COMPARAISON ENTRE L'ATTAQUE DE N'DJAMENA PAR LA REBELLION TCHADIENNE ET D'OMDOURMAN PAR LE MJE

Publié le par Hamid K.

Raid sur Oomdourman ou comment Idriss Deby a raté sa revanche

Par Zoomtchad

Le raid sur Omdourman est à inscrire dans la volonté de Deby de montrer au Soudan qu’il est capable de les ébranler comme lui a été, en février dernier, par les forces de la rébellion.
Malheureusement pour Deby, l’échec total de son coup sur Omdourman, pourtant minutieusement préparé, fait qu’aujourd’hui cette attaque s’assimile à une opération  de gens  désespérés  plus  qu’à un coup militaire audacieux susceptible de produire des résultats.

Ces récents évènements attestent qu’Idriss Deby Itno traine encore les séquelles de l’attaque de Ndjamena, qu’assurément après avoir fait exécuter des centaines de personnes, après avoir rasé plusieurs quartiers de la ville de N’djamena, Idriss Deby Itno a toujours soif de vengeance et celle-ci est souvent mauvaise conseillère.

Quelles leçons peut-on tirer du raid sur Omdourman ?

Avant tout, faisons une comparaison sur plusieurs points entre l’attaque de N’Ndjamena en février  et celle d’Omdourman, ce weekend.

Sur le plan militaire, force est de constater que les opérations visant Omdourman, ont été minutieusement préparées, une première attaque a été menée contre un poste militaire dans la région du Kordofan, destinée à détourner l’attention des forces soudanaises afin de permettre l’avancée à travers le désert des colonnes du MJE soutenue par l’armée Tchadienne qui fonçaient dans le désert en direction d’Omdourman.

L’armée soudanaise a fait face à l’attaque sur la région du Kordofan et semble t-il, a préféré laisser pénétrer la colonne ennemie afin que celle-ci soit bien loin de ses bases arrières, pour l’affronter aux portes d’Omdourman, l’aviation a reçu l’ordre de ne pas bombarder la colonne, celle-ci a roulé pendant 48h avant d’atteindre sa cible, il faut préciser que la colonne du MJE et ses alliés tchadiens ont longé la frontière tchado-soudanaise jusqu’au niveau de l'Est de Fada (voir carte ci-dessus) , avant de pénétrer au Soudan et de piquer sur Omdourman.

En revanche, en février dernier, les forces de la rébellion tchadienne, confortées par leur puissance en nombre et en qualité, n’ont pas eu à dresser un plan de bataille, elles ont marché  en plein jour et ont  traversé « le ventre » du Tchad sans résistance réelle sur leur route, pour arriver à N’djaména.

Ensuite, les combats, dans le pourtour d’Omdourman, avec des incursions sur le marché, et au niveau de certaines artères de la ville, ont duré de 5 heures du matin à 10 heures. En début d’après midi, les forces gouvernementales soudanaises maitrisent la situation et la télévision montrent les premiers prisonniers, interviews, commentaires, images de Toyota calcinées, de Toyota armées de canon 106mm, images de camions de vivres, carburant en quantité impressionnante.

Si, au Tchad, on a pensé à enlever les plaques d’immatriculation des Toyota, que peut on faire quand les prisonniers Tchadiens expliquent en arabe tchadien qu’ils ont été entrainés et armés à Abéché, pire, certains avaient leur carte miliaire, des bérets rouges de la garde présidentielle de Deby. Ces images et témoignages ont été repris et passés en boucle par les chaines de télévision arabes, d’ailleurs, le correspondant du MJE à Londres a été sérieusement mis en difficulté sur ce point.
De plus, ce qui est absolument frappant, c’est qu’à Omdourman, nous avons vu une population entièrement acquise au régime, manifestant son soutien et sa détermination aux cris de « allahou akbar, les mercenaires Tchadiens ne nous battront pas, vive les forces armées nationales du Soudan». Tandis qu’à Ndjamena, nous avons relevé les youyous de la population en faveur de la rébellion et contre le régime de Deby.

A Omdourman, la majorité des leaders des partis d’opposition ont apporté leur soutien au régime à la télévision. A N’djamena, une partie de l’opposition pour avoir adressé des salutations fraternelles aux forces de la rébellion, s’est fait matraqué par Deby, ces leaders ont du fuir, et l’un d’eux est toujours porté disparu.

A Omdourman, aucune villa de dirigeants du régime n’a été pillé, de même pour les édifices publiques, on signale le saccage de l’ambassade du Tchad à Khartoum (rappelons que lors de l’attaque du FUC de Mahamat Nour, l’ambassade du Soudan au Tchad avait été saccagée par le MPS).

Par contre, dans la capitale Tchadienne, un véritable raz-de-marée humain a emporté tous les biens des membres  du clan Deby et les édifices publics n’ont guère été épargnés.
En fin de compte, la rébellion Tchadienne avait prit elle-même la décision de quitter la ville devant le pilonnage des quartiers populaires par Deby. Les colonnes du MJE et consorts n’ont pas eu cette possibilité car, elles n’ont pas pu faire marche arrière pour rejoindre leurs bases, bien au contraire, elles se sont enfoncées, éparpillées à l’intérieur du pays et font l’objet d’arrestations.
L’épopée d’Omdourman se termine en eau de boudin pour le MJE, qui voit ainsi l’essentiel de son potentiel anéanti. La rébellion tchadienne a regagné ses bases sans problème et a même fait le plein de ralliement.

Comparons aussi le comportement de Hassan El Bechir, qui s’est adressé le jour même à la population à la télévision, d’un ton calme et ferme, il a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec  le Tchad et à réaffirmer la fraternité entre le peuple soudanais et tchadien.

Sur le plan politique, en prenant l’initiative de la rupture, Khartoum a donc enterré toute la série d’accords de paix signés avec le Tchad d’une part mais en plus cette décision unilatérale donne le sentiment que Khartoum est dans son bon droit, c’est l’effet recherché, rappelons que le Tchad ne l’a pas fait quand la capitale tchadienne avait été investie en février dernier par la rébellion.
Quant à Idriss Deby Itno, il a attendu 5 jours pour s’adresser à la population, sans compter le défilé des épouses des membres de son clan pour menacer la population.

Pour terminer, constatons que pendant les récents  événements sur Omdourman, on a entendu parler de mercenaires tchadiens, du MJE,  de l’armée soudanaise, personne n’a entendu  parler de la grande Bretagne, de Gordon Brown, de l’armée britannique,….. tout un symbole.
En revanche, toutes les minutes de l’attaque sur N’djamena, ont été rythmées par les mots ; armée française, Sarkozy, commandos des forces spéciales françaises, intervention, accords de défense, Kouchner, Breguet, renseignements militaires, base française,…..Pure humiliation.
Apres cette vengeance ratée, Idriss Deby Itno se trouve dans une position très délicate, diplomatiquement indexée avec cette rupture des relations diplomatiques d’une part et d’autre part son bras armée du MJE est pratiquement décapité pour un moment, or, il a face à lui une rébellion tchadienne intacte qui se réunifie et se prépare et un Soudan désormais, le couteau entre les dents.

Un dernier constat très important, l’axe emprunté par les colonnes du MJE  et les éléments de l’armée tchadienne pour pénétrer au Soudan, est une zone contrôlée par l’EUFOR. Cela veut dire que les forces de l’EUFOR n’ont aucunement  gêné le passage de ces colonnes. En sera-t-il de même, lorsque les forces de la rébellion Tchadienne se dirigeront à nouveau vers N’djamena ?



La Rédaction
www.zoomtchad.com

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