Darfour: l'ONU humiliée ?

Publié le par Hamid K.

 

Par François Brousseau

Le Darfour... cinq ans déjà! Cinq ans d'une cause qui a – un peu comme la cause tibétaine – allumé la sympathie des Occidentaux et provoqué une mobilisation humanitaire, sans pour autant que cette prise de conscience ne se traduise en progrès pour ceux qu'on prétend aider. 
 
On parle aujourd'hui d'une recrudescence des violences. Un rapport de l'ONU, rendu public à la mi-mars, fait état de massacres dans plusieurs villages du Darfour-Ouest en janvier et février, et accuse carrément les autorités de Khartoum d'avoir tué des dizaines de civils. À Khartoum, on nie toute violence contre les civils, tout en reconnaissant qu'il y a en ce moment une recrudescence des combats. 
 
Une guerre qui change 
 
Au début, la guerre du Darfour était plus simple. Les violences étaient plus massives et perpétrées principalement par des troupes progouvernementales soudanaises, les fameux « djandjawids » à cheval. Ces troupes pillaient et violaient allègrement, rasant des centaines de villages. 
 
La majorité des victimes – de 200 000 à 400 000 morts selon les sources, plus environ 2 millions et demi de déplacés – date de cette première période, en 2003 et 2004. À l'époque, on parlait essentiellement de deux groupes rebelles qui faisaient la lutte aux troupes gouvernementales. 
 
Pour faire une image simple, c'était alors des Arabes islamistes de Khartoum qui s'en prenaient, avec des « troupes de choc » (les djandjawids), aux populations noires musulmanes de l'ouest du pays*. 
 
Mais aujourd'hui, il y a multiplication des fronts. Les groupes rebelles se sont scindés et, parfois, se font la guerre entre eux. Autre élément de complication: l'imbrication des conflits internes du Soudan et du Tchad voisin, où se trouvent au moins 200 000 réfugiés du Darfour. Des bandes armées franchissent allègrement la frontière: rebelles tchadiens appuyés par le gouvernement du Soudan et rebelles soudanais (du Darfour) appuyés par le gouvernement du Tchad. 
 
Malheureuse ONU 
Et puis il y a cette malheureuse mission de l'ONU au Darfour, qui marque le pas avant même d'avoir démarré.  
 
En date du 1er janvier, l'ONU devait avoir déployé « la plus grande mission armée de son histoire »: 26 000 soldats et policiers, dans une force conjointe ONU-Union africaine (MINUAD), devant officiellement aider à l'application de l'accord de paix de mai 2006. Un accord qui n'est resté qu'un chiffon de papier. 
 
Sur les 26 000 prévus, la mission sur le terrain en était, fin mars 2008, à 9000 soldats et policiers déployés. Cela, en comptant l'apport de la mission précédente de l'Union africaine: 6000 hommes pratiquement sans équipement, qui se contentaient de visiter les scènes de massacres après coup et de faire des rapports. 
 
Manque de personnel et d'équipement 
 
Sur le terrain, le défi logistique est immense. C'est le désert sur des milliers de kilomètres carrés. Il n'y a pratiquement pas de routes, pas d'eau, pas d'infrastructures. Seulement des villages détruits et des bandes armées qui font la loi. 
 
Pourquoi n'arrive-t-on pas à réunir les soldats prévus? D'abord, les grands pays occidentaux ne sont pas au rendez-vous sur le terrain. La MINUAD est officiellement une mission à dominante africaine, avec un appui logistico-financier de la Chine, des États-Unis, du Canada et de l'Europe. 
 
Il y a convergence entre des Africains qui soutiennent que cette mission doit être – pour l'exemple et par principe – « d'abord africaine » et des Occidentaux qui disent: « Des soldats sur pied? Nous n'en avons pas... Mais voici l'argent, maintenant démerdez-vous! » 
 
Il y a aussi le fait que le Soudan peut opposer, en tout temps, un veto sur tel ou tel pays fournisseur de troupes. (Le Soudan avait fini en juillet 2007 par dire oui à la mission. Son « protecteur » chinois, dont le jeu au Darfour n'est pas toujours clair, lui avait, il est vrai, un peu tordu le bras.) 
 
Par exemple en janvier, la Norvège et d'autres pays nordiques avaient un bataillon prêt à partir. Mais Khartoum a interdit son déploiement. 
 
Et puis il y a cette histoire loufoque d'hélicoptères qui n'arrivent pas. L'ONU demande une vingtaine d'hélicoptères de haut niveau technologique. Ceux qui fabriquent ces appareils – les Américains, les Français, les Allemands, les Russes aussi – en fabriquent des milliers pour tous les fronts du monde. Ils n'en ont pas 20 pour l'ONU au Darfour! 
 
Dans une entrevue récente, l'ancien secrétaire général Kofi Annan a déclaré que la mission de l'ONU au Darfour pourrait bien s'avérer, à la fin, une des plus grandes humiliations de l'histoire des Nations unies!

Source: www.radio-canada.ca

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