Tchad : rendre la dignité à ceux qui l'ont perdue

Publié le par Hamid K.

Dans une société où les personnes avec un handicap ont du mal à se faire une place, les soins orthopédiques permettent aux personnes victimes de mines, de maladies ou d'accidents de la route de recommencer leur vie.

 

« On considère le handicap comme une malédiction dans notre société », explique Mahamat Bodingar, responsable administratif et financier du Centre d'appareillage et de rééducation de Kabalaye (CARK), situé à N'Djaména (Tchad). « Sans aide, ces gens restent marginalisés toute leur vie. Dans les villages, on croit qu'ils sont punis pour de mauvaises actions commises dans une vie antérieure. »

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) soutient le CARK à N'Djaména depuis 1982. Le CICR finance l'appareillage des personnes blessées par mines et munitions. Il fournit aussi au centre les composants et les matières premières nécessaires à la fabrication d'orthèses et de prothèses, de cannes anglaises et de béquilles. De plus, le CICR facilite la formation de huit techniciens orthopédistes du centre en envoyant régulièrement des spécialistes au CARK qui aident leurs collègues à mettre à jour leurs connaissances.

Trois cents personnes traitées chaque année

Le centre accueille 300 personnes handicapées en moyenne par an : des blessés par mines ou par munitions, des victimes d'accidents de la route ou des personnes atteintes de poliomyélite ou d'autres maladies. Tous viennent avec l'espoir de retrouver une vie normale une fois les soins terminés.

Chaque patient reçoit des soins individuels qui vont de la fabrication d'appareils et d'accessoires orthopédiques (chaises roulantes et béquilles), à l'appareillage individuel et l'ajustage d'orthèses et de prothèses. Le centre offre également des services de rééducation et de kinésithérapie et assure un suivi des patients.

Djouassoum Djabou, 41 ans, vivait depuis douze ans sans bras gauche avant de s'adresser au CARK. En 1993, il a été amputé jusqu'à l'épaule, ce qui a bousculé sa vie de jeune enseignant d'école primaire. « Comme je n'avais plus qu'un seul bras, mes beaux-parents m'ont rejeté, ils craignaient que je ne puisse pas nourrir leur fille. Je dois lutter pour être pris au sérieux en tant qu'enseignant. On pense qu'avoir un bras en moins a des conséquences sur la capacité de penser. C'est pourquoi je n'ai jamais trouvé de travail dans les écoles publiques. »

Grâce au CARK, Djabou a de nouveau l'espoir de se réintégrer dans la société. Les techniciens orthopédistes lui ont fabriqué une prothèse de bras proportionnée à son corps. Elle lui permet d'effectuer de petites tâches de la vie quotidienne comme ramasser des objets ou s'habiller. Plus important encore, la prothèse cache son handicap. « On a rajouté le morceau qui me manquait, dit Djabou, les gens dans la rue ne vont plus savoir que j'ai eu un accident. »

Réapprendre l'essentiel

À côté de Djabou, Serge, qui connaît les équipes du CARK depuis près de 15 ans, attend patiemment son tour. Il est venu pour un renouvellement de sa prothèse. Blessé en 1981, lors de l'explosion d'un obus laissé à l'issue des combats de 1979, cet agriculteur, père de six enfants, a eu toutes les peines du monde à reprendre une vie normale. « Après l'explosion, je me suis réveillé sans comprendre où je me trouvais. Heureusement, des bonnes âmes m'avaient transféré à N'Djaména où j'ai pu recevoir des soins d'urgence, mais ma jambe droite était perdue et j'ai dû être amputé. C'est difficile pour un agriculteur de gagner sa vie lorsque chaque mouvement est douloureux et pose problème. »

Alors que les techniciens enduisent son moignon de plâtre pour créer l'empreinte pour sa nouvelle prothèse, Serge plaisante en regardant le matériel autour de lui : « Maintenant on se sent bien. Je me souviens de ma première prothèse, elle était lourde, en bois et en ferraille. Aujourd'hui, on ne sent même pas la prothèse, c'est plus agréable. »

En 15 ans, Serge est devenu ami avec les instrumentistes du CARK, il a vu leur évolution dans la vie et dans leur métier. « Ils étaient alors des enfants, mais c'est bien eux qui ont réappris à marcher au vieux monsieur que je suis aujourd'hui. Je ne pourrai jamais assez les remercier, ainsi que ceux qui les assistent », dit-il.

En 2007, le CICR a financé l’appareillage de plus d'une centaine personnes qui, comme Djabou et Serge, pourront continuer à mener une vie aussi normale que possible et contribuer au bien-être de leur famille et de leurs proches.

Des experts en matière de prévention des risques liés aux mines et autres munitions évaluent la situation dans les zones exposées lors des combats à la fin 2007 et en février 2008 afin de présenter des recommandations aux autorités sur les mesures à prendre pour éviter que d'autres personnes soient blessées par les résidus explosifs qui jonchent encore certaines parties du pays.

 


source: CICR

Publié dans Societe

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