TCHAD: Une aide humanitaire qui a malgré tout quelques inconvénients

Publié le par Hamid K.





          ABÉCHÉ, 14 avril 2008 (IRIN) - Environ 3 000 travailleurs humanitaires sont basés dans la région isolée de l’est du Tchad et apportent une aide à plus de 250 000 réfugiés soudanais et 180 000 déplacés tchadiens ; mais pour les centaines de milliers d’autres Tchadiens qui ne sont pas directement touchés par la crise et qui reçoivent très peu ou pas du tout d’aide, la présence d’organisations humanitaires internationales a eu quelques inconvénients.

« La vie est devenue très chère depuis que les organisations humanitaires sont installées ici », a affirmé Ali Chigaf, un commerçant qui possède une petite boutique au milieu des cases en banco de la banlieue d’Abéché, la capitale régionale poussiéreuse de l’est du Tchad et actuellement le principal centre opérationnel des organisations humanitaires.

M. Chigaf a expliqué qu’il parvenait auparavant à subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme et de ses cinq enfants, mais qu’il n’en était désormais plus capable. Un mouton, qui coûtait 12 500 francs CFA (environ 28 dollars américains) il y a deux ou trois ans, coûte aujourd’hui 35 000 francs CFA (84 dollars). Les repas de la famille sont de plus en plus réduits, a indiqué M. Chigaf, et il ne peut plus se permettre d’acheter de nouveaux vêtements à ses enfants.

Bon nombre de marchandises coûtent plus cher ici que dans les villes où il n’y pas de travailleurs humanitaires. À Abéché, le riz est vendu deux fois plus cher qu’à Moundou, une localité située à environ 750 kilomètres au sud-ouest, a confié à IRIN Donatien Diomnba, originaire de Moundou, ajoutant par ailleurs que le prix de son loyer mensuel était près de quatre fois supérieur à ce qu’il était avant son installation à Abéché. Il est si pauvre, a-t-il dit, que la viande ne fait plus partie de son alimentation.

Inflation humanitaire

Des agences des Nations Unies et des organisations non-gouvernementales (ONG) ont commencé à ouvrir des bureaux sous-régionaux à Abéché en 2003. En tant que capitale de la région est du pays, non seulement Abéché leur offre des infrastructures, mais la ville est également proche de la vaste savane qui abrite les camps où vivent des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés.

À mesure que les organisations humanitaires se sont installées, elles ont embauché une bonne partie de leur personnel sur place et payé des salaires plus élevés que dans les autres villes de la région. Les gens ayant des salaires plus confortables, des petits commerces ont commencé à s’ouvrir à presque tous les coins de la ville et la construction a connu un petit essor.

Mais la hausse du pouvoir d’achat de bon nombre d’habitants s’est également accompagnée d’une hausse du coût de la vie. Et comme une bonne partie de la population n’est pas employée par les organisations humanitaires, ses revenus n’ont pas changé.

Le problème va bien au-delà d’Abéché et touche d’autres villes comme Goz Beida, la capitale du département de Dar Sila, et un des épicentres de la crise humanitaire.

Il y a quelques années, la ville comptait environ 8 000 habitants. Aujourd’hui, elle en compte environ 60 000, compte quatre camps de déplacés tchadiens et un camp de réfugiés soudanais, auxquels viennent s’ajouter les personnels de près de 30 organisations et agences humanitaires.

Ici aussi, les prix de nombreux produits augmentent car la demande est supérieure à l’offre. Un poulet qui coûtait 500 francs CFA (1,12 dollar) se vend maintenant à 3 000 francs (6,69 dollars), a expliqué à IRIN Mahamat Ali Rahama, secrétaire général de Dar Sila. « Les habitants n’ont plus les moyens [de manger du poulet] », a-t-il poursuivi. « Seuls les humanitaires bien nantis peuvent se le permettre ».

Quelles sont les alternatives ?

Certains habitants se plaignent que les réfugiés et les déplacés bénéficient d’une aide alors qu’eux (les locaux) sont dans une situation bien plus précaire que certains bénéficiaires de l’aide, a expliqué à IRIN un travailleur humanitaire qui a requis l’anonymat.

« Nous avons tendance à oublier [ces problèmes] », a-t-il affirmé. « C’est un critère qui est rarement pris en compte dans les interventions humanitaires ».

Annette Rehrl, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad, n’est pas de cet avis. Pour elle, le HCR a été l’une des premières agences humanitaires à s’installer dans l’est du Tchad et les problèmes ont été largement débattus lors de la planification de leurs projets. Toutefois, a-elle ajouté, les solutions sont souvent limitées et nécessitent quelques compromis. « Quelle est l’alternative ? », s’est-elle interrogée. « Est-il préférable de n’aider personne ? »

Pour d’autres humanitaires, l’ampleur du problème est peut-être exagérée. Les produits devenus très chers dans l’est sont généralement les produits importés, a indiqué Fatma Samoura, coordinatrice humanitaire adjointe des Nations Unies au Tchad. « [Un Tchadien pauvre] produit ses propres céréales, son propre lait de chèvre », a-t-elle affirmé. « La population n’achète pas des salades de fruits et de l’eau minérale ».

D’après Mme Samoura, les Tchadiens les plus affectés par l’installation récente des organisations humanitaires dans la région sont les fonctionnaires locaux, qui pouvaient s’acheter des marchandises importées tant que les prix n’avaient pas augmenté. « Ces personnes, qui perçoivent un salaire minimum […] ont des difficultés pour s’acheter un poulet ou pour se nourrir normalement, a-t-elle poursuivi, mais elles constituent une minorité ».

Faut-il craindre le pire ?

Toujours selon Mme Samoura, la nouvelle grande inquiétude à avoir repose sur la concurrence supplémentaire que la nouvelle force militaire de l’Union européenne (EUFOR) et la mission de maintien de la paix des Nations Unies peuvent créer pour l’accès aux ressources limitées. La main d’œuvre locale qualifiée, le transport et l’hébergement sont très rares, a-t-elle souligné, et la demande risque de croître. « Pour les humanitaires, c’est un grand sujet d’inquiétude », a-t-elle affirmé.

Mme Samoura a également indiqué qu’elle était en train de rencontrer ses homologues des missions militaires pour leur demander de ne pas embaucher les employés locaux travaillant déjà pour des organisations humanitaires. Une bonne partie de la nourriture que consommeront les soldats de l’EUFOR et les forces de maintien de la paix des Nations Unies proviendra de l’extérieur, a-t-elle également souligné.

« Pour que cela n’ait pas de conséquence négative sur le coût de la vie de la population locale, et aussi parce que les vivres dont la mission aura besoin ne sont pas tous facilement disponibles localement », a-t-elle expliqué.

soure: IRIN

 

Publié dans Actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article