AFRIQUE-FRANCE : Quand des chefs d'État se font humilier

Publié le par Hamid Kelley

Le Pays.bf

" Si la France me lâche, je la lâche". Cette vérité est du président gabonais, Omar Bongo Ondimba, celui qui a fait sauter le secrétaire d'État à la coopération Jean Marie Bockel, l'homme qui voulait signer l'acte de décès de la françafrique. Combien de présidents africains peuvent dire des choses pareilles? Devant un officiel français, face au plus obscur employé de l'Élysée ou du Quai d'Orsay, il y en a qui tremblent, ils "mouillent" même, dirait mon neveu, le soldat de première classe Kis-yandé. A l'exception du président libyen, Kadafi qui, lors de sa dernière visite a déployé sa tente dans les jardins de l'Élysée, de l'Algérien Bouteflika, du Sud-Africain Thabo Mbeki, ils se comptent sur le bout des doigts d'une seule main, les chefs d'État africains qui sont reçus avec les honneurs dus à leur rang lors de leurs visites officielles en France ou dans tout pays développé. La plupart du temps, c'est un fonctionnaire subalterne de l'Élysée ou du ministère des Affaires étrangères qui les reçoit à leur arrivée à l'aéroport Charles de Gaulle. Mais ils ne s'en formalisent pas. Ils protestent rarement contre cette entorse grave aux règles protocolaires qui voudraient, nous le croyons, qu'un président en visite dans un pays étranger soit accueilli par son homologue. Des présidents africains ne sont-ils pas déjà très heureux de savoir que leur nom figure sur le carnet des audiences du président français? Monter les escaliers de l'Élysée, quel honneur déjà et cela seul suffit!

Ce qui semble déroutant, c'est que les Africains ne retournent pas la pareille à leur homologue français qui leur fait un insigne honneur de venir chez eux, pour faire le tour du propriétaire. Les mots du président Bongo résument parfaitement l'attitude de soumission qu'il prévaut malheureusement encore de nos jours entre des chefs d'État africains, incapables de réagir devant les multiples humiliations dont ils sont l'objet quand ils sont en visite officielle en France. Par contre, à l'annonce d'une visite officielle d'un président français dans un État africain, les populations sont mobilisées, même celles qui se trouvent au fond de leur hameau, des troupes de danse sont réquisitionnées, dans la capitale, des voies sont interdites à leurs usagers habituels. Pour accéder à certains services comme l'hôpital, il faut avoir une ruse de Sioux. On ferme les écoles. Des journées sont déclarées chômées et payées pour les travailleurs des secteurs public et privé. On met les petits plats dans les grands pour accueillir dignement le grand chef blanc. Ce n'est ni plus ni moins qu'une perpétuation des rapports esclave-maître ou colonisé-colonisateur.

Les affronts que reçoivent des chefs d'État africains sur le sol français frustrent les communautés africaines résidant en France. C'est une insulte à la dignité africaine quand on voit des présidents africains jouer aux gignols en France. Pour le Français moyen, un président africain vient en France pour mendier. Les officiels français ne font rien pour corriger cette méprise. Ils n'y voient d'ailleurs aucun avantage, eux qui savent que la France doit à l'Afrique, autant que celle-ci lui doit.

L'explication de cette situation déplorable est multiple. D'abord elle tient à la gestion personnalisée, voire familiale des relations entre les deux États. Il n'est pas rare d'entendre appeler l'homologue d'un autre pays "mon ami personnel", et on peut tout se permettre avec un "ami personnel" même si cet ami est le représentant d'un peuple souverain. Elle tient également à la personnalité intrinsèque de chaque président. On se rappelle que lors d'une visite à Paris, Thomas Sankara s'était plaint du fait que le président français, François Mitterrand, n'était pas à l'aéroport pour l'accueillir. Il l'a fait savoir de façon véhémente à son hôte qui est venu plus tard en visite au Burkina Faso. On se souvient aussi qu'en prélude à une rencontre internationale, le président français, Jacques Chirac, avait réuni les membres du pré-carré français ouest-africain à Dakar. Le président malien d'alors, Alpha Omar Konaré, avait été seul à boycotter cette réunion aux allures néocoloniales. Ensuite, le traitement que le protocole se permet à l'égard des présidents africains tient à la façon dont ils sont parvenus au pouvoir. Il est clair que le chef de l'État gabonais et celui de la Guinée Équatoriale ne seront pas reçus par Nicolas Sarkozy avec le même entrain que les présidents tchadien Idriss Déby et centrafricain François Bozizé. Les premiers ont du pétrole et d'autres richesses stratégiques. Quant aux seconds, ils doivent leurs fauteuils à la France. Bongo et Nguema puent le pétrole, et donc ils sentent bon. La considération due à un chef d'État est fonction de son poids économique et diplomatique sous-régional. Il est des relations internationales, comme de la justice: selon que vous êtes riche ou pauvre, on vous traitera en chef d'État ou en mendiant.



Le Fou

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