Les tchadiens méritent ils Idriss Déby Itno

Publié le par Hamid K.

"Les Tchadiens méritent Idriss Deby", disent les Tchadiens:   entre paroles, comportements et ralliements
Par Laounodji Mbairessem Monza



La myriade de Coups d’Etat manqués au sein ou aux portes du Palais Rose de N’djamena depuis une décennie prouve bien que les militaires/politico-militaires et politiciens tchadiens manquent d’initiatives et de leadership pour imposer le changement voulu par tous. Ces échecs dans le reversement du régime en place au Tchad soit par  les rebelles soit par les opposants démocratiques indiquent que ces deux entités politico-militaires évoluent sans une base politique réelle à l’intérieur du pays. Car le peuple tchadien ne trouve pas son compte dans les propagandes, sentiments nationalistes ou motifs fantaisistes qui poussent les uns et les autres à vouloir imposer un changement de régime par tous les moyens au Tchad. Le constat est qu’aujourd’hui, les Tchadiens, à travers leurs dires et actions, prouvent et trouvent que Idriss Deby est un moindre mal que ceux qui cherchent à lui arracher « son pouvoir » au Tchad. Par conséquent, les récentes défaites militaires des rebelles du FUC de Mahamat Nour (13 avril 2006) et des Forces Coalisées de Mahamat Nouri, Hissein Erdimi et compagnies (3 février 2008) autant que le hold-up électoral de mai 2006 au détriment des opposants démocratiquement reconnus confirment à suffisance ces comportements.

Et ces politico-militaires emploient souvent le mot « réconciliation ou réconciliation nationale » comme un  raccourci pour masquer en grande partie les échecs, déboires et déceptions des uns et des autres, voire pour minimiser les dégâts humains qu’ils laissent souvent derrière eux après leur déroute ou débâcle. Puisque chaque fois qu’il y a un Coup d’Etat raté contre le pouvoir de N’djamena ou qu’une faction rebelle n’arrive pas à s’imposer par les armes, on entend aussitôt parler de réconciliation nationale, de forum entre Tchadiens ou de débat inclusif pour arrêter ce gâchis et satisfaire les mécontents. En plus de cela, le pouvoir en place qui devrait faire l’objet de l’agenda et être membre de droit à ces assises joue souvent la politique de chaise vide. Comme quoi, il est indéniable  que ceux qu’on appelle communément politico-militaires au Tchad créent la guerre comme un moyen de ralliement au pouvoir de Deby (donc de partage de gâteau) plutôt qu’un moyen de réclamation de réconciliation nationale ou d’imposition du changement tant voulu par tous.

Aujourd’hui, rebelles (politico-militaires), opposants démocratiques et ajoutés tchadiens demandent à cor et à cri l’organisation d’un  Forum National de Réconciliation Elargi/Inclusif ou Indépendant, parrainée ou supervisée par leurs acolytes et mécènes Occidentaux ou Islamistes pour trancher le mal tchadien. Cependant, l’histoire des tentatives de réconciliation entre Tchadiens (tout court) montre que les dialogues inter-tchadiens ont toujours accouché de souris parce que ceux qui se retrouvent le plus souvent autour de la table de négociation pour sauver le pays agissent comme des espions (ou pions) plutôt que des patriotes soucieux de l’avenir de leur pays. Ainsi, les tables rondes entre Tchadiens sont d’emblée teintées de trahison et trafic d’influence, et finissent par être des clubs de regroupement par affinités pour le partage de postes que des commissions de réflexions sur un projet de société à mettre en place. C’est ce qui peut-être pousse-t-il le président Idriss Deby à qualifier le plus souvent, à tort ou à raison, les participants à ces assises (militaires, politiciens et personnes ressources tchadiens) de « bande d’irresponsables » parce qu’ils n’ont pas le Tchad à cœur lors des tels forums.

Parlant de forum de réconciliation nationale, la Conférence Nationale Souveraine de 1993 au Tchad était une grande chance donnée à toutes les couches de populations tchadiennes, et particulièrement aux politiciens soucieux du meilleur devenir du Tchad, de réfléchir honnêtement sur les différends qui minent le pays et mettre en place des projets de société reflétant l’aspiration de tous. Mais, les démons de la politique tchadienne n’ont pas permis cette grande enjambée dans l’histoire de la démocratie naissante au pays des Sao. Et les conséquences sont ce que tout le monde souffre aujourd’hui sous l’administration et les nombreux gouvernements d’Idriss Deby. Et il n’y a rien à attendre de ces interminables gouvernements et remaniements truffés de renégats, prébendiers et anciens déçus de la scène politique Tchadienne.

