Hommage : Les 90 ans de Nelson Mandela

Publié le par Hamid K.

Les festivités se préparent déjà, en vue des 90 ans de Nelson Mandela, le 18 juillet prochain. Beaucoup se posent la question de son héritage, dans une jeune démocratie au bilan mitigé : décollage économique d'un côté et immenses défis de l'autre, avec les inégalités, la corruption, la violence et le sida.

Par Sabine CESSOU


L’ancien prisonnier politique avait déjà fêté ses 85 ans en grande pompe, en 2003. La nation arc-en-ciel s’était retrouvée dans les rues de Johannesburg, courant pieds nus ou dans des baskets dernier cri, dans un vibrant hommage en forme de marathon. Encore une fois, celui que tout le monde, en Afrique du Sud, appelle Madiba, son nom de clan dans l’ethnie xhosa, va être célébré. Le 27 juin 2008, vingt ans après le concert historique de Wembley pour la libération de Mandela, un grand concert va de nouveau être organisé à Hyde Park, à Londres.
En Afrique du Sud, la Fondation Nelson Mandela entend donner la part belle aux « idées », avec des livres, des expositions et des débats sur la liberté, l’égalité des races et des sexes. Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia, est notamment attendue en juillet à Soweto, où elle donnera une conférence spéciale. Le jour de l’anniversaire, des millions de personnes devraient pouvoir envoyer un texto à Nelson Mandela, qui ne sortira pas de l’intimité d’une réception familiale.
À la retraite depuis 1999, après un unique mandat, l’ex-président se fait discret, mais ne dédaigne pas les honneurs. Occupé à rédiger la suite de ses mémoires, il vit entre les maisons familiales de Houghton, un quartier chic de Johannesburg, Qunu, son village natal du Cap oriental, et Maputo, la capitale du Mozambique. Un pays où il se rend régulièrement, depuis qu’il a épousé, le jour de ses 80 ans, Graça Machel, l’ancienne première dame mozambicaine.
Alors qu’il s’apprête à souffler ses 90 bougies, beaucoup, à l’étranger, se posent la fameuse question "Wham?", qui fait tant sourire les diplomates sud-africains : "What happens after Mandela? (Que va-t-il se passer après Mandela ?)" L’interrogation suppose qu’un seul homme tienne à bout de bras un pays aussi immense. "Il n’en est rien, bien sûr", affirme Peter Magubane, un photo-reporter qui a immortalisé Mandela tout au long de sa vie, avant et après ses 27 années de prison. Sans son "exceptionnelle personnalité", reconnaît cependant le photographe, la transition négociée entre la fin officielle de l’apartheid, en 1991, et les premières élections multiraciales de 1994, n’auraient sans doute pas abouti au "miracle sud-africain".

Premières pierres morales

Alors que le pays était au bord de la guerre civile, Nelson Mandela a souvent sauvé la mise, grâce à sa droiture morale. "Sa politique de la grâce et de l’honneur, en évitant d’humilier l’adversaire, est la seule qui ait pu mener à une transition démocratique relativement paisible", commente Tom Lodge, professeur de sciences politiques à l’Université du Witwartersrand.
S’il n’a pas apporté toutes les réponses aux nombreux problèmes de son pays, Nelson Mandela a posé les premières pierres morales de la "nouvelle" Afrique du Sud. "Il laisse un héritage qui va durer", estime George Bizos, un avocat blanc qui avait pris sa défense contre le régime raciste lors du retentissant procès de Rivonia, en 1963. Accusés de trahison, Mandela et ses camarades risquaient la peine de mort. Ils ont été condamnés à la prison à vie. Avec le recul, George Bizos n’a qu’un seul reproche à faire à son ami Mandela : "Il a promu la réconciliation avec ceux qui lui ont causé du tort dans le passé. Son appel au pardon a été très fort. Moi-même, je ne peux pas y souscrire complètement."
Un sentiment que partagent nombre de Sud-Africains noirs, parmi lesquels Ruth Mompati, actuelle maire de Vryburg, ancienne responsable du Congrès national africain (ANC) en exil et secrétaire de Nelson Mandela, lorsqu’il était avocat dans les années 1950. "Au sein de l’ANC, nous l’avons parfois trouvé trop gentil avec les gens qui nous ont opprimés", dit-elle. Elle le décrit cependant comme un "leader fort, honnête, humain, grand travailleur, sans aucun ego, adoré par tout le monde et en même temps très ferme. Il savait ce que l’ANC voulait et avait la vision pour l’avenir."

Une certaine réserve


Grand apôtre de la réconciliation nationale, Nelson Mandela est resté un membre loyal de l'ANC. Contrairement à l’archevêque Desmund Tutu, qui a lancé en septembre 2006 un appel moral à des élites politiques critiquées pour leurs goûts de luxe et leur corruption, Nelson Mandela a gardé une certaine réserve. Très impliqué dans la Fondation pour l’enfance qui porte son nom, il ne s’est guère fait entendre que sur le dossier du sida, pour prendre la défense des malades, stigmatisés, et préconiser l’accès de tous aux traitements anti-rétroviraux, face à un gouvernement qui a refusé jusqu’en 2003 de les distribuer, dénonçant leur "toxicité". À la mort de son fils Makghato, en 2005, il a eu le courage de reconnaître que le VIH était la cause du décès.
Aujourd’hui, l’homme qui a appelé à la lutte armée contre l’apartheid, en 1961, reste en retrait. Il observe les joutes politiques qui marquent la succession de Thabo Mbeki, l’actuel président, sans y prendre part. Dans les coulisses, a cependant révélé le journaliste sud-africain William Gumede, Nelson Mandela avait eu des objections, dès 1998, à la nomination au poste de vice-président de Jacob Zuma. Le bras droit de Thabo Mbeki était déjà considéré comme peu présidentiable. Aujourd’hui, c’est un responsable de l’ANC acquitté de viol, mais toujours poursuivi pour corruption – le procès commencera en août – qui entend briguer la magistrature suprême en 2009. Un contraste saisissant avec Nelson Mandela, modèle de probité et icône internationale.
SC
 

Par Sabine CESSOU (Syfia)


Source : Lemessager.net

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