Notre Deby National a réussit l'exploit de semer la zizanie même dans la "paisible" suisse

Publié le par Hamid Kelley

Nidwald vibre pour ses avions

Par CAROLINE ZUERCHER / 24heures.ch

A Stans, les difficultés de l’avionneur inquiètent. En voulant serrer la vis au commerce du principal employeur du demi-canton, le Conseil fédéral suscite colère et incompréhension.

Un avion traverse le ciel de Stans. Les immeubles modernes, fermes et habitations traditionnelles du chef-lieu de Nidwald semblent s’être endormis au creux des montagnes. A quelques kilomètres de là, une entreprise à la pointe de la technologie est installée entre gras pâturages et odeurs de purin. Son nom: Pilatus. Mais aujour­d’hui, l’unique industrie aéronautique de Suisse est dans la tourmente. Après l’armement abusif d’un Pilatus PC-9 par le Tchad, le Conseil fédéral a annoncé début avril sa volonté de durcir la législation en interdisant les exportations de matériel susceptible d’être utilisé militairement vers des pays en proie à un conflit armé. Et depuis, la colère gronde en Suisse centrale.

Revenus fiscaux

L’aventure aéronautique a débuté en 1939, lorsque Pilatus a été fondé dans les locaux de la banque cantonale. Aujourd’hui, la compagnie compte 1300?collaborateurs. L’an dernier, le principal employeur du demi-canton et de ses 40?271?habitants a accru son bénéfice de 11%, et ses carnets de commandes sont pleins jusqu’à fin 2009. A son siège, une grande halle vient de sortir de terre. Sur le parking, les automobiles aux plaques de Nidwald, Lucerne, Schwytz, Uri et Obwald côtoient celles d’Italie, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Le complexe attire les ingénieurs étrangers, assurant du même coup des revenus fiscaux supplémentaires.

Mode, planeurs et montagne

Dans la région, presque chaque famille compterait un membre employé par l’avionneur. On comprend mieux pourquoi, en 1993, un quart de la population du demi-canton a signé une pétition demandant au Conseil fédéral d’autoriser l’exportation de PC-9. Et pourquoi ici, le 24 février, l’initiative contre le bruit des avions de combat dans les zones touristiques a été balayée à 80,5%. Un record national.

«Les collaborateurs forment un peu une famille, ajoute Dominik Buholzer, cadre à la Neue Luzerner Zeitung. C’est typique d’un petit canton: tout le monde se connaît.» Un défilé de mode a déjà été organisé dans les ateliers et chaque été, les apprentis effectuent des travaux d’entretien en montagne. «L’entreprise est généreuse avec nous, résume le conseiller d’Etat Gerhard Odermatt. Elle a aussi un club de planeurs, permettant aux jeunes d’apprendre à voler. Et l’an dernier, elle a été sponsor de la Fête fédérale de musique populaire.»

Récupération politique

Les UDC locaux ont très bien exploité ce sentiment d’appartenance. A mi-avril, avant le deuxième tour de l’élection au Conseil d’Etat, ils ont distribué à la sortie des ateliers Pilatus des tracts critiquant la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard, dont le département doit peaufiner les propositions du gouvernement. Ceci explique-t-il cela? Au scrutin populaire, le démocrate-chrétien Martin Ambauen s’est incliné face à l’UDC Ueli Amstad, et les démocrates du centre ont fait leur entrée au gouvernement.

Dans ces conditions, les intentions du Conseil fédéral suscitent incompréhension et colère. «Nous sommes très fiers de cette entreprise et ne nous sentons pas coupables, raconte un Nidwaldois. Ces avions ne sont pas faits pour le combat et Pilatus n’a rien à se reprocher.»

Dilemme socialiste

Dans les rues cossues de Stans, même le chef du Parti socialiste cantonal, Beat Ettlin, reconnaît l’«indignation» populaire. Le politicien l’avoue, sa formation se trouve face à un dilemme: «Nous reconnaissons l’importance de Pilatus pour l’économie locale. Mais l’éthique ne doit pas capituler devant l’économie. La vente de matériel de guerre doit être effectuée dans un cadre légal clair.»

Menaces de délocalisation

Il faut dire que les craintes locales ont été nourries par Oscar Schwenk. Début avril, le président du conseil d’administration de Pilatus a menacé en termes à peine voilés de délocaliser une partie de sa production à l’étranger. Aujourd’hui, l’entreprise préfère rester silencieuse et garde ses portes fermées. Pourquoi? «Le président brésilien Lula a déjà dit que Pilatus risquait de ne plus pouvoir livrer d’appareils, et qu’il valait mieux acheter les Embraer produits dans son pays», répond le conseiller d’Etat Gerhard Odermatt, en supposant que la firme craint de trop ébruiter les restrictions qui la menacent.

Dans le ciel de Stans, l’avion a disparu derrière les nuages. Une crainte plane sur la région: si le parlement confirme la proposition du Conseil fédéral, l’industrie aéronautique s’envolera-t-elle également?

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