Javier Solana et Moussa Faki ont été harcelé par les humanitaires à l'est du Tchad

Publié le par Hamid K.

Dans l'est du Tchad, Javier Solana face à l'inquiétude des humanitaires

ABÉCHÉ (AFP) - Le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, accueilli mercredi dans l'est du Tchad par des humanitaires inquiets et en deuil d'un collègue, a jugé "obligatoire d'améliorer la sécurité" tout en prévenant qu'il n'y aurait "pas de miracle".

Javier Solana venait rendre visite à la force européenne en cours de déploiement dans le nord-est de la Centrafrique et l'est du Tchad, où elle doit notamment protéger les réfugiés soudanais du Darfour.

"C'est obligatoire d'améliorer la sécurité", a déclaré le haut représentant de l'UE pour la politique de sécurité, à Abéché, principale ville de l'est tchadien, où est installé le poste de commandement de l'Eufor.
"La coopération (du gouvernement tchadien) avec l'Eufor est totale", a-t-il ajouté, avant de nuancer: "Il n'y aura pas de miracle, la situation est difficile".

 

Après s'être entretenu mardi avec le président tchadien Idriss Deby Itno à N'Djamena, M. Solana est arrivé mercredi matin à Abéché. Accompagné par le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki, il a été accueilli par des humanitaires arborant des brassards noirs.

 

"Nous voulions montrer à M. Solana notre deuil", a expliqué le chef de mission de l'ONG Acted, Benoît Piot.

 

L'humanitaire Français Pascal Marlinge, de l'ONG Save the Children, avait été tué le 1er mai par des hommes armés alors qu'il circulait en convoi à l'est d'Abéché, non loin de la frontière soudanaise.

 

Or, l'ONU a justement confié à l'Eufor, en cours de déploiement dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, le mandat de sécuriser ces zones pour y faciliter le travail des humanitaires et protéger les réfugiés soudanais du Darfour voisin, ainsi que les déplacés internes tchadiens et centrafricains, soit plus de 450.000 personnes au total.

 

Lors d'une réunion, une trentaine d'humanitaires ont "harcelé" Javier Solana et Moussa Faki de "questions sur leur sécurité", selon un participant.

 

"Depuis janvier, trois humanitaires sont morts, deux gendarmes (tchadiens) des camps de réfugiés aussi", a déploré Benoît Piot. "Il faut régler le problème de la sécurité. On sait qu'on ne peut pas trouver une solution du jour au lendemain, mais il faut trouver une solution".

 

Les organisations internationales travaillant au Tchad sont régulièrement victimes de "coupeurs de routes", des bandits qui cherchent surtout à voler leurs véhicules tout-terrain. Elles avaient suspendu vendredi et samedi leurs "activités humanitaires" pour "protester contre la détérioration de la sécurité".

 

Pendant la réunion, les ONG se sont toutefois divisées sur l'opportunité d'avoir des escortes lors de chaque convoi.

 

"L'idée, ce n'est pas de mettre un militaire à chaque convoi, mais de créer les conditions de sécurité. On ne peut pas être présents partout, tout le temps", a tranché Javier Solana.

 

Même si l'Eufor Tchad-RCA parvient à assurer la sécurité, le problème risque de ressurgir à brève échéance. Le mandat de la mission européenne, qui a débuté mi-mars, ne dure qu'un an. Et l'Eufor ne sera pleinement opérationnelle qu'en juin, avec ses 3.700 hommes dont 2.100 Français, soit au début de la saison des pluies qui complique la circulation et devrait faire baisser l'insécurité jusqu'en octobre.

 

"Le mandat ne changera pas, on n'ira pas au-delà de mars 2009", a réitéré le diplomate européen, qui s'était également rendu mardi à Bangui pour cette première visite auprès de l'Eufor. "Il faut réfléchir dès aujourd'hui au suivi de la situation".

 

"Le président Deby a reconnu que le Tchad aurait besoin de travailler avec les Nations unies (après le départ de l'Eufor) d'une manière ou d'une autre, mais sans aller plus loin que ça", a-t-il conclu.

 

Javier Solana est ensuite allé à Goz Beïda, à près de 200 km au sud-est d'Abéché, pour rencontrer les soldats irlandais de l'Eufor et se rendre dans un camp de réfugiés soudanais et dans un site de déplacés tchadiens.

 

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