SOUDAN-TCHAD : Le sultan des Fours du Soudan, appelle les Etats musulmans à sauver le Darfour

Publié le par WALDARI WA AKHBAARA

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Salah Eldine Mahamat Fadoul, le sultan des 
Fours du Soudan, était présent au sommet 
des chefs d’Etat de l’Organisation de la 
conférence islamique (OCI). Il veut convaincre
 les pays musulmans d’aider à mettre fin à la 
violence dans le Darfour.



Interview réalisée par l'IRIN-agence du département d'informations humanitaires des Nations Unies



DAKAR, 17 mars 2008 (IRIN) - Le Darfour tient son nom de la tribu des Fours, le groupe ethnique le plus important, qui a dominé la région pendant plusieurs centaines d’années. Le conflit du Darfour a fait quelque 2,5 millions de déplacés et des centaines de milliers de morts, dont bon nombre au sein de la communauté des Fours.

Deux organisations de défense des droits humains – la Save Darfur Coalition (Etats-Unis) et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme/RADDHO (Sénégal) - ont permis au sultan des Fours, Salah Eldine Mahamat Fadoul, et à un de ses conseillers religieux de prendre part au sommet des chefs d’Etat de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui s’est tenu la semaine dernière à Dakar, capitale sénégalaise, pour tenter de convaincre les dirigeants des pays musulmans d’agir de manière plus active pour mettre fin à la violence dans le Darfour.

En marge du sommet de l’OCI, les chefs d’Etat du Tchad et du Soudan se sont rencontrés le 13 mars et ont signé un nouvel accord par lequel ils s’engagent à ne plus soutenir les groupes rebelles présents sur leurs territoires respectifs. IRIN s’est entretenu avec le sultan Fadoul à propos de ce nouvel accord et des efforts de paix au Darfour. Voici quelques extraits de cet entretien :

IRIN : Pensez-vous que ce nouvel accord va changer la situation ?

LE SULTAN FADOUL : C’est un bon accord. J’espère que le Soudan et le Tchad cesseront de soutenir les groupes rebelles qu’ils abritent sur leurs territoires et que cela va réduire les tensions. Je pense que le Tchad et le Soudan ont réellement besoin de calmer la situation. La guerre [par procuration] qu’ils se livrent a beaucoup coûté aux deux pays.

IRIN : Au cours des dernières années, la Libye a négocié plusieurs accords de paix entre le Tchad et le Soudan, mais ces accords n’ont jamais abouti. Pourquoi celui-ci serait-il différent des autres ?

LE SULTAN FADOUL : Cet accord a été signé en présence de Ban Ki-moon [le Secrétaire général des Nations Unies] et de nombreux chefs d’Etat. Il est possible que cet accord n’aboutisse pas non plus, mais je pense que ses chances de succès sont plus grandes. Mouammar Khaddafi, le chef d’Etat libyen, aime nous recevoir dans son pays, organiser des pourparlers et distribuer de l’argent, mais il ne cherche pas à comprendre les problèmes du Darfour. Il se plaît à dire que les protagonistes se battent pour des broutilles, alors que les causes du conflit sont bien plus complexes que cela.

IRIN : Que faut-il pour mettre fin à la violence dans le Darfour ?

LE SULTAN FADOUL : Si la force hybride de la Mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) pouvait être déployée avec tous les moyens qu’il faut, alors nos populations se sentiraient plus en sécurité et des milliers de déplacés regagneraient leurs villages. Mais auparavant, il fait désarmer les janjawids [les milices arabes]. Le gouvernement ne peut pas le faire parce que c’est lui qui les a armés et que, bien évidemment, les janjawids refuseront de désarmer. Seules les Nations Unies peuvent mener cette opération.

IRIN : Mais êtes- vous sûr que les Nations Unies peuvent réellement les désarmer ?

LE SULTAN FADOUL : Nous espérons que la force hybride des Nations Unies sera forte, mais nous craignons qu’elle ne soit aussi faible que les casques verts de l’ancienne mission de l’UA. Cela a été une très mauvaise expérience, bien que la situation se soit quelque peu améliorée grâce à la pression et au contrôle qu’exerce la communauté internationale sur le gouvernement soudanais pour l’amener à mettre fin aux exactions.

