Hillary Clinton : la femme qui tenait tête à Barack Obama

Publié le par Hamid K.

Au bord du gouffre politique et financier, elle donne l’impression d’y croire encore

Les adieux d’Hillary Clinton à la Maison Blanche se font toujours attendre alors que l’investiture démocrate semble désormais acquise à Barack Obama. Le refus de la sénatrice de New York de s’avouer vaincue n’empêche cependant pas d’envisager les modalités de sa reddition.

Par
Falila Gbadamassi

Sa victoire en Virginie Occidentale, ce mardi, était prévisible. Plus qu’une raison supplémentaire pour Hillary Clinton de rester dans la course à la Maison Blanche, elle met en exergue le point faible de son rival Barack Obama. Sa difficulté à obtenir le vote de l’Amérique modeste qui a affiché son soutien indéfectible à l’ancienne première dame en lui accordant 67% des suffrages, contre 26% pour son adversaire en Virginie-Occidentale. Conscient de ses insuffisances, le sénateur de l’Illinois n’a pas pris la peine de faire campagne au sein d’une population ouvrière à majorité blanche parmi laquelle il suscite des réactions racistes. Le ralliement, mercredi, de son ancien adversaire démocrate John Edwards, qui rassemble également ces électeurs, arrive à point nommé, au moment où Barack Obama montre que la campagne nationale a déjà commencé pour lui.

Le ticket qui s’impose pour passer le tourniquet de la présidentielle

Barack Obama, fort de ses 1 883 délégués contre 1 717 pour Hillary Clinton, affiche résolument son statut de candidat des démocrates en se lançant dans la campagne contre le républicain John McCain. « En changeant de slogan - de « Change we can believe in » (le changement auquel nous pouvons croire, ndlr) à « Reclaiming the american dream » (revendiquer le rêve américain, ndlr) -, il passe symboliquement à une autre étape de sa campagne, analyse l’historien François Durpaire, l’auteur de l’Amérique de Barack Obama, publié aux Editions Demopolis. Cependant, il se doit de maintenir l’équilibre entre la nécessité de ne pas perdre du temps face à McCain et celle de ne pas négliger les dernières primaires ». Il reste encore cinq scrutins jusqu’au 5 juin (les prochaines primaires auront lieu le 20 mai dans le Kentucky) avant la convention démocrate qui se tiendra du 25 au 28 août à Denver, dans le Colorado. Des rendez-vous électoraux durant lesquels Hillary Clinton fera, dans la mesure de ses possibilités, la pluie et le beau temps chez les démocrates.
Le ticket Obama-Clinton devient un scénario de plus en plus plausible même si le long duel qui a opposé les challengers démocrates laisse plus d’un perplexe. « Hillary Clinton, note l’historien, l’avait suggéré dès le lendemain du "Super Tuesday". »
Une offre que Barack Obama avait poliment déclinée par la suite puisqu’ils jouissaient déjà de plus de délégués que sa rivale. D’après un sondage Gallup pour USA Today, 55% des démocrates et des électeurs seraient favorables à cette alliance stratégique.

Profiter de l’électorat populaire acquis à Clinton

Son avantage auprès de la classe populaire américaine est une des armes de celle qui refuse d’abandonner la course. Notamment parce qu’elle ne semble pas vouloir retourner au Sénat. « Elle s’y est fait des ennemis en s’attaquant vertement à Barack Obama durant la campagne et une position de vice-présidente paraît aujourd’hui plus alléchante pour elle d’un point de vue politique qu’un retour au Sénat, explique François Durpaire. « La base électorale de l’un et l’autre sont fortement différenciés, ajoute-t-il. Ils ne peuvent pas gagner l’un sans l’autre. Clinton ne peut pas gagner sans les jeunes, les Afro-Américains, et Obama sans la classe ouvrière blanche. Un électorat pauvre qui, paradoxalement, vote républicain. La Virginie-Occidentale a voté il y a quatre ans pour George Bush et huit ans plus tôt pour son père. Moins que l’incapacité de Barack Obama à conquérir ce vote, c’est celle des démocrates qui est à remettre en cause. »

Bien que cela ne soit pas une garantie, Hillary Clinton peut également opposer aux ténors de son parti ses victoires aux primaires dans deux des Etats clé pour la présidentielle, qui sont surnommés les "Big three" ou "swings states" (états balançoires). Il s’agit de l’Ohio (20 grands électeurs) et de la Pennsylvanie (21 grands électeurs) où l’on retrouve les électeurs qui lui sont acquis. A ceux-ci, s’ajoute la Floride (27 grands électeurs) dont le vote n’a pas été pris en compte pour non respect du calendrier imposé par les démocrates. « Sans moi, Obama ne peut pas les avoir, pourrait-elle avancer, affirme François Durpaire. » Les responsables du parti démocrate se retrouveront le 31 mai prochain pour statuer sur les primaires du Michigan et de la Floride. Si ces votes sont pris en compte, ils pourraient donner un certain avantage à dame Clinton, une candidate trop polarisante néanmoins pour les leaders démocrates.

« Le sénateur de l’Illinois est presque le candidat naturel de Howard Dean »

Le principal atout de Barack Obama est sa faculté d’aller chercher les indécis, le vote des indépendants qui peut être déterminant. Les différents sondages qui ont émaillé ces derniers mois de campagne l’ont démontré. Plus encore, sa contre-performance dans le New Hampshire. « C’est peut-être l’unique véritable surprise de cette campagne riche en suspense mais pas en surprises, souligne François Durpaire. Quarante-et-un pour cent des indépendants se sont retirés des listes à cause des sondages qui donnaient Barack Obama favori. » La stratégie Obama est celle qui correspond le mieux à celle voulue par Howard Dean, le chef des démocrates. « Pour lui, tous les Etats comptent, même les plus petits. Si les démocrates fonctionnaient sur le principe du vote majoritaire, Hillary Clinton aurait été investie parce qu’elle est soutenue par les gros Etats. Le sénateur de l’Illinois est presque le candidat naturel de Howard Dean, conclut l’historien. Sa position ne lui permet pas d’afficher ses préférences. »

Le niveau d’endettement de la sénatrice de New York plaide aussi pour un ticket Obama-Clinton. Les dettes contractées par Hillary Clinton pour mener à bien sa campagne sont estimées à plus de 20 millions de dollars (13 millions d’euros). Le pragmatisme américain, qui n’étonne presque plus, prévoit que les donateurs du vainqueur à l’investiture démocrate puissent venir en aide au candidat malheureux avant la tenue de la convention. Encore faut-il qu’Hillary Clinton s’avoue vaincue et demande de l’aide à Barack Obama. Dans les deux camps, on estime qu’une telle démarche serait « prématurée ». Prématurée ou pas, les démocrates seront certainement prêts à tous les compromis pour remporter une présidentielle qu’ils estiment leur revenir de droit. Quand on a eu deux candidats aussi charismatiques, perdre face au républicain John McCain serait comparable à une Bérézina.




source : afrik.com

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