Déplacements de populations Tchad / Darfour / Cameroun / République centrafricaine

Publié le par WALDARI WA AKHBAARA

Jusqu’à hier jeudi, des convois de l’UNHCR ont procédé au transfert -vers le camp de Kounoungou dans l’est du Tchad- de 1 063 réfugiés, qui ont fui les récentes attaques survenues dans la région soudanaise du Darfour. Des camions viennent chercher les réfugiés, préalablement rassemblés à différents points pré-désignés dans la région de Birak, une région reculée en proie à l’instabilité et située le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan. Ensuite un voyage difficile dure environ trois à quatre heures vers des camps gérés par l’UNHCR plus à l’intérieur du Tchad.

 

Bien que les tensions demeurent importantes dans cette région frontalière, nous avons jusqu’à présent pu organiser cinq convois, avec une logistique similaire, depuis le 6 mars. Un sixième est prévu aujourd’hui. Nous utilisons actuellement huit camions par convoi, mais nous espérons pouvoir porter le nombre de véhicules à une vingtaine la semaine prochaine, afin d’intensifier nos efforts pour transférer une partie des quelque 13 000 réfugiés originaires du Darfour qui ont fui les combats survenus dans la partie nord de l’Ouest-Darfour, début février.

 

En plus des transferts vers Kounoungou, nous prévoyons également de transférer certains des nouveaux arrivants vers le camp de Mile. Les deux camps, qui font partie des douze camps gérés par l’UNHCR dans cette région isolée de l’est du Tchad, se trouvent tous les deux à environ 70 kilomètres de la frontière, près de la ville tchadienne de Guéréda. Le camp de Kounoungou accueille déjà quelque 13 500 réfugiés du Darfour, alors que le camp de Mile en héberge 6 000.

 

Les tensions demeurent importantes le long de la frontière entre le Soudan et le Tchad et la situation sécuritaire extrêmement instable influe régulièrement sur notre opération de transfert. Mercredi, une équipe de l’UNHCR qui organisait le transfert de réfugiés depuis Himera, près de Birak, a fait état de plusieurs détonations puissantes, entendues du côté de la frontière à seulement quelques kilomètres, et a précipité le départ du convoi. Au même moment, une autre équipe de l’UNHCR préparant un convoi de réfugiés depuis Bagar Katala, à quelques kilomètres d’Himera, a dû partir de toute urgence vers la ville de Birak dans le bruit continu de fortes explosions venant du côté de la frontière toute proche. La sécurité le long de la frontière est également perturbée par la présence permanente de différents groupes armés à bord de véhicules ou se déplaçant à cheval.

 

Les réfugiés, qui sont transférés depuis la zone frontalière vers des camps plus sûrs à l’intérieur du pays, font partie d’un groupe important de quelque 13 000 personnes originaires du Darfour qui sont arrivées au Tchad au cours du mois de février, pour échapper aux bombardements aériens et aux attaques terrestres menées par des milices, dans la région de Djebel Moun dans l’Ouest-Darfour. Ils ont trouvé refuge dans et autour de 11 villages tchadiens dans la région de Birak, notamment à Seneit, à Figuera, à Bagar Katala, à Djatak et à Himera.

 

Les réfugiés interviewés cette semaine ont dit qu’ils avaient enterré des sacs de céréales dans leurs villages, dans l’Ouest-Darfour, avant de prendre la fuite. Certains sont retournés dans leurs villages et ont découvert que leur stock avait été retrouvé et détruit par les milices janjawid, les laissant sans rien et les contraignant à repartir vers le Tchad. Certains réfugiés avaient déjà fui le Darfour pour le Tchad en 2003-2004, mais ils étaient rentrés chez eux au Darfour en 2007, après des tensions interethniques au Tchad entre les Zaghawas et les Tamas. Les derniers combats en date survenus dans le nord du Darfour les ont contraints à fuir de nouveau vers le Tchad.

 

L’UNHCR et ses partenaires prennent déjà en charge 240 000 réfugiés soudanais originaires du Darfour dans 12 camps dispersés dans l’est du Tchad.

 

Dans la partie nord de l’Ouest-Darfour, pendant ce temps, l’UNHCR mène des missions sur le terrain dans les lieux frappés par les récentes attaques dans le cadre d’un processus d’évaluation conjointe des Nations Unies pour identifier les besoins humanitaires. Au cours de la semaine dernière, des équipes de l’UNHCR se sont rendues à Sirba, à Abu Sourouj, à Armankul, à Tendelti, à Sileah et à Bir Saleeba dans la région de l’Ouest-Darfour.

