Au PS on aurait souhaité une transition politique Tchad avant l'envoie de l'Eufor et on dénonce l'intrumentalisation de cette dernière pour protéger Deby

Publié le par Hamid K.

Une piètre image de la démocratie

Ailleurs cependant, la situation n’est pas vraiment encourageante. Bien sûr le déploiement de la force européenne Eufor au Tchad et en République de Centrafrique, pour protéger les zones de réfugiés soudanais du Darfour, est de bon augure. Mais le nombre de 2300 soldats pour couvrir un espace de près de 800 km sur 200 semble très insuffisant. Et « le problème est que l’action actuelle revient un peu à protéger Idriss Deby, dictateur tchadien. Nous ne sommes pas tellement d’accord avec l’idée d’instrumentaliser une force de protection des réfugiés pour protéger un régime « ami ». Ce qui ne signifie pas que la force n’a pas un rôle utile. Disons que la situation parfaite aurait été d’avoir une transition politique, avant d’installer une force de protection et de stabilisation », explique Thomas Melonio.
Au Kenya, le processus électoral a été entaché de fraudes qui ont provoqué une crise nationale et le déplacement de plus de 200 000 personnes. Mwai Kibaki, Président sortant, était donné gagnant, mais son adversaire Raila Odinga refusait le résultat. Après plusieurs mois de tensions, ils sont parvenus à un accord très douteux. Le pays compte plus de 80 ministres sur 200 députés. Ces derniers « se sont accordés des salaires entre 15 000 et 20 000 dollars, deux fois plus élevés qu’un député français, alors que le pays est dix fois plus pauvre ! », s’exclame Thomas Melonio. Les deux candidats avaient pourtant participé à la destitution du dictateur Daniel Arap Moi. Piètre image de la démocratie !
Partout en Afrique centrale, l’opposition reste muselée et les dictatures persistent. Au Cameroun, par exemple, le Président Paul Biya, a modifié la Constitution pour pouvoir être réélu. L’article 6.2, qui limite les mandats présidentiels à deux, constitue « une limitation à la volonté populaire qui s’accorde mal avec l’idée même du choix démocratique », selon Paul Biya dont le mandat expire en 2011.

La France, entre complicité et humiliation

La France est bizarrement restée muette dans ce cas. Nicolas Sarkozy a certainement oublié ses grandes envolées de campagne sur les droits de l’homme. Au Tchad notamment, notre pays s’est rendu complice d’un régime autoritaire. Comme en 2006, la France a accordé son aide militaire à Idriss Deby, menacé par la rébellion. Comme en 2006, elle l’a fait sans contrepartie. Ce qui a permis dans les deux cas au dictateur tchadien de durcir un peu plus son pouvoir. Il a notamment enlevé, séquestré et peut-être torturé l’un de ses principaux opposants Oumar Mahamat Saleh. « A chaque fois, par imprévoyance, on se retrouve dans une situation difficile à devoir aider un dictateur parce qu’on n’a pas su anticiper. Ce statu quo est d’une extrême gravité », lance encore Thomas Melonio.
De plus, la France n’a pas hésité à baisser son aide au développement, de 0,45% à 0,39% du PIB en 2007. La politique de coopération avec l’Afrique francophone n’a cessé de se dégrader. Et le discours de Dakar du Président français n’a fait que confirmer la suspicion de nombreux États africains à l’égard de la France. N’est-ce pas à cette occasion que Sarkozy déclarait à propos des colonisateurs : « Il y avait parmi eux des hommes mauvais, mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des qui croyaient bien faire. Ils se trompaient, mais certains étaient sincères. »
Une vision inquiétante qui, mêlée à la politique d’immigration française, contribue à écorner l’image de la France pays des droits de l’homme, selon Thomas Melonio : « La politique d’immigration a fini de troubler notre coopération avec un certain nombre de pays. Même si les tests ADN ne sont pas appliqués, car aucun pays africain ne les accepte sur son territoire, la simple volonté française est humiliante pour eux. »


Fanny Costes

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Source: actus.parti-socialiste.fr

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