Qu’augure la nomination d’un ancien vice-président de la Conférence Nationale Souveraine du Tchad à la tête d’un nouveau gouvernement ? Idriss Deby est-il près à aller à la table de réconciliation nationale ? Y a-t-il espoir de voir une vraie amorce de changement démocratique et de début de réconciliation (disons de dialogue) entre Tchadiens avec ce nouveau gouvernement taillé par le Premier Ministre Youssouf Saleh Abbas? Même si on ne fait pas du neuf avec du vieux, la politique tchadienne est bien connu pour sa tradition orientée vers le recyclage « d’anciens serviteurs de la Nation » pour assurer la continuité de l’Etat tchadien et faire moins de déçus. C’est dire que l’Etat tchadien manque du sang neuf et de nouveau souffle malgré la pléthore de ses cerveaux qui font la fortune d’autres nations qui n’ont souvent pas besoin d’eux. En attendant le retour de ces cerveaux sur la scène politique tchadienne, gageons que le gouvernement taillé par Youssouf Saleh Abbas aura les mains libres pour avancer le projet de réconciliation nationale et ramener les uns et les autres au bercail. Cela ne doit pas être seulement l’apanage des têtes-à-penser du pouvoir de N’djamena de trier qui doit participer.

La pierre d’achoppement dans les tentatives de réconciliation au Tchad c’est avant tout l’attitude et la position peu recommandables des « intellectuels tchadiens » qui représentent et parlent au nom de ces destructeurs politiques ou militaires de la Nation tchadienne. Ceux-ci s’évertuent à brouiller les pistes plutôt que de penser à une solution nationale. Alors, ils préfèrent être à la solde du plus offrant et du plus rapproché du pouvoir que de perdre en rendant service à la majorité. Pour ce faire, les guerres ou conflits entre Tchadiens, qu’ils soient fomentés ou alimentés de  l’extérieur comme de l’intérieur, renferment toujours de mystère pour le commun des Tchadiens et tout observateur averti de la scène politique tchadienne.

C’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu de paix de braves durable à travers les concertations/ralliements entre Tchadiens ni de vraie victoire entre belligérants. Car les mobiles derrière les accrochages entre Tchadiens autour du pouvoir d’Etat reflètent plutôt des poursuites d’intérêts personnels de la part de la myriade de chefs de partis et/ou de rebellions que des vrais différends autour de projets de société à faire asseoir. Toute fois, l’absence d’osmose entre rebelles, populations tchadiennes et l’opposition démocratique de l’intérieur pour imposer le vrai changement ce dernier temps en dit long sur la perception et l’orientation que les uns et les autres ont de la manière qu’il faut apporter le changement au Tchad : par coups de canons ou de bulletins de vote !!

Vu les ratés constatés pêle-mêle à travers les Coups d’Etat échoués pendant des années au Tchad et leurs effets néfastes ressentis dans toutes les structures sociopolitiques, militaires, communautaires, syndicales et associatives dans le pays, n’est-il pas aujourd’hui honnête de dire que les Tchadiens, dans leur ensemble, s’infligent le mal dont ils souffrent dans leur pays et avec leur pays ?

Le seul progrès observable dans ces conflits entre Tchadiens, c’est qu’on entend de moins en moins aujourd’hui les vocables Nord-Sud, Chrétiens-Musulmans, Arabophones-Francophones, ou Doum-Kirdi etc. entre les belligérants. C’est beaucoup plus de guerres basées sur la culpabilité par association. Cependant, l’incapacité des politiciens et militaires tchadiens à se faire légitimer par le peuple à la tête de l’Etat les contraint à afficher une certaine obédience politique ou à pactiser avec les puissances pour se faire ravitailler et/ou transporter au pouvoir à N’djamena. L’absence d’osmose et de synergie entre Tchadiens de tout bord depuis une décennie résulte de cette vision macabre des politiciens tchadiens (et par ricochet des populations) qui se complaisent à dire comme quoi sans l’aval de la France ou de la Libye, voire du Soudan, aucun changement n’est envisageable au Tchad. Ainsi, la dichotomie arabophile-francophile empoisonne la cause nationaliste des Tchadiens. Et bon nombre de Tchadiens et politiciens tchadiens croient en leur âme et conscience que sans la France,  la Libye ou le Soudan etc. aucun tchadien ne peut émerger pour diriger comme il le faut ce pays. C’est peut-être l’une des raisons de ces comportements affichés par les rescapés de la prison d’Idriss Deby et de l’ANS après les événements de février 2008 d’inonder les dirigeants français de leurs reconnaissances. Alors que des millions de Tchadiens ont écrit, crié, manifesté et risqué leur vie pour que ces otages soient libérés, les miraculés, eux, ont choisi d’adresser d’abord leurs remerciements à leurs bourreaux et destructeurs de la Nation tchadienne qu’à leurs concitoyens qui partagent leurs peines. Ainsi, les attitudes de nos leaders politiques vis-à-vis du pouvoir d’Etat et les uns envers les autres concourent bien à renforcer ce cliché/mal dont nous nous complaisons à vivre depuis des décennies. Comme le dit bien cet adage, « Le malheur d’une nation commence dans les foyers mêmes de ses citoyens ».Alors, tant que les Tchadiens eux-mêmes n’arrivent  pas à savoir pourquoi ils se battent, ce n’est pas  la composition d’un gouvernement fourre-tout ou l’organisation d’un forum national tant souhaité qui va le faire à leur place. Car le début de toute sagesse, dit Confucius, c’est quand on commence par appeler les choses par leurs propres noms.

Laounodji Mbairessem Monza
laoumonzal@yahoo.fr
Washington DC,




Source : lyadish.blog




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