IRIN : Et pourtant les attaques se poursuivent encore dans la région de Jebel Moon.

LE SULTAN FADOUL : Oui, de ce point de vue, la situation ne s’est pas améliorée car le gouvernement soudanais continue de mener des bombardements aériens et de privilégier la solution militaire à un règlement politique. Et ce sont essentiellement les civils fours qui sont encore déplacés.

IRIN : Que peut-on faire ?

LE SULTAN FADOUL : Nous sommes ici à Dakar [dans le cadre du sommet de l’OCI] pour tenter de sensibiliser les chefs d’Etat de l’OCI au problème du Darfour et pour leur faire prendre conscience qu’ils peuvent peser de tout leur poids pour mettre fin au conflit. Nous pensons que le [Secrétaire général] de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, devrait mener une médiation avec le prochain président de l’OCI, Maître Abdoulaye Wade, le président de la République du Sénégal, avec la participation active de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite. Et avec l’aide de la Malaisie et de la Chine [qui a massivement investi dans l’exploitation pétrolière au Soudan], ils pourront exercer une plus grande pression sur le gouvernement soudanais que les Nations Unies ; en plus, ils pourront influer sur la manière dont la mission des Nations Unies est déployée dans la région. L’Arabie Saoudite devrait se montrer plus présente et les Etats-Unis pourraient aussi en faire beaucoup plus.

IRIN : Que faut-il faire exactement ?

LE SULTAN FADOUL : Une fois les milices janjawids désarmées, la première chose à faire pour le gouvernement et les groupes rebelles sera d’engager des négociations. Mais c’est vrai qu’il sera difficile d’aboutir à la paix sans la signature d’un accord frontalier [entre le Tchad et le Soudan].

IRIN : Considérez-vous les communautés arabes comme vos ennemis ?

LE SULTAN FADOUL : Nous sommes tous musulmans et mon rôle en tant que sultan du Darfour n’est pas uniquement de représenter les Fours, mais de rassembler toutes les communautés de la région. Nous avons essayé d’expliquer aux communautés arabes que le gouvernement les avaient trompés en les poussant à nous tuer, nous leurs frères, pour les empêcher de prendre le pouvoir à Khartoum. À présent, elles commencent à se rendre compte et à reconnaître que les Fours ont le droit légitime de diriger le Darfour étant donné que nous sommes majoritaires dans la région et que nous la gouvernons depuis plusieurs centaines d’années. En matière de « hawakir » [distribution des terres], les responsables fours se sont toujours montrés équitables, et nous sommes une communauté intègre et pacifique. Nous envisageons d’organiser une conférence avec toutes les autres communautés du Darfour. Le problème est que cette conférence ne peut pas avoir lieu pour l’instant parce que les rebelles ne peuvent pas traverser librement la frontière pour entrer au Soudan [à partir du Tchad].

IRIN : Il doit vous arriver parfois de vous retrouver dans une posture politique difficile ?

LE SULTAN FADOUL : Oh ! ma tâche est bien difficile. Le gouvernement me demande d’être son intermédiaire auprès des rebelles, mais lorsqu’on pense que je suis trop proche de la rébellion, on me prend pour un rebelle. J’ai même déjà été emprisonné deux fois. Lorsque je suis de près les directives du gouvernement, les rebelles se fâchent contre moi et ma communauté aussi. De toutes les communautés ethniques du Darfour, les Fours ont le plus souffert des déplacements, ce qui les a amenés à se rebeller contre le gouvernement parce que celui-ci a encouragé cette situation. Pour être franc, je dirai aussi que le gouvernement est responsable de cet état de fait. Je sais que je peux avoir des ennuis en affirmant cela, mais je préfère que le gouvernement se fâche contre moi parce que je dis la vérité plutôt qu’Allah soit fâché contre moi parce que j’aurais menti.

dh/nr/ads/nh

sources:
www.irinnews.org

Publié dans Actualités

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