Eufor: On se recherche notre mission à l'est du Tchad ?

Publié le par Hamid K.

Les militaires de l'Eufor font la police dans l'est du pays

TCHAD - 16 mai 2008 - AFP

Patrouilles, surveillance, recherche de voleurs, contact avec la population: le bataillon Centre de la force européenne déployée dans l'est du Tchad (Eufor), basé à Farchana, fait avant tout un travail de police dans un pays aux conditions de vie difficiles.

"Trois Jenjawides repérés dans le secteur de Djebel Andadja. Allons tenter d'entrer en contact", grésille la radio du colonel Frédéric Garnier, qui dirige le bataillon composé d'hommes du RICM et du 11e Rama français.

Sous le terme, Jenjawides (littéralement hommes à cheval), les populations désignent à la fois les bandes armées venues du Soudan voisin, mais aussi tous les bandits, pas forcément issus de ce pays.

"Les trois Jenjawides ont pris la fuite", indique peu après, le rapport de la patrouille de l'Eufor.

"Nous n'avons pas mandat pour contrôler ou arrêter les personnes armées. Quand ils nous voient, les hommes armés qui ont quelque chose à se reprocher s'enfuient alors que ceux qui ont une bonne raison d'avoir une arme, ne font pas de problème", souligne le colonel.

"Notre rôle est surtout dissuasif. Nous contribuons à faire reculer l'insécurité en nous montrant un maximum.", explique-t-il.

Il concède "On fait la police. Ce n'est pas la mission à laquelle on s'attendait au départ. On a un peu l'impression d'avoir un marteau et une enclume pour tuer une mouche".

Les grandes attaques venues du Soudan qui ont poussé des centaines de milliers de gens à fuir sont terminées. Le général Jean-Philippe Ganascia, qui commande l'Eufor sur le terrain, en convient.

"Il y a décalage entre la conception" et la mission qui consiste surtout à essayer de faire cesser les brigandages, viols et agressions sur fond de clivages ethniques, souligne-t-il aussi.

L'Eufor est déployée depuis mars dans l'est du Tchad pour protéger 260.000 réfugiés de la province soudanaise du Darfour voisin, en proie à la guerre civile, et 190.000 déplacés tchadiens. Cet afflux a bouleversé tous les équilibres dans cette partie du pays.

Pour être présent, le colonel Garnier jongle ainsi "en flux tendu" avec 8 groupes d'une trentaine d'hommes sillonnant le secteur en permanence, avalant des kilomètres, bivouaquant le soir. Il ne regagne le camp de Farchana qu'une fois par semaine.

"L'insécurité c'est quoi finalement? C'est un gars qui se planque avec une Kalach et qui récupère de l'argent s'il braque le commerçant après le marché ou des marchandises s'il le braque avant le marché", explique l'officier.

Samedi vers 7h, une colonne de +Marsouins+ (infanterie de marine) rallie la bourgade d'Arkoum au sud de Farchana.

Au programme de la piste avec du matériel ressemblant à celui que la France utilisait "pendant la guerre d'Algérie" (1954/1962). Rapidement, les hommes sont couverts de poussière.

Vers 10h, la colonne "quitte" la piste principale: "l'autoroute pour la départementale", plaisante un pilote de P4 (4x4).

11h: la colonne croise un camion renversé en sortant d'un wadi (rivière) asséché. La marchandise est à terre, des dizaines de personnes autour, mais l'accident n'a fait que des blessés légers.

Le camion est remis sur roues par les militaires remerciés par le chef de canton et le sous-préfet.

Le colonel Garnier s'arrête souvent dans les villages pour discuter avec les responsables locaux ou les gendarmes tandis que ses hommes distribuent rations et chewing-gums.

"L'Eufor ne va résoudre pas l'insécurité dans l'est du Tchad, analyse l'officier au bivouac du soir. Mais, les forces de sécurité s'étaient retirées de cette zone. Aujourd'hui, nous aidons, soutenons (...). Si on contribue à inverser la tendance pour que les choses aillent dans le bon sens, on ne sera pas venu pour rien".

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