ADZ : Voir des Occidentaux arrachant des enfants à leur terre natale rappelle le cauchemar de la colonisation

Publié le par Hamid K.

Une charité mieux ordonnée pour les orphelins

Par Albina du Boisrouvray fondatrice et présidente de l’association François-Xavier Bagnoud.

 

 

 

Les enfants n’ont pas de voix et ceux qui sont pauvres encore moins. L’aventure branquignolesque de l’association l’Arche de Zoé au Tchad en est l’illustration criante. Au vu de la mondialisation croissante, caractérisant un monde complexe et sensible aux facteurs politiques, nos interventions à vocation humanitaire doivent être imprégnées du plus grand professionnalisme. Au regard de notre histoire sur le continent africain et des horreurs qui la jalonnent, voir des Occidentaux arrachant des enfants à leur terre natale rappelle, tel un cauchemar, l’atroce et inhumain trafic d’orphelins qui a caractérisé la colonisation. Et l’Arche de Zoé a voulu faire orphelins des enfants qui ne l’étaient pas. La Convention internationale des droits de l’enfant, votée à l’unanimité des Etats membres des Nations unies en 1989 et ratifiée par 191 Etats, contient les éléments juridiques et éthiques qui auraient permis d’éviter le fiasco des responsables de l’Arche de Zoé. La flagrance de l’incident à l’aune de la tradition autochtone est renversante.

 

La famille élargie représente un merveilleux pilier de l’amour dans la culture africaine. Même orphelin, un enfant ne sombrera jamais dans la solitude de l’abandon car la famille élargie sera toujours là pour le recueillir. Lorsque le sida a décimé l’ensemble des adultes de la famille élargie les aînés parmi les orphelins prennent en charge les plus jeunes afin qu’ils survivent.

Tel est le principe directeur qui devrait gouverner la mise à disposition des communautés d’un système ou d’une stratégie: les Occidentaux proposent et la communauté locale dispose, après évaluation et prise en compte des coutumes locales. Un partenariat basé sur les principes de respect et d’attention. C’est ce que nous parvenons à faire avec l’association François-Xavier Bagnoud depuis plusieurs années. C’est dans ce contexte et en cette capacité que les femmes africaines avec lesquelles j’ai travaillé depuis dix-sept ans viennent me voir pour me dire: «Vous vous souvenez de moi ? Je m’appelle Elisabeth, j’ai rejoint l’association FXB il y a dix-sept ans !» «J’ai rejoint» : ce n’est pas vous qui avez apporté, fait ou réparé quoi que ce soit. Elle s’est jointe à nous, tout simplement.

Les Etats-Unis dénombrent actuellement plus d’un million d’ONG, soit le double par rapport à l’année 2000. Plus leur nombre augmente, plus les normes en matière d’éthique doivent gagner en rigueur. Plusieurs années de travail nous ont enseigné qu’il ne faut jamais intervenir dans un pays où vous n’êtes pas d’abord allé pour évaluer la situation, la culture, les opportunités, créer des liens d’amitié, vous assurer qu’il existe une demande correspondant à votre offre. Mieux encore : réfléchir ensemble à la possibilité d’instaurer une relation gagnant-gagnant et étudier la manière et les lieux où l’aide sera optimale.

C’est le professionnalisme qui doit animer le monde de l’humanitaire, et non pas un empressement charitable irréfléchi et frénétique à répondre aux gémissements du premier cœur en peine. Une charité empressée doit laisser place à une intervention structurée et raisonnée afin de répondre à une demande clairement exprimée. Même dans la situation tragique que traverse le Darfour, la fin ne justifie pas les moyens.

La Convention des droits de l’enfant, obligation légale de protection par les gouvernements, a été ratifiée par la France. Or nulle part, à la télévision ou à la radio, a-t-on entendu qu’il est scandaleux et criminel de déstabiliser, angoisser, traumatiser 103 enfants. Lesquels se sont trouvés, du fait des agissements malhonnêtes et irresponsables d’adultes, largués pendant six mois dans un orphelinat, heureusement assistés par l’Unicef et la Croix-Rouge tchadienne. La souffrance infligée à un enfant pour satisfaire des ego, associée à la cupidité, est un crime



Source : Liberation.fr

Publié dans Societe

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