République Centrafricaine : l'armée tchadienne attaque et incendie des villages frontaliers

Publié le par Hamid K.

L'armée tchadienne a lancé de nombreuses attaques transfrontalières contre des villages dans le nord-ouest de la République centrafricaine (RCA) au cours des dernières semaines, tuant des civils, incendiant des villages et volant du bétail, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis janvier 2008, les chercheurs de Human Rights Watch ont documenté au moins cinq différentes attaques transfrontalières contre des villages frontaliers centrafricains, la plupart entre Markounda et Maitoukoulou dans la partie nord-ouest du pays. Les forces armées tchadiennes semblent agir en soutien aux bergers tchadiens et centrafricains connus sous le nom de Peuls, en conflit avec les fermiers locaux de la RCA qui essaient de protéger leurs récoltes. Les pires violences se sont produites le 29 février, dans un déchaînement qui a détruit six villages dans la région de Maitoukoulou.

Plus d'un millier de personnes ont été déplacées dans le pays ou ont été obligées de fuir de l'autre côté de la frontière, dans le sud du Tchad. Les personnes déplacées à l'intérieur du pays vivent dans des conditions effroyables dans les camps de Maitoukoulou, et dans la crainte de nouvelles attaques, comme l'a constaté Human Rights Watch.

« Les populations du nord de la RCA sont attaquées de toutes parts. Elles ont subi les attaques de groupes rebelles, de bandits, de leur propre armée et maintenant de l'armée tchadienne », a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Ces incursions meurtrières de l'armée tchadienne déstabilisent encore plus une région à l'équilibre déjà précaire. »

Les fermiers locaux de RCA et les bergers nomades Peuls qui conduisent leurs troupeaux vers le sud depuis le Tchad pendant la saison sèche s'affrontent régulièrement à cause des destructions de récoltes provoquées par le bétail et de l'accès aux pâturages et aux points d'eau. Du fait de l'insécurité qui règne dans la région, les autorités de la RCA ne jouent plus de rôle important dans la résolution de ces conflits, et des groupes armés sont de plus en plus impliqués dans les affrontements.

Des fermiers locaux ont dit à Human Rights Watch qu'à la fin 2007, ils s'étaient rapprochés des rebelles antigouvernementaux de la RCA de la région, l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD), pour maintenir les bergers Peuls hors de leurs terres. Des conflits ont éclaté à Katogo, Batangafo et Bakassa entre les Peuls et l'APRD soutenue par les fermiers. En réaction, les Peuls ont semble-t-il convaincu les autorités tchadiennes d'intervenir pour leur compte. Les premières incursions de l'armée tchadienne ont eu lieu à la mi janvier 2008 dans le village de Sabo, et elles ont été suivies d'attaques de plus en plus intenses contre Dokabi, Bele et Daga sur la route entre Markounda et Maitoukoulou, ainsi que Bedaya II et Bebingui, au nord de Paoua, à la mi février.

Les affrontements se sont intensifiés le 29 février, quand des véhicules militaires tchadiens officiels ont débarqué des soldats à l'intérieur de la RCA, qui ont ensuite traversé à pied la rivière Ouham puis sont entrés à cheval dans le village de Silambi. Accompagnés de bergers Peuls, les soldats tchadiens ont pénétré dans la localité vers 5 heures du matin, tirant aveuglément. Des témoins ont dit que la plupart des assaillants étaient des hommes armés de fusils d'assaut, portant des uniformes militaires avec le drapeau tchadien sur la manche et les turbans kakis distinctifs des forces armées tchadiennes, et qu'ils parlaient l'arabe tchadien. Un civil a été tué et un autre blessé par les coups de feu. Les assaillants ont saccagé et pillé le village avant de mettre le feu à quelques 200 maisons aux toits de chaume, ainsi qu'à l'école et à l'église. Tous les bâtiments, sauf cinq dont les toits étaient en tôle, ont été incendiés. La population, qui comptait plusieurs centaines de personnes, a pris la fuite, abandonnant sur place ses biens et sa nourriture.

Des témoins oculaires et les autorités villageoises ont dit à Human Rights Watch que le même jour les assaillants avaient détruit les villages voisins qu'ils avaient traversés : Maikoyo, Ngartubam, Maissoulo II, Dawala et Tira. Dans chaque village, ils ont répété leur tactique de la terre brûlée. Au milieu de la matinée, ils avaient détruit tous ces villages à l'exception d'une partie de Tira, où ils se sont reposés jusqu'au milieu de l'après-midi. Ils ont fait prisonniers cinq habitants pour qu'ils remplissent des corvées comme aller chercher de l'eau, et abattre des chèvres et les faire cuire. Les trois hommes et les deux femmes ainsi retenus ont été fouettés et battus par les soldats. Une femme de 40 ans qui se trouvait parmi ces habitants a raconté aux chercheurs de Human Rights Watch la façon dont les soldats l'avait obligée à brûler sa propre maison, ainsi que celles de son mari et de son fils. Elle avait refusé, mais ils l'ont fouettée jusqu'à ce qu'elle accepte de participer.

En tout, quatre personnes ont été tuées au cours des attaques du 29 février et quatre autres au moins ont été blessées. Parmi les blessés, une personne est morte plus tard ce jour-là. Une autre personne blessée a été emmenée au Tchad par les assaillants et finalement relâchée contre une rançon de 15 000 CFA (environ 36 US$). Un troisième homme a été transporté par les villageois dans une clinique médicale à Gon, au Tchad, et il a ensuite été enlevé par l'armée tchadienne. Sa famille s'est rendue à la base militaire tchadienne la plus proche, à Moïssala, pour le chercher, mais il est porté disparu et sa situation pose de graves inquiétudes.

Il n'est pas encore clair si les attaques de l'armée tchadienne ont été approuvées et coordonnées par les autorités de la RCA, qui au cours des années passées ont autorisé l'armée tchadienne à opérer au sein de la région frontalière. Etant donné que les attaques constituaient en partie des représailles contre le groupe rebelle de l'APRD, il est possible que les autorités de la RCA aient autorisé les attaques. L'un des villages attaqués, Bebingui, est le village natal du porte-parole de l'APRD, Laurent Djim Weil.

Entre 2005 et 2007, les forces de sécurité de la RCA, en particulier l'unité d'élite de la Garde présidentielle, ont perpétré de multiples exactions à l'encontre de la population civile du nord-ouest de la RCA, exécutant des centaines de civils et incendiant environ 10 000 maisons dans le cadre d'une campagne acharnée de contre-insurrection contre l'APRD. En septembre 2007, Human Rights Watch a publié un rapport détaillé, « Etat d'anarchie », décrivant en détail ces meurtres et ces villages incendiés. Fin 2007, les autorités de la RCA ont retiré les troupes de la Garde présidentielle auteurs d'exactions de la partie nord-ouest de la RCA, ce qui a entraîné une baisse spectaculaire des exécutions et autres exactions.

« La situation sécuritaire pour les civils dans le nord-ouest de la RCA demeure très fragile », a ajouté Gagnon. « Le gouvernement du Tchad doit donner immédiatement des instructions à ses soldats pour qu'ils ne participent pas à ces attaques. Les victimes ont aussi le droit d'obtenir justice pour ces attaques et pour les exactions qu'elles ont subies. »

Source:  news press

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