Les guerres de bush pour le petrole: le sahel

Publié le par Hamid K.

La soif de pétrole a amené les Américains à s’installer dans le Sahel également ; pour justifier cette installation, il a fallu faire appel encore une fois à Al Qaïda. L’intervention de l’armée américaine est présentée ici aussi sous la forme d’une aide fournie par la généreuse Amérique aux pauvres pays de la région. A l’origine se trouve une fumeuse théorie, la "banana theory" émise par les stratèges du Pentagone en 2002, selon laquelle les Talibans et les combattants arabes d’Al Qaïda, une fois battus et chassés d’Afghanistan, iraient se terrer et reconstituer leurs troupes dans une autre zone de non droit ; il fut décrété que cette zone serait celle, en forme de banane, qui s’étend depuis l’Erythrée jusqu’à la Mauritanie.

Encore fallait-il trouver le motif pour lequel les troupes américaines débarqueraient, cette fois-ci, dans plusieurs pays à la fois. Le Département du renseignement et de la sécurité algérien (DRS) allait leur fournir un alibi en or avec la saga des 32 touristes européens pris en otages, au Sahara algérien, au mois de mars 2003, par un groupe du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), dirigé par un agent infiltré du DRS, Amara Saïfi, alias Abderrezak El Para. Au cours de cette épopée rocambolesque, montée de toutes pièces et dirigée par le DRS, les 32 otages (des Allemands, des Suisses et des Autrichiens) ont été trimballés pendant 177 jours à travers le sud algérien avant d’être libérés au Mali.

Avant cette affaire, le DRS avait fait plusieurs appels du pied aux Américains afin de les attirer dans la région. Ainsi, par exemple, en 2001 déjà, avait-il annoncé que l’armée algérienne avait abattu un combattant yéménite, envoyé spécial d’Oussama Ben Laden, venu prendre attache avec Abderrezak El Para précisément (qui n’était officiellement que n°2 dans l’organisation du GSPC), lequel avait alors annoncé le ralliement de son organisation à Al Qaïda ; de même, après les attentats du 11 septembre, un communiqué, attribué au GSPC mais très probablement concocté par les services de renseignements algériens, publié sur internet, annonçait que le groupe terroriste allait s’attaquer aux installations des compagnies pétrolières américaines présentes en Algérie, ce qu’il ne fit jamais. Les Américains étaient restés sourds à ces appels.

L’enlèvement des touristes européens avait été une affaire très médiatisée, qui se déroulait loin de tout regard, dans le décor grandiose du Sahara, avec une attaque présumée de l’armée algérienne qui aurait abouti à la libération d’un premier groupe d’otages, sans que, au dire même des touristes libérés, leurs ravisseurs aient été empêchés le moins du monde de se retirer ; l’épopée s’est terminée 1000 kilomètres plus loin par la libération du reste du groupe. La planète entière avait retenu son souffle devant ce véritable film hollywoodien. Le DRS venait de fournir la preuve que le Sahel était effectivement devenu une zone de non droit, que les terroristes d’Al Qaïda y faisaient la loi, passaient d’un pays à l’autre sans qu’aucune des armées de la région puisse les en empêcher et pouvaient faire plier les services de sécurité allemands, le BND, les obliger à négocier avec eux et à payer une très forte rançon.

Les Américains ne pouvaient rêver meilleur alibi qui leur permettait de venir remettre un peu d’ordre dans la région. Ils venaient d’acquérir la légitimité nécessaire pour mener leur lutte contre le terrorisme international, y compris dans cette région du monde, avec pour corollaire la possibilité d’installation de bases de l’European Command à travers le continent.

Cette intervention a été appelée Pan Sahel Initiative (PSI) et est entrée en action sur le terrain en janvier 2004. Dotée d’un budget de 100 millions de dollars, elle a consisté à assister les armées et les forces de sécurité de 4 pays du Sahel, le Mali, le Tchad, la Mauritanie et le Niger à mieux contrôler leur propre pays, leurs frontières communes, assurer la sécurité et pourchasser les terroristes. En vertu de la théorie émise par George W. Bush au lendemain du 11 septembre, selon laquelle on ne pouvait être qu’avec les Etats-Unis ou contre eux, les 4 pays concernés n’avaient pas d’autre choix que de se soumettre à la volonté de la puissance américaine, même s’ils n’étaient pas nécessairement convaincus par la mise en scène orchestrée par le Pentagone et ses nouveaux alliés algériens du DRS.

Tout comme en Géorgie, il s’agissait là aussi d’équiper et entraîner les armées locales en vue de la tâche qui allait être dorénavant la leur, celle de protéger les intérêts américains de la région. La tâche de formation a été dispensée par l’armée américaine elle-même en Mauritanie et au Mali, tandis qu’elle a été sous traitée à la société Pacific Architects & Engineers de Los Angeles au Tchad et au Niger. La PSI s’est étendue à 5 autres pays en 2005 et a pris le nom de Trans Saharian Counter Terrorism Initiative (TSCTI), les pays en question étant, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Sénégal et le Nigeria.

