Kebzabo: "Vous avez des hommes qui ne trouvent leur bonheur que dans la turbulence, c’est le cas de Déby"

Publié le par Hamid K.

 

(L'Observateur 09/04/2008)

En février, lors de l’attaque des rebelles, beaucoup ont pensé que c’en était fini de Déby !

 

• Moi aussi ! rires. En avril 2006 j’étais à l’étranger et en février dernier aussi, j’étais hors du pays. Le jour de l’attaque je devais prendre mon avion à 9 h de Bamako lorsqu’on m’a dit que ça chauffait à N’Djaména. Déby doit sa survie à la France même si par ailleurs les rebelles ont commis des erreurs et même des fautes politiques. Ce qui est sûr, c’est que la situation n’est pas pour autant réglée. Ça fait 18 ans que Déby est au pouvoir et pratiquement il n’y a pas eu une seule année sans rébellion.

 

Vous qui le connaissez bien, qui est vraiment Déby ?

 

• Vous savez, un homme, c’est une mécanique très complexe. On peut en connaître un pan et pas un autre. Je sais seulement que c’est un bon manœuvrier que le sort a toujours bien servi. C’est le président qui a eu le plus de chance pour régler le problème tchadien, mais qui ne le fait pas. Déby, c’est un homme qui n’aime pas la quiétude. Vous avez des hommes qui ne trouvent leur bonheur que dans la turbulence, c’est le cas de Déby. C’est aussi le président le plus tribaliste que le Tchad ait connu. Il dirige le pays seulement avec son clan.

 

Que représente aujourd’hui votre parti, l’UNDR, sur l’échiquier politique tchadien ?

 

• Dans un pays, lorsque la pratique démocratique est viciée, lorsque le régime a un caractère militaire avec une gestion clanique du pouvoir, cela a une conséquence sur la vie politique. Avec la misère que nous vivons, l’afflux vers le pouvoir est une planche de salut pour les cadres. Le parti au pouvoir grossit en dégrossissant les partis d’opposition. L’opposition n’a pas les moyens de sa politique. Malgré cela, notre parti représente encore une force. En 1997, nous avons eu 15 députés. Aujourd’hui, je me retrouve avec 5 députés. Ce qui vaut de l’or.

 

N’Djaména a toujours vu la main du Soudan derrière les rebelles. Qu’elle est la réalité de la chose ?


• Ce n’est pas faux. Lors du dernier Conseil national de notre parti en janvier, nous avons interpellé aussi bien la France que le Soudan. L’ingérence soudanaise au Tchad remonte à 1965. Déby est parti du Soudan pour reconquérir le Tchad. Si aujourd’hui entre eux, ça ne va pas, c’est que les comptes sont mal faits. En particulier dans l’affaire du Darfour. Dans cette affaire, les Soudanais ne lui pardonnent pas et ne lui pardonneront jamais. Et les Soudanais ont raison quelque part. Car Deby n’a pas tenu parole

 

En décembre 2005, vous disiez ceci de Déby : "C’est un monstre froid sorti du néant pour être propulsé aux avant-postes et jouer un rôle pour lequel il n’était jamais préparé". En clair, vous êtes devenu un opposant irréductible de Déby même si nous savons qu’en 1996, arrivé 3e au premier tour de la présidentielle, vous vous êtes rallié à lui au second tour, ce qui vous a valu le poste envié de ministre d’Etat. Avec le temps, regrettez-vous d’avoir contribué à l’installer au pouvoir ?

 

• Non, je ne le regrette pas du tout. Le jeu politique est une scène qui n’a pas de règles universelles. On ne peut pas dans une situation politique donnée dire à l’avance : je ferai ceci ou cela. C’est vrai qu’en 1996, j’animais l’opposition la plus irréductible et tout le monde a été surpris que je le soutienne au second tour. Et pourtant, il s’agissait tout simplement de ma propre survie politique. Si je ne le soutenais pas, et que je le faisais avec le 2e à la présidentielle (avec qui il a fini par s’entendre après), c’est moi qui aurait été le dindon de la farce. Et j’aurais payé cela trop cher. C’est pour cela que je dis que je ne regrette pas.

 

Avec un maigre score de 7% de suffrages à la dernière présidentielle, ne payez-vous pas là la rançon de votre éphémère compromission avec Déby ?

 

• Pour moi, il n’y a pas eu de compromission. Mon parti est un parti démocratique. C’est une démocratie au quotidien au sein de l’UNDR.

 

Pour vous, l’alternance dans votre pays passe-t-elle par les urnes ou par les armes ?

 

• Je suis fondamentalement démocrate. Si je ne l’étais pas, j’aurais pu rejoindre la rébellion comme d’autres amis.


A quand donc la fin du cauchemar que vit le Tchad ?

 

• J’ai peur que le cauchemar du Tchad dure encore. Mais je prie Dieu pour qu’il raccourcisse ce délai parce que tant que Déby est au pouvoir, il y a pas de solution à court terme. A moins qu’il y ait des pressions extérieures importantes afin que nous puissions établir un dialogue inclusif. La solution n’est pas au bout du fusil.

 

Quel est le quotidien d’un homme politique de l’Opposition au Tchad ?

 

• Difficile. Le peuple pense que l’homme politique doit être à l’écoute de tous les problèmes sociaux des militants. Ce sont des ordonnances et autres à honorer. C’est extrêmement difficile au Tchad, mais nous avons chosi de vivre dans l’Opposition.


Entretien réalisé par Boureima Diallo et Evariste Ouédraogo

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