Tchad : somalisation ou satellisation?

Publié le par Hamid K.









A la lumière de ce qui s’est passé récemment au sein de la coalition rebelle, à savoir la scission et la recomposition qui s’en est suivie, l’on est en droit de se demander si le Tchad ne s’achemine pas tout simplement vers une partition de fait. La dislocation de la coalition prélude, à n’en pas douter, à un morcellement du pays, avec l’Alliance Nationale et le RFC à l’Est ou Sud-Est et le pouvoir actuel contrôlant la capitale et peut-être le reste du pays comme le laisse présager la récente décision consistant à clôturer N’Djamena par des tranchées. Ce projet d’un autre temps démontre si besoin était, que le tyran et sa pléthore de conseillers qui lui servent de matrice idéologique sont désormais à court d’imagination et de stratégie.

 

 

Dans l’hypothèse où ce qui n’est qu’une crainte se réalisait, notre chère patrie ressemblerait, à ne pas s’y méprendre, à la Somalie, ce pays sans gouvernement central digne de ce nom depuis 1991 et livré aux milices tribales qui y font la pluie et le beau temps. De plus, ce chaos constituerait un terrain propice aux trafics en tous genres et autres crimes. Nul besoin d’être devin pour en deviner les conséquences.

On me trouvera peut-être exagérément alarmiste, mais compte tenu de ce qui se profile à l’horizon, ce serait faire preuve d’inconséquence et de légèreté que de s’abriter derrière un optimisme béat.

Si toutefois une partition du Tchad devait avoir lieu, ce qui ne peut être un souhait pour aucun Tchadien épris de patriotisme, l’histoire tiendrait pour responsable non seulement Idriss Deby, mais aussi les différentes factions rebelles dont les chefs n’ont guère d’autre objectif que de devenir calife à la place du calife contrairement aux bonnes intentions affichées par les uns et les autres. Je peux me tromper, j’en conviens bien volontiers, mais pourquoi n’arrivent-ils pas à s’entendre autour d’un chef unique si la finalité de leur action est de déloger le régime en place et de remettre le pouvoir aux civils pour ouvrir une ère démocratique ?

Le fait que le RFC et l’UFCD aient quitté la coalition militaire ne milite pas en leur faveur même si ce dernier a fini par rejoindre la nouvelle alliance après moult tractations. Officiellement, il y a eu des divergences de vue, sans plus. Mais tout le monde sait que la pomme de discorde était le partage des rôles présents et futurs. Pour s’en convaincre, il suffit de disséquer leur échec aux portes du Palais rose. En effet, une fois que la Présidence était à un jet de pierre, les vraies intentions avaient surgi et c’en était fini de l’unité de façade. On connaît la suite. Voilà la triste réalité.

Nombreux sont ceux qui persistent à penser, quitte à s’abuser, que l’on se tromperait à attendre des lendemains qui chantent de la part des chefs rebelles et consorts. Qu’est-ce qui nous garantit que ces individus nous apporterons la paix et la liberté tant attendues mais jamais connues ? Rien n’est moins sûr, compte tenu de leurs comportements. S’il s’agit de promesses creuses, donc forcément sans lendemain, on en a eues à foison et nous n’en sommes pas demandeurs. Souvenez-vous du fameux ni or ni argent et de la suite qui en a été donnée.

Pour mieux comprendre les intentions des uns et des autres, nul besoin de remonter au déluge. Il suffit de jeter un coup d’œil à leur passé récent. D’une manière ou d’une autre, la plupart des chefs rebelles sur le terrain ont travaillé des années durant avec Deby et Habré. Ils se sont réveillé un bon matin et se sont aperçu que les choses allaient mal. Pourquoi ont-t-ils mis autant de temps pour réaliser cela ? Mystère. Pourquoi entreprennent-ils des négociations s’ils savent d’avance que leur ancien patron ne changera pas de méthode de travail ? Pourquoi mijotent-t-ils des négociations en catimini et sur des bases claniques s’ils sont sincères comme ils prétendent l’être ? Pour être crédible, l’on doit s’efforcer de fédérer autour de son projet toutes les composantes ethniques du pays et non pas uniquement son clan ou sa tribu.

Ces messieurs doivent savoir que l’époque où ils décidaient et les autres opinaient du bonnet est révolue.

Mais revenons un instant sur l’épineux problème de leadership qui divise les groupes rebelles. Pourquoi le Soudan a-t-il imposé contre vents et marées à la tête de la nouvelle coalition une personne de son choix au lieu de laisser le soin aux différentes factions de trouver un leader qui fasse l’unanimité ? La réponse est simple, voire simpliste pour certains.

