rupture pour une sortie de crise durable.

Delphine K. Djiraibé est coordinatrice du Comité de suivi de l'appel à la paix et à la réconciliation.
Antoine Malafosse est délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement.

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