Tchad: l'opposition entre dans le nouveau gouvernement

Publié le par Hamid K.



N'DJAMENA (AFP) — L'opposition tchadienne a fait mercredi son entrée dans le gouvernement du nouveau Premier ministre Youssouf Saleh Abbas avec quatre ministères dont la Défense et la Justice, a annoncé la radio nationale citant un décret du président Idriss Deby Itno.

Wadal Abdelkader Kamougué, un opposant connu du sud du Tchad, a obtenu le portefeuille de la Défense. Jean Bawoyeu Alingué, autre membre de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), principale coalition de l'opposition, est le nouveau garde des Sceaux, alors que le porte-parole adjoint de la CPDC Hamit Mahamat Dahalob hérite, lui, du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme et de l'Habitat.

Un quatrième membre de la CPDC Naimbaye Lossimian obtient le maroquin de l'Agriculture.

Nommé le 16 avril, le nouveau Premier ministre tchadien Youssouf Saleh Abbas, ancien conseiller diplomatique du président Deby, avait offert vendredi à l'opposition "d'entrer dans son gouvernement" pour travailler à "la restauration de la paix".

Ancien chef rebelle et ex-opposant en exil qui a rallié le pouvoir actuel en 2006, M. Abbas avait affirmé que sa "première priorité" était "de former un gouvernement d'ouverture. Je vais aller vers les partis politiques pour pouvoir travailler ensemble".

Le nouveau Premier ministre, originaire de la région du Ouaddaï, dans l'est du Tchad où sont actifs plusieurs mouvements rebelles hostiles au président Deby, a succédé à Delwa Kassiré Coumakoye, limogé.

Selon responsable tchadien, qui avait requis l'anonymat, M. Kassiré avait été "relevé de ses fonctions parce qu'il s'oppose à la mise en oeuvre de l'accord du 13 août 2007 entre la majorité présidentielle et l'opposition".

Par ailleurs, l'ancien Premier ministre Moussa Faki Mahamat, président du Conseil économique et social, prend en main les Affaires Etrangères, en remplacement de Ahmad Allam-Mi.

Secrétaire d'Etat au budget, Abacar Mallah Mourcha est, quant à lui, promu ministre des Finances.

Le Quai d'Orsay avait salué la nomination de Youssouf Saleh Abbas en affirmant "Nous soutenons tout ce qui peut contribuer au dialogue entre les Tchadiens et souhaitons en particulier la mise en oeuvre de l'accord du 13 août (2007, accord devant aboutir à des élections libres et démocratiques en 2009) qui doit permettre la réconciliation nationale au Tchad".

La CPDC avait suspendu son dialogue avec le pouvoir après l'attaque rebelle ratée des 2 et 3 février à N'Djamena, à l'issue de laquelle trois figures de l'opposition avaient été arrêtées, selon des témoignages concordants, par les services de sécurité tchadiens.

Deux d'entre eux ont depuis retrouvé la liberté, mais Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la CPDC et secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD), est toujours porté "disparu" depuis son enlèvement à son domicile à la fin du raid rebelle contre N'Djamena. Plusieurs responsables de l'opposition le considèrent aujourd'hui comme mort.

Le PLD a récemment répété qu'il "réservait sa participation dans tout gouvernement tant que son secrétaire général (...) n'est pas libéré".

Plusieurs organisations internationales ont accusé de nombreuses violations de droits de l'Homme du régime du président Idriss Deby Itno dans les jours qui ont suivi l'attaque des rebelles venus du Soudan, repoussée in extremis avec le soutien de la France.

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