Souvénons nous du Dr Outel Bono, assassiné par les services secrets français

Publié le par Hamid K.

          A l'inébranlable docteur Outel Bono!

    Écrit par Joe Kongarena, librafrique.com
   
     
 
 

Outel Bono est un brillant médecin tchadien qui a très tôt dénoncé les mécanismes de transition vers une indépendance aliénante du Tchad, instaurés par l’administration coloniale française. Fondateur du Parti progressiste tchadien (PPT-RDA) avant de le quitter pour la France , M. Outel Bono rentre au Tchad en 1962 avec un doctorat en médecine. Très vite, Bono fait des propositions d’instaurer des principes démocratiques au parti unique PPT-RDA mais les escarmouches avec les dirigeants de l’époque lui contraignent d’abandonner le projet. Bono s’occupe à soigner les malades uniquement.

La manifestation de la force sans le droit

En mars 1963, un français travaillant comme commissaire de police au Tchad vient, avec quelques éléments armés, enlever le médecin Bono à son domicile au motif de complot contre la sécurité extérieure et la personne du chef de l’état. Bono est condamné à mort la même année. Une  manifestation de la force sans le droit. De nombreuses interventions étrangères contraignent  les persécuteurs du médecin Outel Bono à le libérer. Il  reprend son service auprès des malades. En avril 1969, Bono est invité à s’exprimer à une conférence sur la culture du coton. L’homme intègre dénonce l’exploitation des cultivateurs de coton. Soit dit en passant, la société Coton-Tchad est une interface d’une société française, la CFDT (Compagnie française du textile). Le discours de Bono est volontairement interprété, hors de son contexte, comme une offense au chef de l’état. Cela lui vaut un retour en prison.  Libéré, Bono se remet encore au service des malades. Là, le médecin Bono fait preuve de ses compétences et de son efficacité. Il multiplie les dispensaires à travers le pays et parvient à enrayer plusieurs épidémies parmi lesquelles celle du cholera.

Forcé à l’exil

Bono est  forcé à l’exil en raison de ses succès auprès des malades. De son exil, Bono s’attelle à la rédaction du manifeste qui doit donner naissance au Mouvement Démocratique de Rénovation Tchadienne, le MDRT. A ce moment là, un officier français des services secrets, Henri Bayonne, franc-maçon de la Grande Loge Nationale Française (GNLF) feigne de s’intéresser au parti MDRT. Innocemment, Bono l’accueille, ne sentant pas l’odeur du souffre  venant de M. Henri Bayonne.

Assassinat ou Crime passionnel?

Peu de temps après ce rapprochement avec M » Bayonne, Outel Bono est tué de deux balles de revolver un mois d’août. Il n’est pas le dernier sur la liste. Il ya un témoin gênant : Jérôme Djimadoum, un tchadien ayant suivi le lien « d’amitié » entre Bono et l’officier français, veut parler de ce qu’il sait au sujet de la mort du médecin Tchadien. Jérôme Djimadoum meurt d’une « diarrhée » subite. L’assassinat de Bono par les services secrets français est considéré par le juge Alain Bernard comme un acte de crime passionnel. Le juge est récompensé par une promotion à la fonction de procureur général à Bastia. Le jugement du meurtre de Bono finira par un non-lieu le 20 avril 1982. Le gourou de la Françafrique Jacques Foccart lui-même dira que « ce meurtre ne sera jamais élucidé ». Ainsi, le médecin Tchadien Outel Bono est assassiné en raison de son dénonciation d’une indépendance aliénante léguée aux Tchadiens. Tous les africains qui ont voulu initier un mouvement libérateur ont été neutralisés ou assassinés mais ils ont déjà placé, en dedans de chaque jeune africain, la semence de la liberté. L’esprit de ces fiers fils d’Afrique meut aujourd’hui sur la jeunesse africaine qui continue à réclamer la liberté et le respect qui lui est dû.

Joe Kongarena, librafrique.com 

Sources :

Les Témoignages de ceux qui ont connu Outel Bono et  Jérôme Djimadoum

LA FRANÇAFRIQUE, le plus long scandale de la République écrit par François-Xavier Verschave. Éditions Stock.

 

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