 

Dans certaines zones, notamment à Sirba et à Abu Sourouj, la grande majorité de la population a commencé à revenir vers leurs villages, bien que quelques familles soient toujours dispersées le long de la frontière Tchad-Soudan. A Sirba, environ deux tiers de la population est maintenant rentrée. Environ 90 pour cent des habitants sont rentrés à Abu Sourouj.

 

Dans d’autres lieux comme Sileah, la situation sur le terrain semble plus complexe. Quelques personnes ont commencé avec prudence à rentrer chez elles, mais la grande majorité préfère rester dans des régions voisines de l’Ouest-Darfour et au Tchad. Au total, environ 600 sur les 20 000 habitants de Sileah sont rentrés chez eux. Compte tenu de l’insécurité permanente dans la région de Sileah, il est peu probable qu’il y ait des retours importants dans un futur proche. A Armankul et à Tendelti, la situation des personnes déplacées est stable. Elles ont reçu des aliments de base et des biens de secours non alimentaires.

 

Nos équipes ont également rapporté qu’au cours des trois dernières semaines, des centaines de Tchadiens étaient récemment arrivés dans les régions d’Armankul et d’Abu Sourouj situées dans l’Ouest-Darfour, racontant qu’ils avaient fui les violences intertribales survenues au Tchad.

 

 

Tchad / Cameroun : pendant ce temps, au Cameroun, l’UNHCR a procédé à ce jour au transfert de quelque 8 400 Tchadiens réfugiés vers le camp de Maltam, à 32 kilomètres de la ville camerounaise de Kousseri, située de l’autre côté du fleuve en face de la capitale tchadienne, N’Djamena. Des milliers de Tchadiens ont fui en traversant le fleuve frontière vers le Cameroun début février pour échapper aux combats entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles à N’Djamena. Ils ont trouvé refuge à Kousseri, au bord du fleuve Logone.

 

Sud du Tchad/République centrafricaine : les équipes de l’UNHCR font état de l’arrivée de 3 000 réfugiés supplémentaires venus du nord de la République centrafricaine. Ils sont entrés au Tchad ces deux dernières semaines, portant le total de nouveaux arrivants à quelque 14 000 depuis le début de l’année. La majorité reste dans la région du village de Maya, à moins d’un kilomètre de la frontière, du côté tchadien. Nous prévoyons de démarrer les premiers transferts de réfugiés aujourd’hui vendredi, vers un site temporaire près du village de Dembo, à 25 kilomètres à l’intérieur du pays où des tentes, des couvertures, des bâches en plastique, des jerricans et une aide alimentaire leur seront distribués. Les réfugiés centrafricains disent qu’ils ont dû fuir une nouvelle vague de raids armés, durant lesquels leurs maisons ont été pillées et brûlées, dans leur région en proie à l’anarchie, au nord-est de la République centrafricaine. Tous attribuent ces violences à des groupes armés rivaux et à des bandits zaraguinas qui volent le bétail et enlèvent des enfants contre rançon.

 

En février, les retours depuis le Kenya ont également connu une augmentation pour atteindre 2 500 personnes par mois en comparaison de la moyenne mensuelle de 600 observée pendant le premier semestre de 2007. Une opération aérienne régulière mise en oeuvre pour le retour a lieu actuellement depuis le camp de Kakuma au Kenya vers l’Etat de Jonglei au Sud-Soudan. Des rapatriements ont également lieu vers les Etats de Lakes et Warrab au Sud-Soudan. D’autres rapatriements vers les Etats d’Unity et vers le nord de Bahr El Gazal devraient commencer bientôt.

 

Les retours depuis l’Ethiopie vers les Etats du Nil Bleu et du Nil Supérieur * deux Etats sud-soudanais qui ont été ravagés par de graves inondations en 2007 * restent pour l’instant à un niveau régulier de 600 retours par mois, mais le rythme devrait aussi s’accélérer dans les semaines à venir.

 

Des dons récents de camions par les Gouvernements suisse et suédois, ainsi que la Commission pour l’aide et la réhabilitation du Sud-Soudan, ont été cruciaux pour augmenter les capacités de réponse de l’UNHCR et faire face aux besoins accrus pour cette opération de rapatriement. Cette année, l’UNHCR prévoit de faciliter le rapatriement volontaire de 80 000 réfugiés soudanais depuis l’Ouganda (45 000), le Kenya (17 000), l’Ethiopie (16 000) et l’Egypte (2 000).
source: APO

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