Ces deux initiatives ont surtout permis à l’armée américaine de s’installer durablement dans la région, d’où elle était absente jusque là. Elle lui a aussi permis de créer un chapelet de bases légères et d’obtenir des droits d’atterrissage et d’utilisation des facilités aéroportuaires dans la zone. L’une des plus importantes parmi ces bases est celle de Tamanrasset dans l’extrême sud algérien. C’est en 2003 qu’a commencé à circuler l’information relative à l’existence de cette base, une information tout le temps démentie par le gouvernement algérien. Du côté américain, le commandant en chef de l’EUCOM, le général Jim Jones déclarait qu’il n’était pas question d’installer une base permanente en Algérie, mais de disposer de droits d’atterrissage uniquement, sur l’aéroport de Tamanrasset dont la longueur des pistes, au-delà de la normale, convenait aux avions militaires également ; ceci au moment même où avançait à grands pas la construction de ce que les populations locales pensait être une base d’écoute et contrôle de satellites de la NASA, vu les panneaux installés sur le chantier.

Jeremy Keenan, Senior Research Fellow and Director of the Sahara studies program (chercheur associé et directeur du programme d’études sur le Sahara) de l’université d’East Anglia en Grande Bretagne, nous décrit cette base dans une étude intitulée "Base militaires, contrats de construction et production de pétrole en Afrique du nord" ; voici ce qu’il en dit :

« La construction de cette base a été confiée à la société BRC (Brown & Root - Condor) qui a sous traité la partie BTP à la société canadienne RSW - SCATT. Elle est entourée d’un haut mur d’enceinte et a une dizaine de kilomètres de pourtour ; elle possède une piste d’atterrissage de 4000 mètres de longueur qui permet d’accueillir les plus gros avions de l’armée américaine. Elle est constituée d’au moins 5 hangars et possède des facilités d’accueil (logement, restauration, etc.) pour un minimum de 2000 personnes, ainsi qu’une piscine olympique. Vers le mois de février 2006, elle avait abrité environ 400 hommes, une information confirmée par les policiers de l’aéroport de Tamanrasset, les contrôleurs aériens, les ouvriers embauchés sur le chantier et les commerçants de la ville ; le contrôle aérien confirme que ces 400 hommes sont arrivés par deux vols en provenance d’Allemagne. Ils ont été ensuite déployés vers le nord du Mali.

RSW - SCATT a connu quelques difficultés dans la construction de la piste, car ils ont eu à dégager une quantité plus importante que prévue de granite. Ils ont eu également à construire des digues pour protéger la piste et les quartiers d’habitation contre les crues de l’oued Aguenar, la base étant située dans la vallée de cet oued. Afin de disposer des volumes d’eau nécessaires pour les énormes quantités de béton qu’ils ont eu à couler, ils ont dû forer un puits d’eau dans l’oued Otoul, 10 à 15 kilomètres plus au nord ; le pompage dans ce puits a été si important qu’il a affecté l’approvisionnement en eau des populations locales. »

Le scandale BRC ayant éclaté dans le courant de l’année 2006 et les relations algéro-américaines s’étant détériorés, la construction de la base, qui semble être aujourd’hui à l’abandon, a été arrêtée. Jeremy Keenan se demande même qui, de l’Algérie ou des Etats-Unis, va payer la note, étant donné que des deux côtés on nie l’existence même de cette base. Il est fort probable que le gouvernement algérien finira par reconnaître qu’il existe bien une base militaire à cet endroit, qu’elle appartient à l’armée algérienne et que la présence de soldats américains n’était qu’un épiphénomène passager.

Quoiqu’il en soit, l’armée américaine est bel et bien installée au Sahel, sa présence dans la zone durera encore longtemps et n’a rien à voir avec la menace planétaire d’Al Qaïda ; il s’agit pour elle, tout simplement, de protéger les intérêts des compagnies pétrolières américaines présentes dans la région.

Du Nigeria à l’Algérie, du Tchad à la Mauritanie, en Libye, en Tunisie, au Cameroun ou, un peu plus au sud, en Angola, elles sont toutes présentes, des plus grandes au plus petites. Exxon - Mobil, Chevron - Texaco, Conoco - Phillips, Hess, Marathon Oil, Anadarko, BP, Halliburton et ses filiales et bien d’autres encore, elles sont toutes là. Vers 2020, au moins le quart du pétrole importé par les Etats-Unis proviendra d’Afrique. Et puis n’oublions pas que la Chine, l’autre gros consommateur de pétrole est entrain de s’installer elle aussi durablement en Afrique ; il faut donc s’opposer à ce danger également et rafler un nombre maximum de barils avant qu’elle ne les prenne. La véritable raison de la guerre de Bush au Sahel est bel et bien de s’accaparer des richesses pétrolières des pays riverains.

Notre conclusion sera très simple ; là où il y a du pétrole, on verra accourir les compagnies pétrolières américaines, puis derrière elles, l’armée US, car qui contrôle les sources d’hydrocarbures, contrôle l’économie mondiale. Les compagnies françaises, italiennes ou chinoises accourent elles aussi vers ces régions, mais ni l’armée française, ni l’armée italienne, ni l’armée chinoise ne s’installent à proximité. Seules les troupes de l’oncle Sam le font. Depuis le 11 septembre 2001, l’argument qui justifie ce déploiement tous azimuts est toujours le même : la présence de l’ogre Al Qaïda qu’il faut chasser. Quel épouvantail que cette Al Qaïda ! Un épouvantail si commode que s’il n’avait pas existé, il aurait fallu le créer ! Et comme par hasard, même dans les régions du monde où Al Qaïda n’est pas présente, elle apparaît comme par enchantement, à partir du moment où arrive l’armée américaine. On vous l’a dit, c’est le couple infernal. Parions qu’elle sera présente demain en Iran ou même au Venezuela, si les GIs venaient à y intervenir !


source: info-palestine.net

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