ENAM : la chasse aux analphabètes a commencé

Publié le par Hamid K.

Depuis quelques années, l’administration tchadienne essaime d’un genre nouveau de fonctionnaires : les analphabètes ; c’est-à-dire tous ceux qui, à un moment ou un autre de leur vie, n’ont pas eu la chance d’étudier ou n’ont tout simplement pas voulu étudier. Le désordre institué par le régime de N’Djamena qui a fait du népotisme la voie royale à la fonctionnarisation des parents et autres proches, a permis à de nombreuses personnes, d’accéder aux administrations publiques sans qualification ni diplômes sinon celles qu’elles se sont fabriquer elle-mêmes. Des faux diplômes achetés en Afrique de l’Ouest.

Conséquences, beaucoup trop de diplômés sortis de l’Université de N’Djamena sont abandonnés à leur triste sort parce que n’ayant pas, pour parler comme Bérémadji Félix, « une assise ethnico-regionalo-clanique » leur permettant une intégration à la fonction publique.

Mais le diplôme papier n’étant qu’une simple présomption de connaissance, il n’a pas fallu longtemps pour que les « népotisés » et leurs parrains soient mis devant le fait accompli. Incompétents, ils sont trop incompétents. Un décret présidentiel suspend alors l’intégration à la fonction publique des « diplômés » de l’Afrique de l’Ouest et décide de recruter d’abord les lauréats des écoles nationales qui forment à l’administration.

C’était mal connaître les analphabètes et leurs parrains. C’est ainsi que l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM) de N’Djamena a été prise d’assaut par les  analphabètes et leurs parrains. Enseignant dans cette école censée former des cadres de haut niveau, Monsieur F. dit avoir vu défiler depuis 2001, une horde d’analphabètes ne sachant ni lire ni écrire ayant comme par enchantement réussi « brillamment le concours devant des centaines des candidats détenteurs de la Licence en droit ». Ni lecture, ni écriture. Le  "parler", « n’en parlons pas », lâche-t-il d’un air de mépris. Difficile dans ce cas de leur expliquer simplement ce qu’est « une loi, décret, un arrêté, ». N’allez pas disserter sur le « parallélisme des formes ou encore sur "l’abrogation" qu’un haut cadre de la fonction publique doit absolument connaître » fulmine-t-il. Ils « croiront que vous leur parlez en chinois » et mettront en doute vos connaissances.

Le FMI et la Banque mondiale, dans le cadre de la bonne gestion des aides accordées au Tchad, ont demandé au gouvernement tchadien d’arrêter ce népotisme qui fait reculer le pays au lieu de l’aider à avancer. Dorénavant, aucun analphabète ne sera autorisé à passer le concours de l’ENAM. Le dernier concours qui vient d’être organisé est ainsi considéré comme le premier concours « propre » depuis bientôt une dizaine d’années. Aucun analphabète n’est reçu. Mais cela empêchera-t-il Idriss Déby et ses amis d’en faire des hauts cadres de l’Administration tchadienne ?

Les « népotisés » d’hier et d’aujourd’hui seront les défenseurs du népotisme de demain. S’en sortira-t-on un jour dans ce pays? « 
Hissein Habré est un visionnaire » comme l’a écrit Lyadish Ahmed, il y a quelques années,  sur ialtchad. Après lui, c’est bien le déluge !


Souleyman


Source: lyadish.over-blog.com

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