Soudan-Tchad : "La tentative du président Idriss Deby de déstabiliser le Soudan a échoué"

Publié le par Hamid K.

l'attaque de rebelles du Darfour a échoué, affirme Khartoum

Par Mohammed Ali SAEED

KHARTOUM (AFP) - Le Soudan a affirmé samedi avoir repoussé l'attaque d'un groupe rebelle du Darfour contre Khartoum, accusant le Tchad d'être derrière l'assaut contre la capitale soudanaise, où un couvre-feu a été imposé.


Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a "fermement condamné" samedi l'attaque de rebelles du Darfour et appelé à une cessation des combats, craignant que ces derniers bloquent les efforts de paix dans la région.

Les Etats-Unis ont également "condamné" samedi l'attaque de rebelles du Darfour près de Khartoum et appelé à une "cessation immédiate des combats".

Les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus puissant militairement des groupes rebelles du Darfour, avaient affirmé plus tôt qu'ils marchaient sur Khartoum après de violents combats avec les forces gouvernementales au nord de la capitale.

 

"L'opération est un échec. Le JEM a tenté de déstabiliser (le Soudan) mais les forces soudanaises s'y sont opposées", a déclaré à l'AFP Kamal Obeid, un haut responsable du parti au pouvoir au Soudan, le Congrès national. M. Obeid a accusé le Tchad d'avoir soutenu l'attaque. "Mais la tentative du président Idriss Deby de déstabiliser le Soudan a échoué", a-t-il affirmé. Un porte-parole du gouvernement tchadien a démenti plus tard "toute implication" de son pays dans l'attaque. Un couvre-feu a été imposé à Khartoum à partir de samedi 17H00 (14H00 GMT). Initialement prévu jusqu'à dimanche à 06H00 (03H00 GMT), il a été prolongé de quatre heures, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

 

La télévision d'Etat montrait samedi soir des images de rebelles présumés après leur capture ainsi que de véhicules et d'armes saisis par les forces gouvernementales. L'armée avait annoncé plus tôt qu'elle faisait face à "une attaque des rebelles de Khalil Ibrahim (chef du JEM) dans le nord de Omdurman", la ville jumelle de Khartoum.

Le JEM, pour sa part, avait affirmé s'être emparé de la base aérienne de Wadi Sayyedna, au nord de Khartoum. Un habitant de Omdurman, Sadiq Babo Nimr, a affirmé à l'AFP par téléphone que les résidents de la ville se terraient chez eux. "C'est juste devant mon appartement, j'entends le bombardement d'une artillerie très lourde. (...) Il y a des balles perdues qui sifflent autour de l'immeuble", a-t-il dit. Selon M. Nimr, l'électricité et le réseau de téléphonie mobile sont coupés.

L'armée s'est déployée dans les rues quasi-désertes de Khartoum, où les commerces étaient fermés, a indiqué un témoin à l'AFP par téléphone depuis la capitale. Il n'était pas possible dans l'immédiat de savoir si les combats avaient fait des victimes. "Nous ne voulons pas que ce régime suicidaire reste en place et tue (...) notre peuple tous les jours", a affirmé à l'AFP le porte-parole du JEM Ahmed Hussein Adam, joint par téléphone à Londres.

Les médias gouvernementaux ont en outre rapporté que l'armée soudanaise avait repoussé une attaque du Tchad dans la zone frontalière de Kishkish. Un porte-parole de l'armée soudanaise a estimé que le raid tchadien était une tentative de faire diversion à l'avancée du JEM vers la capitale.

"Nos forces armées ont tenu tête aux forces tchadiennes, leur infligeant des victimes, et les ont ramenées en territoire tchadien", a affirmé le général de brigade Mohammed Osmane al-Aghbache à la radio Omdurman, accusant le Tchad de "soutien direct" à "l'opération subversive" du JEM.

D'après un diplomate occidental, le gouvernement soudanais a appelé vendredi les ambassades pour dire que des rebelles se dirigeaient "vers l'est depuis la frontière tchadienne". La sécurité a été renforcée dans la capitale depuis vendredi, a affirmé le diplomate qui a requis l'anonymat. Un spécialiste américain du Darfour, Eric Reeves, a qualifié les combats de samedi de "développement extraordinaire".

Le Darfour est ravagé depuis cinq ans par un conflit qui a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de deux millions de déplacés. L'ONU a même avancé le chiffre de 300.000 morts. La Maison Blanche s'est dite "très inquiète" des dernières violences et a appelé les rebelles du Darfour et les forces gouvernementales à cesser les hostilités.

 

 

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