Les Tchadiens font main basse sur le logement à Maroua

Publié le par Hamid Kelley

Des bailleurs et propriétaires fonciers chassent des Camerounais pour faire la part belle aux compatriotes d’Idriss Déby.

Par Jacques KALDAOUSSA / Le Messager

La présence de grosses cylindrées, voitures luxueuses et autres rutilantes Mercedes aux immatriculations tchadiennes, perceptibles dans les artères de la ville et devant les établissements hôteliers, renseigne sur le nombre de Tchadiens ayant déjà élu domicile à Maroua. Craignant une reprise imminente des attaques rebelles, grands argentiers, fonctionnaires et diplomates exerçant dans la capitale tchadienne ont choisi de mettre leurs familles à l’abri d’éventuels combats. Et c’est tout naturellement qu’ils se ruent vers la capitale de l’Extrême Nord après avoir franchi la frontière. D’ores et déjà, les plaintes fusent de partout pour décrier leur présence ostentatoire. Non pas par xénophobie, mais à cause de la "pénurie foncière" qu’ils occasionnent. De sources proches du conseil des élites du Diamaré affirment que"il a un nombre assez importants de Tchadiens qui se disputent les maisons à louer, ou les achètent, souvent au quintuple du prix réel". Ainsi, des centaines de titres fonciers changent de nationalité chaque mois.
Cette course effrénée vers les grosses villas a créé une pénurie de l’habitat. De nombreux Camerounais en location sont quotidiennement chassés par leurs bailleurs qui ont trouvé preneurs parmi les Tchadiens. En exemple, on peut citer le coordonnateur provincial du Gtp/Sida de l’Extrême Nord, Dr Angay et Doumara, un cadre à la délégation provinciale des domaines et des affaires foncières. Les deux hommes en savent quelque chose. Ils ont été purement et simplement chassés comme des malpropres de leurs domiciles, au motif que les maisons ont été vendues à des Tchadiens. Nombreux sont les Camerounais qui subissent le même sort de la part de ces bailleurs gloutons face au pouvoir financier de nos voisins tchadiens. "Bien avant que la guerre du début du mois de février n’éclate, il y avait déjà un nombre important de domiciles appartenant aux Tchadiens. Il y a fort à parier que leur nombre a multiplié d’au moins cinq maintenant", constate une élite de Maroua

Alerte
Les élites locales se sont récemment penchées sur cet état de choses au cours d’une réunion. Elles ont attiré l’attention des autorités administratives et des forces de l’ordre. Selon certaines indiscrétions, les services de renseignement mènent en ce moment un vaste mouvement d’identification des domiciles et de terrains appartenant aux étrangers "question de prévenir une éventuelle invasion tchadienne". L’ordre avait été donné d’identifier les propriétaires immobiliers afin de les adjoindre de ne plus se livrer à une telle transaction.
Si le cas le plus évident concerne les maisons bâties, les terrains ne sont pas en reste. Ils se vendent d’ailleurs comme de petits pains. Avec bien sûr la complicité des Camerounais qui jouent les intermédiaires. "La vente, confie une source, se fait de gré à gré avec la complicité des chefs de quartiers et des notabilités traditionnelles qui perçoivent de gros perdiems à l’issue de la transaction". Ce qui renforce l’opacité autour du recensement systématique d’habitations louées ou achetées par la communauté tchadienne. L’on se souvient que lors des récents troubles à N’Djaména, Maroua a connu une invasion tchadienne de taille. Au point où toutes les structures hospitalières et des maisons à louer ont été prises d’assaut. Cette situation a même été à l’origine du renchérissement des prix du loyer actuellement observé dans la ville. C’est dire qu’à l’allure où vont les choses, si les autorités camerounaises ne prennent pas des mesures urgentes et idoines, non seulement il va se poser un problème foncier et d’habitat, mais Maroua deviendra à coup sûr, une province tchadienne.
 

Par Jacques KALDAOUSSA, (Stagiaire)
Le 26-05-2008

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