Le Sénégal nomme un suppôt de l'Union Européenne, pour juger Habré

Publié le par Hamid K.

Sénégal: un magistrat nommé pour préparer le procès de Hissène Habré


DAKAR - AFP- Le ministre sénégalais de la Justice, Madické Niang, a annoncé mercredi la nomination d'un magistrat "coordonnateur de la préparation et de l'organisation du procès impliquant" Hissène Habré, ex-président tchadien réfugié au Sénégal.

Ibrahima Guèye, 63 ans, actuellement président de chambre à la Cour de cassation sénégalaise, a été nommé suite à une recommandation d'experts de l'Union européenne (UE), a expliqué au cours d'une conférence de presse Madické Niang, ministre de la justice depuis fin mars.

"Nous avons, par cet acte, pris une option sérieuse d'aller vers l'organisation du procès" de M. Habré, a-t-il affirmé. Des juges d'instruction "seront nommés au plus tard le 7 juin", a promis le ministre, qui fut l'avocat de l'ex-président tchadien.

Dakar avait été mandaté par l'Union africaine (UA) en juillet 2006, pour accueillir le procès de l'ex-chef de l'Etat tchadien (1982-90), réfugié au Sénégal, et poursuivi pour "crimes contre l'humanité".

Mais, depuis, le Sénégal est régulièrement critiqué par les organisations de défense de droits de l'Homme et des victimes pour sa lenteur à faire évoluer le dossier.

Dans une brève déclaration lors de la conférence de presse, Ibrahima Guèye s'est engagé à tout mettre en oeuvre pour préparer un procès "à l'abri de toute suspicion et de tout discrédit".

Le ministre Niang a également annoncé que l'Etat a inscrit à son budget 2008 un montant d'un milliard de FCFA (1,52 million d'euros) pour permettre le démarrage de cette préparation.

"Mais cette somme est relativement insuffisante" pour les opérations prévues dans le cadre de ce procès, que le Sénégal "n'a pas les moyens financiers d'organiser" à lui tout seul, a-t-il ajouté. "Nous avons besoin d'expertise et d'accompagnement financier".

Le montant nécessaire à la préparation et à l'organisation du procès d'Hissène Habré a été dans un premier temps estimé à 43,6 milliards de FCFA (66,46 millions d'euros).

Cette estimation a ensuite été revue à la baisse, autour de 18,5 milliards de FCFA (28,46 millions d'euros), mais devrait probablement être "revue à la hausse (...) parce que le procès doit être organisé avec plusieurs exigences", notamment "l'équité et la transparence", a estimé le ministre.

Pour ce procès, le Sénégal a procédé à plusieurs modifications dans ses textes législatifs et le parlement a validé un amendement introduisant une compétence universelle pour les cas de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et crimes de génocide, ouvrant ainsi la voie à un procès de M. Habré devant une juridiction sénégalaise.

Cette décision sera promulguée par le congrès (réunion de l'Assemblée et du Sénat) que le président Abdoulaye Wade va convoquer "dans les plus brefs délais", a précisé M. Niang.

Dans le cadre de la préparation du procès, le ministre a par ailleurs évoqué, sans fournir de date, "une mission préparatoire dirigée par le procureur général" au Tchad, où les faits ont été commis, et en Belgique, dont la justice avait demandé l'extradition de M. Habré du Sénégal.

L'objectif est de "rassembler le maxium d'informations. (...) Nous avons besoin de faire défiler tous les témoins", a-t-il souligné.

Hissène Habré vit en exil au Sénégal depuis 1991, après avoir été renversé l'année précédente. Son régime (1982-1990) est accusé d'avoir torturé des milliers de Tchadiens.



Source : Romandie.com

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