Ce ne sont pas les Premiers Ministres qui posent problème au Tchad. C’est la dictature et la mauvaise gouvernance.

Publié le par Hamid K.


            Par Armel Ramadji, laleonline





 

Par un décret présidentiel date du 15 avril 2008, le Général Deby Itno a fait de Youssouf Saleh Abbas (YSA) le nouveau Premier Ministre du Tchad. Kascou dont le départ était annoncé depuis belle lurette est remercié. Ce qui devrait arriver arriva donc. A l’image de tous ceux qui l’ont précédé à la primature, à l’exception peut-être du Dr. Moungar, Kascou n’a pas fait mieux. Et pourtant, il était à son deuxième passage au même poste sous le règne de Idriss Deby Itno. Il n’a rien fait de tangible pour alléger le calvaire des Tchadiens. Il laisse le pays dans un état comateux, pire que l’état dans lequel il l’avait trouvé quand il avait pris les commandes après la mort de Yoadimadji, un autre pion a Deby Itno. Tous les Premiers Ministres de Deby se suivent et se ressemblent.


Viré de la primature, notre Docteur-Imam national ne tardera certainement à renouer avec l’opposition alimentaire en réactivant ses critiques acerbes du système Deby dans les jours qui suivent. Les fins de mois ne s’annoncent évidemment pas roses alors il va falloir faire encore plus de bruit pour être rappelé à la mangeoire par Deby.

Cela dit, qui est Youssouf Saleh Abbas, le nouveau locataire de la Primature Tchadienne ? Originaire du Ouaddaï, Youssouf Saleh Abbas est serait un diplomate de carrière, titulaire d’un DEA en Relations Internationales d’après sa courte biographie diffusée par le site de la présidence du Tchad. Dans les années 1980, juste après la guerre civile de 1979, il était l’un des responsables du Gouvernement d’Union Nationale de Transition dirigé par Goukouni Weddey, occupant le poste de DirCab. Durant la Conférence Nationale Souveraine de 1993, Mr. Youssouf Saleh Abbas fut élu Vice-président du Praesidium de la conférence. Apres la CNS, YSA fait un passage décrit pas beaucoup d’observateurs comme pas trop glorieux à la tête de l’Agence Tchadienne d’Exécution des Travaux d’Intérêts Publics (ATETIP) avant de prendre le chemin du maquis et rejoindre le MDJT de feu Youssouf Togoimi. Ce dernier mort dans des conditions non encore élucidées, Youssouf  Saleh Abbas décide de raccrocher la Kalach pour rentrer au bercail et servir le régime Deby. Depuis 2007, il exerçait les fonctions de Conseiller Technique aux Relations Internationales au niveau de la Présidence Tchadienne.  Il etait aussi le représentant spécial de son boss auprès de l’EUFOR et de la MINURCAT d’après le site de la Présidence. YSA est donc plus ou moins un homme du sérail qui prend le flambeau tenu depuis plusieurs mois par Kascou. 
A l’exception de Moussa Faki, un parent à Deby Itno qui avait occupé le poste de Premier Ministre, au Tchad, tous les autres Premiers Ministres de Deby sont venus du Sud chrétien. Géopolitique oblige diront certains. La désignation de YSA à la primature sonne-t-il le glas de cette géopolitique que semblait appliquée Deby depuis sa prise du pouvoir pour donner la fausse impression d’un équilibre régional dans la gestion des affaires de l’Etat? Seul Deby et ses ouailles détiennent la réponse. De toutes les façons, que vérité soit dite, la géopolitique prônée au Tchad n’a été que de la poudre aux yeux. Elle a  servit en réalité comme un moyen et un prétexte pour permettre à une foultitude de nullards,  officiers assimilés, imams-officiers, éleveurs et autres parvenus de tous poils de se faire une place au soleil en gravissant les échelons de l’administration tchadienne à la vitesse de la lumière. Rien de plus. La nomination de YSA marque-t-il le retour au credo «  l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » sans considérations ethniques, tribales, confessionnelles ou régionalistes ? Nous l’espérons vivement mais là encore, rien n’est moins sur puisque la fin de la kermesse du désordre annoncée par IDI n’est toujours pas à l’ordre du jour plusieurs années après.
En tout cas, la nomination de YSA rompt avec cette géopolitique boiteuse qui a consiste à nommer toujours un Premier Ministre issu Sud, même si tout le monde sait qu’il sera le dindon de la farce dans le grand show orchestre par Deby Itno et ses thuriféraires depuis 18 ans. Les Alingué, Yodoyman, Kascou, Moungar, Koibla, Yoadimadji, Kabadi,…mentiront s’ils prétendent avoir eu les pleins pouvoirs de Premier Ministre pour gérer quoique ce soit.
YSA réussira-t-il à  colmater les brèches là ou tous ses prédécesseurs ont fait un piètre boulot ? Nous doutons très fort de sa capacité à faire face a un Deby qui se joue et se moque de tout le monde. Comme notre confrère Tchadactuel l’a si bien analyse, après l’enlèvement et la disparition/assassinat du Dr. Ibni qui est originaire du Ouaddaï, la nomination de YSA qui est lui aussi issue de la même région vient comme une consolation pour les ressortissants de cette région. Deby réussira-t-il a calmer la colère de la grande famille Ouaddaienne qui attend toujours a savoir ce qu’est advenu de l’un de ses vaillants et courageux fils ? Rien n’est moins sur. Qui vivra verra et nous le saurons très bientôt.

