Changements climatiques en Afrique : LA RECHERCHE ORGANISE DES SYNERGIES

Publié le par Hamid K.

Le dialogue entre les scientifiques et les médias va permettre d’associer les populations et les décideurs à l’ensemble des étapes de la recherche et de ses applications possibles
Le Programme de recherche interdisciplinaire et participative sur les interactions entre les écosystèmes, le climat et les sociétés d’Afrique de l’ouest (RIPIECSA) organise depuis mercredi à Dakar un atelier de synergie des projets de recherche africains sur les changements climatiques. C'est à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) que le ministère français des Affaires étrangères et européennes a confié l’exécution du Fonds de solidarité prioritaire du programme RIPIECSA (FSP-RIPIECSA). Il a injecté 3,5 millions d’euros (2,29 milliards Fcfa) pour l’exécution de ces projets de recherche pour une durée de 4 ans dans près de 20 pays africains, dont le nôtre. Ces projets sont menés en partenariat avec les institutions de recherche des pays du Maghreb et celles de France.
Notre pays est bénéficiaire de cinq projets financés dans ce cadre par le FSP-RIPIECSA. Il s’agit des projets "Evaluation et amélioration du système d’alerte et de production agro-sylvo-pastorale en Afrique de l’ouest" piloté par la direction nationale de la météorologie, du "Système de prévision de l’inondation du Delta central du Niger au Mali et développement régional" dirigé par l’Institut d’économie rurale, de la "Variabilité climatique et intensification agricole : conséquences sur les ressources en eau du Bani au Mali" confié à l’Ecole nationale d’ingénieurs. Les deux derniers projets relatifs aux "Recherches sur l’intégration de micro-organismes dans les systèmes agricoles en Afrique de l’Ouest" et au "Changement climatique et paludisme en région sahélienne" sont conduits par l’Université de Bamako.
L’Afrique est très vulnérable au changement climatique, en particulier à son incidence sur les ressources en eau, la production alimentaire, la santé humaine et la désertification. Vu la diversité des contraintes auxquelles de nombreux pays font face, la capacité générale de notre continent à s’adapter aux changements climatiques est actuellement très faible. Selon les spécialistes, notre sous-région est concernée à plusieurs titres par les problématiques liées aux changements climatiques. C’est la région du continent qui a connu la plus forte diminution relative des pluies au cours des trois dernières décennies, avec notamment des sécheresses dramatiques sur le Sahel de 1973 à 1976 et de 1983 à 1985. Conséquence : une pénurie des ressources en eau qui a entraîné des effets dévastateurs pour les populations et l’économie (moins de terres cultivables et perte de bétail).
La superficie du bassin du lac Tchad a ainsi diminué de façon drastique chutant de plus de 20.000 km2 à 2500 km2 actuellement. Sa profondeur est passée de 11 à 5 mètres. Les inondations, l’augmentation de la température et la fréquence des situations extrêmes sont les effets négatifs des changements climatiques. Ces fortes variabilités climatiques provoquent la fragilité de l’économie et une plus grande vulnérabilité des populations.
Le tableau global des changements climatiques n’est guère favorable à notre continent. L’Afrique n'échappera pas aux effets néfastes des changements climatiques bien qu'elle ne représente que près de 4% des émissions de gaz à effet de serre et 0,5% des émissions per capita de tonne de carbone contre 6,5% pour un Américain. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, à eux deux, supplantent tous les autres pays africains dans ce domaine. De surcroît, sur 3000 projets de mécanisme pour un développement durable (MPD) répertoriés dans le monde, l’Afrique affiche seulement 25 projets alors que l'Asie en a 600.
RIPIECSA entend aider à inverser favorablement la tendance néfaste des changements. L’atelier de Dakar fait suite à celui organisé à Bamako en mars 2007 sur le lancement des projets qui avait regroupé plus de 120 chercheurs, représentants des ministères, membres des organisations internationales d’Afrique de l’ouest et de France. Bamako a permis d’identifier et de préciser les questions partagées entre les scientifiques d’une part et les décideurs et la société civile d’autre part. Dakar vise à influencer les politiques, les stratégies et les pratiques de lutte contre les impacts des changements climatiques par l’élaboration de politiques nationales d’adaptation prenant en compte la spécificité locale du socio-écosystème.
La participation de journalistes venus du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Sénégal est destinée à favoriser la diffusion des résultats et leur mise en débat dans une démarche de communication scientifique. Les organisateurs espèrent faciliter le dialogue entre les scientifiques et les médias, afin d’associer les populations et les décideurs à l’ensemble des étapes de la recherche et de ses applications possibles.
Dakar verra à cet effet la mise en place d'un réseau sous-régional de journalistes spécialisés dans l’environnement, plus particulièrement dans les changements climatiques.

Envoyé spécial
M. COULIBALY

Mali
source: essor

Publié dans Societe

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