Néocolonialisme : "la Belgique a un droit moral sur la RDC"

Publié le par Hamid Kelley

RD Congo : Le paternalisme belge a la peau dure

En bousculant le pouvoir congolais par des propos blessants, du genre "la Belgique a un droit moral sur la RDC", les autorités belges ont donné la preuve qu’ils entendent bien régner sur leur ancienne colonie de la forêt équatoriale. En critiquant de cette manière la gestion des ressources nationales par le régime Kabila, le chef de la diplomatie belge a prononcé le mot de trop, celui qui fait jaser aujourd’hui à Kinshasa. Tout le continent observe avec intérêt la réaction pleine de dignité de Kabila fils qui a entamé la procédure de divorce d’avec le parrain belge. Celui-ci, en apparence, vit encore sous une époque qu’on croyait révolue.

En déclarant de manière peu diplomatique que son pays a "un droit moral" sur ce qui se passe en RD Congo, le chef de la diplomatie belge ne devait sans doute pas ignorer ce que cela provoquerait. Mais, s’est-on jamais préoccupé de ce que pensent réellement les Africains à propos des faits et gestes, des déclarations à l’emporte-pièce d’hommes politiques et d’experts des anciens pays colonisateurs ?

Cette crise semble compromettre les rapports entre la Belgique et la RDC, du moins pour quelques semaines ou mois. Au-delà de certains rituels folkloriques, ces propos n’en traduisent pas moins la survivance d’une condescendance à laquelle on voudrait bien mettre fin. Dans l’esprit de certains partenaires, l’Afrique a-t-elle jamais été et sera-t-elle jamais affranchie du joug colonial ?

Si elles sont si soucieuses des intérêts des peuples africains, les anciennes puissances coloniales devraient d’abord commencer par saisir les biens financiers et matériels de tous ces dirigeants africains véreux et de leurs proches. Sans doute y a-t-il nécessité de décoloniser les esprits des deux côtés.

Les anciennes puissances coloniales sont-elles vraiment bien placées pour faire la leçon ? La Belgique encore moins, si l’on se réfère au passé : complot ayant abouti à l’odieux assassinat de Lumumba, complicité durant le règne du dictateur Mobutu et même celui de Kabila père et fils. Non seulement l’aide a toujours été mal gérée en Afrique, mais encore les premiers responsables de la prévarication et de la concussion ont trouvé attention et refuge en Occident.

L’on peut rejeter la manière dont le chef de la diplomatie belge a agi. Mais le fait est que les choses se passent toujours ainsi. C’est un manque d’égard qui n’est pas nouveau entre ancien colonisateur et ancien colonisé. Beaucoup d’hypocrisie caractérise ces rapports.

Dans la forme, la plupart des dirigeants africains n’ont jamais eu de compassion pour leurs peuples. Venu de l’extérieur comme de l’intérieur, ouvertement, toute honte bue, chacun puise ce qui l’intéresse, comme si les richesses étaient illimitées. Tant pis pour les générations à venir. Seuls le présent et l’intérêt égoïste comptent.

Sans doute faudrait-il placer cet autre malaise entre les deux pays dans le contexte de l’ouverture de plus en plus manifeste de la RDC à d’autres partenaires. De plus en plus, le contrôle de ses ressources échappe à l’ancienne puissance coloniale qui n’apprécie certainement pas la part belle faite aujourd’hui par le régime de Joseph Kabila aux Chinois. L’ancienne colonie du Congo, faut-il le rappeler, avait toujours été considérée comme une possession du roi des Belges. Il y a donc nécessairement quelque amertume à perdre des acquis qu’on voudrait éternels.

Mais la Belgique fait aussi d’une pierre deux coups. Elle embarrasse le pouvoir de Kabila tout en le caressant dans le sens du poil. L’arrestation de Jean-Pierre MBemba, à cet égard, arrange bien le régime Kabila. Celui-ci ne voudrait pas avoir encore à gérer un adversaire aussi encombrant.

L’homme est en effet avisé. Très riche, il possède des intérêts colossaux en Belgique. L’on peut se féliciter déjà que les nombreux crimes commis en Centrafrique ne resteront pas impunis. Reste à savoir ce qu’il adviendra de ses commanditaires, dont Ange Félix Patassé et ses proches, que lui et les siens avaient voulu protéger face aux appétits du général Bozizé. A l’exemple de la Belgique, les anciennes puissances coloniales n’auront de respect que pour les peuples qui ont su arracher leur indépendance au prix de luttes de libération.

Joseph Kabila a sans doute eu une réaction digne suite aux propos blessants du chef de la diplomatie belge. Toutefois, on ne peut détacher ses déconvenues de ses propres actes d’allégeance aux autorités belges lors de son séjour officiel à Bruxelles. Encore une fois, c’est le comportement même des chefs d’Etat africains qui est à déplorer. Beaucoup prêtent souvent le flanc. Et dans le cas présent, il est manifeste que jamais la Belgique n’admettra l’indépendance du Congo Kinshasa comme une réalité avec laquelle elle doit composer.

"Le Pays"





Source : Lefaso.net
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