Deby Itno doit savoir que la solution au problème tchadien ne se trouve pas dans l’alignement d’une pléiade de Premiers Ministres les uns plus médiocres que les autres. Ce défilé de Premiers Ministres n’a absolument rien résolu au Tchad depuis que le locataire du Palais Rose est arrivé au pouvoir un 1er décembre 1990.  Et pourtant, Idriss Deby Itno, plus que tous ses autres prédécesseurs, a eu le plus de temps, le plus de ressources, et la plus grande patience des Tchadiens, …bref il a eu tout pour réussir là ou les autres ont échoué. Malheureusement, il a montré ses limites et prouvé aux Tchadiens qu’il n’est pas l’homme de la situation et qu’il ne sortira pas le pays du chaos et de la misère. Il n’est qu’un minable et vilain tyran qui se soucie très peu de son peuple. Ce ne sont pas les Premiers Ministres qui posent problème au Tchad. C’est le système Deby qui est complètement pourri. C’est Deby lui-même qui est le problème du Tchad et de la sous - région. Il le sait. Ses parrains français et autres le savent eux aussi mais sont peu enclin à abréger la misère des Tchadiens en demandant a leur poulain de prendre ses clics et clacs et nous foutre la paix. Une fois de plus, on fait croire aux gens que sans Deby, le Tchad sera livre aux « terroristes Islamistes» et aux « Talibans » soutenus par le Soudan et l’Arabie Saoudite. Pour les Américains et les Français, Deby serait le meilleur rempart contre les « ambitions » supposées de Khartoum qui n’est pas en odeur de sainteté auprès de beaucoup de capitales occidentales. Alors, même si Deby est l’un des pires dictateurs africains en exercice, il faut le laisser en place pour protéger les intérêts occidentaux. Voila tout. Le sort des Tchadiens peut attendre tranquillement au tiroir. Pendant ce temps la, IDI peut continuer a foutre le bordel au Tchad et dans les pays voisins sans susciter quoique ce soit. A Paris, Washington, Bruxelles, Addis et New York, les diplomates nous serviront les mêmes refrains diplomatiques habituels vides de sens : «  Nous suivrons avec beaucoup d’attention ceci… », « Nous suivons de près cela,… », « Nous condamnons la prise du pouvoir par la force… », « Blablabla blablabla… »

La tragédie tchadienne est un problème de mauvaise gouvernance et de dictature clanique décriée par les Tchadiens depuis 18 ans. Si Idriss Deby Itno ne change pas sa méthode de gestion familiale et calamiteuse du Tchad, s’il n’arrête pas de se comporter comme un vulgaire chef de la mafia, s’il n’arrête pas de mépriser ses 9 millions de compatriotes, s’il s’entête à refuser l’idée d’un vrai dialogue inclusif qu’appelle beaucoup de tchadiens et d’observateurs, un Premier Ministre de plus ne résoudra pas du tout le problème.

Ce qu’il faut au Tchad, ce n’est pas un nième Premier Ministre bon à rien comme Deby Itno et son clan le pensent. Ce qu’il faut, c’est la justice, l’équité, l’Etat de Droit, la bonne gouvernance, la vraie démocratie, la liberté, la fin de gabegie, du clanisme, du tribalisme, la fin de la corruption qui a atteint des proportions endémiques jamais égalées. Pour arriver à tout cela, une autre CNS ou Forum National ou Dialogue Inclusif, appelez-le comme vous le voulez, s’impose. Seules des discussions franches, honnêtes, ouvertes à tous les tchadiens qui ont des griefs contre le système Deby pourront permettre de débloquer la situation. Seul un dialogue inclusif digne de ce nom, regroupant toutes les composantes de la société tchadienne permettre de faire table rase sur le passé douloureux, amorcer une vraie réconciliation et remettre le pays sur les rails. Toute autre approche qui ne prend pas en compte l’aspect inclusif est vouée à échec et nous continuerons à tourner en rond pendant que les autres avancent vers le développement. Nous espérons que le nouveau Premier Ministre ne sera pas un autre va-t-en guerre, lui qui a traîné sa bosse dans la rébellion avant de se rallier. Nous espérons qu’il privilégiera le vrai dialogue avec tout le monde et qu’il prônera une utilisation rationnelle et sage de nos revenus du pétrole pour s’attaquer aux vrais problèmes de développement et soulager les millions de Tchadiens qui croupissent dans une misère indescriptible depuis des décennies. Rendez-vous dans 100 jours pour un premier bilan.

 

 

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