Mounira, la "panthère douce" du Tchad

Publié le par Hamid K.

Portrait d'une engagée

Rare voix féminine tchadienne à faire irruption sur la scène internationale, Mounira Mitchala étonne. A la veille d’une série de concerts parisiens et du festival Musiques Métisses d’Angoulême, Mounira Mitchala, lauréate de l’édition 2007 du Prix RFI Découvertes, revient sur son parcours atypique.

 A Conakry, où Mounira Mitchala a reçu le Prix RFI Découvertes en décembre dernier, elle illuminait tout sur son passage. Cette fin d’après-midi dans le hall d’un hôtel parisien, la jeune femme tchadienne apparaît sereine et déterminée. Radieuse, elle sort à peine d’un cours de chant au Studio des Variétés et s’apprête à donner une série de concerts à Paris, au New Morning et au Satellit Café, deux prestigieuses salles de la capitale.

Mounira Mitchala revient avec sérieux sur un parcours fait de détermination. "J’ai commencé à chanter très tôt et n’ai jamais laissé tomber. Adolescente, je savais que je voulais faire de la scène, je me suis donc mise au théâtre, pour surpasser ma timidité. Puis j'ai chanté. D’abord en playback, puis, petit à petit j’ai pris confiance et j'ai utilisé ma "vraie voix". Jusqu’en 2000 où j’ai composé ma première chanson en anglais et commencé à donner quelques concerts." Au fil des rencontres et des scènes, Mounira se trouve une identité : elle sera la "mitchala" de N'Djamena, la "panthère douce" du Tchad.


Paix et unité


Fille d’un linguiste professeur à l’université, elle décide de chanter en arabe tchadien et se fait le réceptacle des sonorités traditionnelles des quatre coins du pays pour trouver son style : "tradi-moderne" à la tchadienne. Mounira veut être comprise partout et par tous. "Du coup, dans mon album, on entend des rythmes saï du Sud, les rythmes bilala, ceux de chez moi, du Centre…" Une volonté originale dans ce pays immense (à peu près deux fois plus grand que la France), où l’unité n’est pas vraiment de mise

Dans Talou Lena - chanson qui a donné son titre à l’album - Mounira chante la paix et l’unité. "Pour moi, ce ne sont pas des mots en l’air. Je suis née en 1979 et le Tchad était en guerre. Aujourd’hui, en 2008, le pays est toujours en situation de conflit. J’étais à N’Djamena lors de la bataille de février dernier et je peux vous dire que la guerre, ce n’est pas bon du tout. Je l’ai vue de mes yeux. C’est seulement dans la paix que nous pourrons construire."

Plus particulièrement dans ce contexte de précarité, la musique est considérée au Tchad comme un loisir, pas un métier d’avenir. Rien, ou presque, ne peut d’ailleurs mener les artistes à devenir professionnels : peu de scènes à l’exception du centre culturel français, pas de cours de musique à N'Djamena ni de lieu où acheter des instruments… "C’est vrai qu'à l’étranger, on connaît peu d’artistes tchadiens. Pourtant, il y a beaucoup de talents au Tchad ! Même les femmes s’y mettent de plus en plus", déclare fièrement Mounira. Elle sait bien qu’elle est devenue un exemple pour les jeunes tchadiennes.

Greffière au tribunal


Mounira, chanteuse, responsable, et aînée d’une famille nombreuse, a eu la chance de faire des études, contrairement à sa mère. Après son bac, elle rentre donc en fac de droit et passe des concours. En 2004, la voilà greffière au tribunal de N'Djamena, une profession qu’elle exerce toujours aujourd’hui en parallèle à ses activités artistiques, avec l’autorisation du ministère de la Justice. Un an plus tard, elle obtient une dérogation. Le DJ baroudeur français Fréderic Galliano l’a choisie pour représenter le Tchad au milieu d'autres chanteuses représentant l'Ethiopie, le Sénégal, le Mali, la Guinée ou Madagascar. L’élégante troupe des "African Divas" entame ensuite une longue tournée mondiale et séduit immanquablement le public sur son passage. Mounira n’est plus timide : elle adore la scène !

Puis, comme dans toute histoire de genèse, une rencontre fait tout basculer. Pour Mounira, ce sera cette amie professeur de chant qui a la bonne idée d’enregistrer quelques répétitions et de les envoyer à Christian Mousset, à Angoulême. L’influent producteur tombe sous le charme de la voix haut perchée de Mounira et des couleurs inédites de sa musique. Mounira réenregistre donc un album au studio Mad Productions, en Charente, une région de l’Ouest de la France. Pour donner plus d’éclat à la voix de Mounira, Christian Mousset l’entoure d’Emile Biayenda (fondateur des Tambours de Brazza), de Charles Kely (guitariste remarqué au festival Musiques Métisses d’Angoulême) et du bassiste Julio Rakotonanahary.

En décembre dernier à Conakry, les chansons de l'album Talou Lena ont convaincu Salif Keita, président du jury du Prix RFI Découvertes 2007. Après ces quelques mois déterminants, Mounira envisage l’avenir rationnellement. Avec deux mots d’ordre : détermination et plaisir. "Avant, je travaillais dur pour mettre tout cela en marche, maintenant je me prépare pour que le reste suive !"

 


source: RFI

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