Tchad : Le pillage peut continuer

Publié le par Hamid K.

Les récents événements recèlent trois niveaux de conflits superposés : un conflit interne pour le partage du pouvoir d’État ; une rivalité internationale entre le Tchad et le Soudan au sujet du Darfour ; une rivalité impérialiste entre la France, les États-Unis et la Chine.

Fin janvier, quelque 2000 « rebelles » investissaient la capitale tchadienne avant d’être repoussés et de se replier vers leurs bases arrières au Soudan.

1. Rivalités claniques

En décembre 1990, Idriss Déby prenait le pouvoir à N’Djamena dans des conditions analogues à la récente tentative des forces rebelles – à la différence près qu’il le fit avec le soutien militaire français et s’empara de la capitale. Reprenant une tradition clanique déjà établie à la tête de l’État tchadien depuis les années 1980, Déby plaça des membres de son ethnie, les Zaghawas, à tous les postes-clés de l’État. Les Zaghawas représentent environ 2 % de la population tchadienne, et sont également présents au Darfour. Mais en leur sein même, des clans existent se disputent les meilleurs postes. Le clan présidentiel, les Bideyat, a ainsi vu sa suprématie remise en cause par les factions qui ont tenté un coup d’État raté en février 2006, reprochant à Déby de ne pas secourir les « frères » du Darfour, mais convoitant aussi la manne pétrolière.

Il faut dire que la mise en exploitation des premiers puits, au début des années 2000, a excité les appétits.

Un des dirigeants de la rébellion n’est autre que Timan Erdimi, le propre neveu du président Déby. S’exprimant le 1er février sur RFI, il se déclarait « prêt pour un partage réel du pouvoir ».

2. Rivalités internationales

Mais au-delà des rivalités claniques, ce conflit s’inscrit aussi dans les tensions entre N’Djamena et Khartoum. La guerre dans la région frontalière du Darfour crée une situation inextricable. Khartoum voit dans Déby un obstacle à sa politique de « normalisation » au Darfour, et souhaite son renversement. Ce n’est pas un hasard si l’offensive rebelle a été déclenchée le 31 janvier, jour où était annoncé officiellement le déploiement de la Force européenne (Eufor). Cette force pilotée par la France sous mandat de l’ONU est destinée à « stabiliser les régions affectées par le conflit du Darfour » – en clair, protéger les dictateurs tchadien et centrafricain. Si les rebelles avaient pris N’Djamena, le déploiement de l’Eufor était remis en cause. Échec pour Khartoum. Dès le 12 février, fin de l’incursion, il a repris son cours.

3. Ingérences impérialistes

Idris Déby a sauvé sa peau grâce à l’action concertée de plusieurs puissances étrangères. L’État français a apporté une aide décisive : munitions et carburant, informations aériennes sur les positions des rebelles, défense armée de l’aéroport de N’Djamena. Le quotidien La Croix a même affirmé que des « éléments du commandement des opérations spéciales (COS) » ont été impliqués dans les combats, le 2 février.

La Libye, désormais dans les petits papiers de Paris et de Washington, a livré des armes et des munitions. Les États-Unis, en coulisses, ont totalement soutenu l’intervention militaire française. Le Monde du 6 février rapportait en ces termes les propos d’un diplomate états-unien à l’ONU : « Nous poussons les Français à faire plus ».

Le rôle de la Chine est plus difficile à décoder. Certes, le Soudan, où elle contrôle l’essentiel des ressources pétrolières est une carte maîtresse de Pékin dans un jeu africain où la Chine est de plus en plus présente. Mais son rôle éventuel dans cette tentative de renversement de Déby n’est pas évident. D’autant qu’elle signe déjà des contrats significatifs avec l’administration tchadienne actuelle, comme par exemple la construction du nouveau pont sur la rivière Chari.

Aujourd’hui le couvre-feu règne à N’Djamena. De nombreuses et nombreux opposants on été arrêtés, voire liquidés. L’État français a sauvé la mise d’un petit dictateur, pillard de son propre pays. La principale ressource du Tchad, le pétrole, contrôlé par des compagnies américaines, continuera à ne pas être utilisé pour le développement au service de la population. Cette dernière, si elle n’aurait pas pleuré la disparition du dictateur, n’avait non plus aucune illusion sur les motivations des rebelles.

Pays parmi les plus pauvres de la planète, le Tchad, déjà fortement touché par le dérèglement climatique, n’en finit pas de payer le prix des ingérences impérialistes dans ses propres contradictions.

Jacques Dubart (AL Lot-et-Garonne)

source: alternative libertaire

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