Arche de Zoe a eu une analyse idéologique et non pas une analyse au terme d'une étude de terrain

Publié le par Hamid K.

Entretien avec Bernard Boëton, 57 ans.Originaire d'Avranches, il est responsable des droits de l'enfant à l'irréprochable fondation suisse Terre des Hommes.


Comme réagissez-vous à l'affaire de l'Arche de Zoé ?

Ce qui sévit, chez nous, c'est la colère. Nous ne sommes pas des voleurs d'enfants. Tout a bougé en 25 ans. Avant, on pouvait dire : je veux faire le bien, donc j'ai raison. Le bon sentiment, l'émotion parfaitement légitime, le désir de donner sa chance à un enfant qui ne l'a pas, sont maîtrisés.


Qu'est ce qui a changé ?


Autrefois, en Mauritanie, au Bangladesh, il n'y avait pas de pédiatres, d'infirmières, de logisticiens, pas d'avocats spécialisés en droits de l'enfant. Pour des gamins abandonnés, malades, délinquants, c'était la feuille blanche. Le travail des ONG a été de former les gens sur place. Aujourd'hui, on a des gens compétents partout. Même au Tchad, on rencontre des individus capables de traiter sur le fond. Le problème c'est les moyens, l'argent, la corruption.


Vous avez des exemples ?


Le Darfour. J'ai demandé à notre délégué là-bas. Que penses-tu de l'idée d'évacuer des enfants ? Il me dit : « C'est absurde. Nous avons des problèmes de sécurité éventuellement la nuit, mais dans la journée rien. » Mais il y a quand même des enfants qui ont problème grave ? « On évacue avec un membre de la famille dans un hôpital de Khartoum ou on va dans une clinique du Kenya. » Autrement dit, il y a un tas de filtres qui n'existaient pas il y 25 ans.


C'est quoi l'erreur de l'arche de Zoé ?


C'est d'avoir eu une analyse idéologique et non pas une analyse au terme d'une étude de terrain. Ils ont dit d'emblée : l'ONU c'est nul, les ONG c'est nul, les enfants meurent, on va les chercher et on les ramène pour Noël. Personne ne travaille comme ça.


Le désir d'adoption peut-il peser ?


La règle de l'adoption, c'est de chercher des familles pour des enfants qui en ont besoin. Pas l'inverse. Le point de départ, c'est la situation de l'enfant. On cherche d'abord des solutions dans son pays.


Faut-il se méfier du romantisme des humanitaires baroudeurs ?


C'est quelque chose de très français, le médiatico-humanitaire. Parmi les ONG anglo-saxonnes, il y a très peu de ces fondateurs charismatiques comme Kouchner ou l'abbé Pierre. N'est pas l'abbé Pierre qui veut. Lui, son boulot, c'était de hurler au grand jour, pas de cacher ce qu'il allait faire. Aujourd'hui, il ne suffit plus de dire : je fais le Bien et j'ai raison. Il faut le prouver.

 


Receuilli par
François SIMON

sourec: www.ouest-france.fr

Publié dans Societe

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