Certes, Mr Nouri est un ami du Soudan depuis bien longtemps et à présent il semble même qu’il soit leur homme de confiance. Mais l’objectif recherché de l’opposition armée est de trouver un homme de consensus qui soit en mesure de répondre aux attentes du peuple tchadien et non pas aux aspirations du Soudan même si aux yeux des rebelles il semble peser lourd dans la balance. L’impasse actuelle risque de perdurer si aucune solution n’est trouvée rapidement. Reste à savoir si l’on doit accepter d’être à la botte d’un pays comme le Soudan, nous qui sommes un peuple si fier ? Comment pourrait-on accepter que le Tchad devienne le petit caniche d’un autre pays.

Le Soudan et ses parrains doivent savoir que le Tchad ne sera jamais un satellite et encore moins un pays arabe même si c’est le vœu le plus cher de certains illuminés. Regardons ce qui se passe au Darfour : c’est un nettoyage ethnique dont la finalité est de bouter hors du Soudan tout ce qui ressemble de près ou de loin aux populations suspectées de servir de vivier aux groupes armés (soudanais) et d’assujettir les éventuels rescapés. L’argument mis en avant par le régime soudanais est l’irrédentisme de cette région. Mais comment s’étonner que les peuples se révoltent quand ils constatent qu’ils ne tirent aucun profit des richesses produites par leur propre sous-sol ?

Débarrasser le Tchad de Deby ne doit pas se faire à n’importe quel prix. En tous cas, il est hors de question que cela se fasse au détriment de ce que nous avons de plus cher : notre souveraineté.

Tous ces hommes qui prétendent nous libérer du joug de Deby ont un passé qui n’est pas exempt de tout reproche, loin s’en faut. Il est incontestable que dans la foule de messages en tous genres dont on nous abreuve, il en existe certains qui sont limite subliminaires et auxquels nous devrions faire attention sous peine d’en éprouver d’interminables remords.

En effet, d’aucuns voudraient retrouver un passé glorieux quand d’autres sont aiguillonnés par le seul souci de perpétuer la mainmise d’un clan sur la conduite de la nation. Ce faisant, ils dénient de facto aux autres tchadiens le droit d’accéder à la direction du pays, ce qui est absolument blessant et irrecevable. Il est grand temps de faire comprendre aux tchadiens qu’ils ne doivent pas risquer leurs vies aux seules fins de permettre à des individus d’assouvir leurs ambitions, aussi louables soient-elles.

Méditons un instant ces paroles du regretté Bob Marley: “you can fool some people sometimes, but you cannot fool all the people all the time”. Tout est dit. Chers compatriotes, de l’intérieur et de la diaspora, l’avenir du Tchad nous concerne tous, et par conséquent, nous ne devrions pas assister passivement aux épreuves que traverse la nation.

Etant donné que la situation actuelle est intenable pour les populations qui ne peuvent vaquer normalement à leurs occupations ;
Vu l’entêtement de Deby à s’accrocher à son pouvoir quoi qu’il en coûte ;
Vu son obstination à privilégier la force pour juguler la crise actuelle ;
Etant donné qu’aucun groupe rebelle ne peut, à lui seul, chasser le dictateur ;
Etant donné que chaque jour qui passe plonge le pays un peu plus dans la misère, la majeure partie des ressources étant mobilisée pour soutenir l’effort de guerre ou détournée à d’autres fins ;
Vu la déchéance morale qui affecte nos dirigeants et la corruption généralisée qui gangrène le pays sans oublier les corollaires de ces fléaux ;
Je formule le vœu que nous, les tchadiens de la diaspora, lancions un appel pressant en direction des rebelles pour qu’ils désignent à leur tête une personnalité neutre et consensuelle afin de mettre un terme définitif à une situation qui n’a que trop duré. Il va sans dire que cela doit se faire en dehors de toute interférence étrangère, et notamment soudanaise.

Une telle perle est difficile à dénicher par les temps qui courent et la compromission ambiante, mais c’est la condition sine qua non pour permettre au peuple tchadien de recouvrer sa liberté si longtemps confisquée.

Le moment s’y prête particulièrement. En témoigne la réalisation d’ouvrages moyenâgeux que sont les tranchées censées protéger N’Djamena. Si le potentat se résout à protéger uniquement le centre névralgique de son système en délaissant le reste du territoire, il ne faut pas être grand clerc pour y voir une fragilisation du régime. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, a-t-on coutume de dire. Il ne reste plus qu’à porter l’estocade finale à un régime déjà chancelant. Alors, mettons de côté nos divergences et agissons de concert. C’est le service le plus précieux que nous puissions rendre à la nation !

Vive le Tchad !

Abbo Abakar Haggar,
France.
haggarson@hotmail.com




Source: tchadactuel

Publié dans Politique

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