ARCHE DE ZOE : Une libération différée mais la justice tchadienne serait plus souveraine si elle protégeait l'opposition politique tchadienne !

Publié le par Hamid K.

Idriss Déby, président du Tchad, examine la grâce des membres de l’arche de Zoé détenus en France. Il estime que la procédure ne prendra pas plus d’un mois. Il demande toutefois que les familles des enfants que l’Arche de Zoé voulait emmener en France soient d’abord indemnisées.

DEPUIS LE DEBUT de cette affaire, on a ssisté à une farce juridique et politique qui commence à devenir insoutenable. Personne, en France en tous cas, ne pense que les membres de l’Arche de Zoé méritent huit années de prison. End roit simple, le fait qu’ils aient eu l’intention de transférer en France unen centaine d’enfants n’est même pas un délit car il n’y a pas eu d’acte : lens enfants sont toujours au Tchad.

Régime et opinion. Et c’est avec trois de retard que le gouvernement tchadien les a rendus à leurs familles. Pour une raison simple : Idriss Déby ne voulait pas les renvoyer dans leur foyer avant d’avoir tiré de l’affaire tous les avantages possibles.

On est, comme on pouvait le craindre, dans une misérable discussion de gros sous. Les enfants n’ayant subi aucun traumatisme particulier, on ne voit pas pourquoi il faudrait indemniser leurs familles, sinon parce que l’indignation des Tchadiens et leur sentiment antifrançais sont forts.

Mais M. Déby n’accorde pas à l’opinion publique tchadienne toute l’attention qu’il lui prodiguerait si son mode de gouvernement était démocratique. Il ne s’est pas privé de faire enlever et même de faire disparaître des opposants politiques à la faveur de la bataille de N’Djamena, alors que ces opposants ne s’expriment que par les mots et non pas par les armes.

On ne voit pas pourquoi il dresse sa sinistre clomptabilité (il réclame un peu plus de 6 millions d’euros qui, à nos yeux, ont un nom, celui de rançon) alors que, au moment où il se battait le dos au mur dans son palais assiégé par les rebelles, il n’a dû son salut qu’aux renseignements, sinon à l’aide militaire, que lui a fournis l’Armée Française. Il ne saurait nier non plus que son régime a été consolidé par les équipements militaires que la France lui a fait parvenir. Qu’il ait eu du courage pendant la bataille est indéniable. Mais il faut appeler un régime arbitraire par son nom.

M. Déby est un dictateur et, si Nicolas Sarkozy a prononcé en Afrique du Sud un discours consacré à la fin de la Françafrique, M. Déby, lui, n’en a pas encore subi les conséquences.

Le gouvernement français a eu pour cet homme des complaisances multiples depuis qu’a éclaté l’affaire de l’ARCHE DE ZOE. Certes ses membres ont agi en dépit des avertissements du Quai d’Orsay ; certes, ils se sont montrés à la fois irresponsables et, dans le cas d’Eric Breteau et d’Emilie Lelouch, capables de duplicité. Mais il est clair que les quatre autres détenus et notamment le Docteur Philippe Van Winkelberg, n’ont été animés que par des motivations humanitaires.

M. Sarkozy s’est d’abord rendu au Tchad pour récupérer six personnes, dont trois hôtesses de l’air espagnoles, qui, de toute évidence, ne pouvaient faire partir de ce « complot » dénoncé par le Tchad. Ce faisant, il a été accusé d’avoir agi avec légèreté et de n’avoir respécter la souveraineté tchadienne. Du coup, il a fallu réserver des égards tout particuliers à l’indépendance du pouvoir judiciaire tchadien, dont on n’a pas remarqué, quelques semaines plus tard, qu’il fût resté en place à N’Djamena quand les rebelles y sont arrivés ou qu’il se fût dressé contre les méthodes utilisées par Idriss Déby pour anéantir l’opposion politique.

LA JUSTICE TCHADIENNE SERAIT SOUVERAINE SI ELLE PROTEGEAIT L’OPPOSITION POLITIQUE

Effacer l’ardoise. Une fois encore, le gouvernement a réussi l’inespéré en obtenant de la justice tchadienne, sans doute grâce à des pressions sur M. Déby, que les condamnés purgent leur peine en France. On peut supposer que, si la peine de huit ans de travaux forcés a été commuée par la justice française en une peine de huit années de prison, c’est un peu aussi parce qu’il fallait ménager les susceptibilités tchadiennes. Personne en France ne croit à la comédie qui a été jouée avec un pays dont le poids moral et politique est à peu près nul. On peut donc dire que des innocents, au moins en ce qui concerne le médecin et peut être d’autres détenus, doivent la prolongation de leur séjour en prison aux méandres juridico-politiques dans lesquels la diplomatie française évolue avec difficulté.

Mais la notion d’indemnités n’a pas beaucoup de sens quand on sait que le Tchad coùute 25 millions d’euros par an à la France, qui répond par un « non » sans appel.

Au nom de sa survie politique, M. Déby aurait pu effacer l’ardoise si tant est qu’il eût le droit de la brandir. A n’en pas douter. Il faut, dans une affaire aussi compliquée, plus de patience que l’opinion française n’en a.

D’ailleurs les avocats des détenus se sont montrés conciliants et calmes après les déclarations que le président tchadien a faites à une chaine française de télévision jeudi dernier dans lesquelles il soulevait la question des indemnités. Certes, un mois, c’est tout de même mieux que huit ans. Mais on a le droit de penser que le président du Tchad doit plus à la France que celle-ci ne lui doit.

Richard LISCIA

© LE QUOTIDIEN DU MEDECIN

Publié dans Societe

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