Menacé au Tchad, un dessinateur trouve finalement refuge à Paris

Publié le par Hamid K.

 





 

 

 

 

 

Tentative de coup d'état des rebelles, affaire de l'Arche de Zoé, soutien de Sarkozy au régime d'Idriss Déby: alors que les relations entre la France et le Tchad

font débat, la Maison des journalistes présente une exposition de dessins d’Adjim Danngar, caricaturiste venu en France pour échapper à la répression dans son pays.

Adjim Danngar est un jeune dessinateur de presse et auteur de BD de 24 ans, qui a dû s’exiler du Tchad en 2004 sous peine d’y être exécuté pour avoir osé s’attaquer au clan du président tchadien:"Dans un trait d’ironie, je faisais le lien entre le monopole du commerce frauduleux détenu par le clan zagawa au Tchad et la guerre faisant rage au Soudan. Au Darfour, la rébellion MJE (Mouvement pour la justice et l’égalité), composée en grande partie de Zagawas, est en effet soutenue par le président Déby, au nom de la solidarité ethnique."

 

Dans ses oeuvres intitulées "Qui tue par l’épée périra par l’épée", il tournait en dérision le fait que les Zagawas payaient au Soudan le fruit de leurs actes commis au Tchad.

Les diverses agressions physiques qu’il a subies ne l’ont pas empêché de continuer à travailler, mais après quelques passages à tabac, plusieurs menaces de mort et une tentative d’enlèvement, le journaliste a pris la décision, en novembre 2004, de quitter définitivement son pays pour rejoindre la France, où il était attendu à l’occasion du Salon du livre de Montreuil.

Dès son arrivée, le jeune Tchadien a pris contact avec l’association France Terre d’Asile mais, le statut de réfugié lui ayant été refusé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et la Commission de recours pour les réfugiés (CRR), la préfecture l’a invité à quitter le territoire en prenant à son encontre un arrêté d’expulsion. C’est alors que le dessinateur s’est tourné vers la Maison des journalistes et Reporters sans frontières (RSF).

La Maison des journalistes accueille et accompagne les journalistes réfugiés

Fondée par Philippe Spinau et Danièle Ohayon il y a six ans, la Maison des journalistes (MDJ) a pour vocation d’héberger des journalistes réfugiés, ayant pris des risques personnels dans leur pays, entre le moment de leur arrivée en France et l’octroi de leur statut de réfugiés politiques.

Le cas d’Adjim diffère quelque peu des cas habituellement rencontrés à la MDJ, puisqu’il s’est présenté plus tard. "Une fois qu’il est arrivé ici, on a récupéré le dossier", raconte Philippe Spinau. "On l’a repris complètement à zéro et, en trois mois, il a pu obtenir le statut."

Mais ces difficultés à obtenir le statut de réfugié, alors qu'il a subi des menaces directes, ont laissé des traces: "Je ne suis pas encore remis de cette situation qui m’a placé dans une incompréhension totale", précise le dessinateur tchadien.

 

La MDJ tente donc de "créer des niches dans lesquelles nos amis peuvent travailler et se présenter". Pour Adjim Danngar, dessinateur de presse et de BD, c’est donc une exposition.

"L’intégration des immigrés n'est pas encore une réussite en France… sauf pour les boulots non qualifiants, salissants, que les Français de souche n’aiment pas", regrette Adjim Danngar. Actuellement, il cherche un "un boulot décent à temps partiel", tout en continuant à croquer l’actualité:

"J’espère pouvoir vivre du dessin de presse en France. A force de travail, pas celui de travailler plus pour gagner plus, mais celui de ne jamais baisser les bras et d’être toujours présent."

D’ailleurs, il a rencontré l’équipe de Charlie Hebdo, qui lui a laissé la possibilité de présenter un projet en dessins sur son parcours. Mais c’est surtout sur Internet que le dessinateur trouve son espace, et où il peut "continuer à emmerder les voleurs et acheteurs de consciences". "Ce monde est géré par des politiques", ajoute-t-il. "Il faut du contre-pouvoir pour que les citoyens, dans ce monde pourri qu’ils ont créé, se sentent libres."

source: rue89.com

Publié dans Societe

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