Tchad: la commission d'enquête sur les opposants disparus lance enfin ses travaux

Publié le par Hamid K.



N'DJAMENA (AFP) — La commission d'enquête sur l'attaque rebelle des 2 et 3 février, au cours de laquelle le pouvoir a été à deux doigts d'être renversé, et les disparitions d'opposants à N'Djamena, a entamé sa vraie mission cette semaine.

 

"Nous avons terminé la composition des groupes et sous-comités. Nous sommes en train de travailler", a affirmé Hélène Lambatim, vice-présidente de la commission et présidente de l'association des femmes juristes, au siège de la commission dans une maison du quartier de Sabangali de N'Djamena.

La commission doit notamment faire la lumière sur le cas de l'opposant Ibni Oumar Saleh, disparu lors de l'attaque mais dont on est toujours sans nouvelles, alors que sa famille affirme qu'il a été arrêté par les forces du président Idriss Deby Itno.

Deux autres opposants Lol Mahamat Choua et Ngarlejy Yorongar, disparus pendant plusieurs jours dans les mêmes conditions, ont depuis retrouvé leur liberté après avoir été arrêtés.

Le sort du porte-parole de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), la principale coalition de l'opposition, est l'objet de multiples spéculations et source de nombreuses rumeurs.

La dernière, invérifiable et circulant dans des cercles influents de la capitale tchadienne, est celle "d'un homme tué par balles et les mains attachées", exhumé cette semaine dans la périphérie de N'Djamena qui pourrait être celui d'Ibni Oumar Saleh.

Des hauts fonctionnaires ainsi que des membres de la famille ont affirmé vendredi qu'ils n'étaient pas "au courant" du sort de l'opposant.

"Les gens spéculent beaucoup. Malheureusement, nous n'avons pas de nouvelles. Il y a une commission, attendons de voir", a souligné Lol Mahamat Choua, ancien chef de l'Etat et autre grande figure de l'opposition.

Hélène Lambatim répond: "un sous-comité travaille là-dessus (Ibni), je ne peux rien vous dire en raison du principe de confidentialité. Mais, je peux vous dire que nous prenons toutes les informations et que nous allons les analyser et faire des recoupements".

La commission a créé des sous-comités travaillant notamment sur les violations des droits de l'Homme, les personnes disparues, ou encore les dommages causés aux institutions et établissements publics.

"Nous avons diffusé cette semaine un communiqué à la radio pour un appel à témoins. On demande aux victimes et parents de victimes de se manifester et de se rapprocher de nous", explique Mme Lambatim, soulignant que la commission accueille des observateurs internationaux.

Il s'agit notamment d'experts de l'Union européenne (UE), du Haut Comité aux Droits de l'Homme, de la France et de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

"Deux sont déjà là et trois arrivent la semaine prochaine", selon elle.

La première mouture de la commission, qui était dirigée par le président de l'Assemblée nationale, un proche de M. Deby, avait été critiquée par l'opposition et les ONG de défense des droits de l'Homme craignant un manque d'indépendance.

La nouvelle commission est plus crédible, de l'avis de ces derniers, qui attendent toutefois les résultats pour juger.

"C'est le but qui m'intéresse", affirme Mme Lambatim. "Nous essayons de faire notre travail en tout indépendance avec des principes directeurs comme la confidentialité, l'impartialité ou la sécurité des témoins".

La commission doit remettre un rapport à M. Deby dans deux mois.

"Nous avons pris un peu de retard lors de la composition des groupes mais c'était utile pour bien travailler. Nous allons essayer de le rattraper", assure Hélène Lambatim, qui espère que l'enquête pourra "constituer un élément du processus" de "recherche de la paix globale".

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