Conflit Tchad - Soudan : Signature d'un accord de paix à Dakar

Publié le par WALDARI WA AKHBAARA

                                              

Tchad SoudanLes présidents tchadien Idriss Deby Itno et soudanais Omar Hassan el-Béchir ont enfin signé jeudi tard dans la huit, à Dakar, un accord visant à "mettre définitivement fin aux différends qui opposent les deux pays voisins et rétablir la paix et la sécurité dans la sous-région".

L'accord, conclu au Palais présidentiel sénégalais, prévoit notamment le respect de plusieurs accords signés auparavant, qui, en effet, sont restés lettre morte, puisque les conflits armés à la frontière tchado-soudanaise ont continué d'empêcher les deux dirigeants qui les ont signés de dormir sur les deux oreilles.

Les deux chefs d'Etat, qui ont maille à partir l'un avec l'autre depuis plusieurs années, demandent cette fois-ci à la communauté internationale et en particulier à la Libye, au Congo, au Sénégal, au Gabon, à l'Erythrée, à la CEN-SAD, à la CEEAC et à l'Union africaine de prendre toutes les mesures nécessaires à la création d'une "Force de paix et de sécurité" afin de garantir et d'observer les opérations mixtes de sécurisation de leur frontière commune.

Le même accord prévoit aussi la mise en place d'un "Groupe de contact" qui se réunira une fois par mois dans une des capitales des pays membres du Groupe, composé des ministères des Affaires étrangères des pays cités plus haut ou de tout représentant désigné à cet effet. Il est chargé du suivi, de la mise en oeuvre de bonne foi du présent accord et du monitoring de ses violations éventuelles. Il est co-présidé par la Libye et le Congo.

Le document qui a "force de loi" interdit toute activité de groupes armés et empêche l'utilisation des territoires respectifs (du Tchad et du Soudan) pour la déstabilisation de l'un ou de l'autre des deux Etats.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade, principal médiateur, a pris à témoin le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'OCI Ekmeldin Ihsnoglu, le président gabonais Omar Bongo Ondimba, le président en exercice de l'Union africaine Jakaya Kikwete, le président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré, ainsi que les représentants de l'Union européenne, des Etats-Unis et de la France, sans compter plusieurs dizaines de journalistes et photographes de tout bord, qui ont fait le pied de grue pendant des heures, avant d'accéder, vers minuit, à la place où cet accord a été signé.

A l'issue de la cérémonie de signature de ce document tant attendu, le ministre libyen des Affaires étrangères, Deng Aloa, a dit à Xinhua, sur le perron tapissé en rouge du somptueux Palais présidentiel, que "c'est bien la première que l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) et les Nations unies coopèrent en faveur de la paix entre deux pays africains et de la stabilité dans la sous-région". "Voilà un excellent accord",a affirmé le chef de la diplomatie libyenne.

Or, le président soudanais, arrivé à Dakar mercredi en fin d'après-midi, a brillé par son absence, "pour raison de santé", à la cérémonie de signature, bien prévue, de cet accord de paix, le soir même, à la présidence sénégalaise, à la grande déception du parrain M. Wade.

Le lendemain, jeudi, à l'ouverture du 11e sommet de l'OCI, M. Wade, élu président du bureau de l'OCI, a appelé les dirigeants tchadien et soudanais à "faire le maximum" pour faire aboutir à la signature d'un accord devant mettre fin au conflit frontalier entre les pays voisins.

La médiation sénégalaise dans le conflit entre le Tchad et le Soudan qui s'accusent mutuellement de déstabilisation par groupes armés interposés, fait suite à une "tentative de renversement" du régime du président tchadien, début février, par des rebelles supposés venir de bases arrières situées au Soudan, pays accusé aujourd'hui par N'Djamena de continuer à leur fournir des armes et des renforts.

De son côté, N'Djamena est accusé de soutenir certaines factions de la rébellion soudanaise du Darfour, notamment le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), dirigé par des membres de l'ethnie du président Deby, les Zaghawas.

Dans une déclaration à son retour de Paris, le dimanche 8 mars dernier, le chef d'Etat sénégalais avait annoncé que les présidents tchadien et soudanais signeraient à Dakar, plus précisément le 12 mars, un accord général et un autre de mise en oeuvre, une disposition qui n'était pas prévue dans la dizaine de traités signés ces dernières années entre N'Djamena et Khartoum.

Le jeudi 13 mars encore, le gouvernement soudanais a catégoriquement nié, comme l'en accuse le gouvernement tchadien, avoir des rebelles tchadiens armés chez lui et les avoir envoyés de l'autre côté de la frontière, dans l'est du Tchad.

"Nous nions totalement et point par point l'accusation", a dit à Xinhua Ali al-Sadig, porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, jugeant que cette accusation lancée par le Tchad visait à nuire aux efforts menés en ce moment à Dakar, au Sénégal pour la réconciliation entre le Tchad et le Soudan.

Plus tôt dans la journée, le gouvernement tchadien a accusé le Soudan d'avoir fait franchir la frontière avec le Tchad des rebelles. "Le gouvernement tchadien informe l'opinion nationale et internationale que le Soudan, le mercredi 12 mars 2008, a lancé plusieurs groupes lourdement armés de rebelles contre le Tchad", laissait entendre un communiqué officiel publié à N'Djamena, capitale tchadienne.

Certaines indiscrétions voient dans ces accusations mutuelles tchado-soudanaises, une paire de "mains blanches" qui se tendent vers un sous-sol riche en pétrole.

Par CHEN shun
Xinhua

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