La Françafrique a été un handicap pour le développement des pays d’Afrique francophone.

Publié le par Hamid Kelley


« L’Afrique malade de ses hommes politiques »

Par Etonam AKAPO-AHIANYO
(InfoSud 30/05/2008)


 

Par Etonam AKAPO-AHIANYO
(InfoSud 30/05/2008)


LOME - Conseiller diplomatique du président togolais Faure Gnassingbé, Robert Dussey publie un ouvrage saisissant sur le destin de l’Afrique. Membre de la Communauté Sant’Egidio, l’auteur a mené plusieurs missions de paix sur le contient, notamment en Côte d’Ivoire et en Centrafrique). Interview.

Vous ne prenez pas de gants avec les dirigeants africains…

Sans mentir, le titre « L’Afrique malade de ses hommes politiques » peut sembler provocateur. Mais en réalité, il n’en est rien. J’ai juste choisi la sincérité plutôt que la langue de bois afin de pousser les hommes politiques africains à prendre conscience de leurs propres échecs et de prendre en main le destin de leurs peuples. Le constat essentiel est que l’Afrique va mal. Après bientôt cinquante ans d’indépendance, nombre d’Etats africains n’ont toujours pas réussi à s’engager sur la voie du développement stable et continu. Malgré leur richesse en matières premières, malgré la coopération bilatérale et multilatérale, rares sont les pays africains en voie d’industrialisation. Les guerres qui ensanglantent l’Afrique sont révélatrices à la fois de l’inconscience de ses hommes politiques que de l’intensité des rivalités qui opposent les grandes puissances entre elles pour le contrôle des immenses richesses de l’Afrique. Cet ouvrage vient donc comme une contribution à la question de la gouvernance sur le continent africain pour le bien être des populations africaines.

Qu’est ce qui est à l’origine du mal de l’Afrique ?

Le retard du continent est du à trois facteurs essentiels. Un facteur historique lié à la balkanisation du continent africain par les colonisateurs, un facteur lié à la mauvaise gestion du pouvoir par les Africains eux-mêmes et un facteur externe qui est l’ingérence des puissances étrangères surtout occidentales dans le jeu politique africain. L’héritage du passé colonial et les actions parfois agressives de l’Occident gênent la progression des pays africains. Les puissances occidentales ont préservé leur domination en accordant aux anciens pays colonisés une souveraineté au rabais. La quasi-totalité des anciennes possessions occidentales se retrouvent aujourd’hui dépendante avec des pseudos-Etats sans consistance. L’élite africaine fonctionne à partir de règles qui semblent exclure l’écrasante majorité de la société. Sur tout le continent, les crises, guerres et massacres se multiplient et derrières les acteurs locaux, on retrouve des puissances étrangères rappelant le jeu des incendiaires extérieurs.

En parlant d’ingérence des puissances étrangères dans le jeu politique africain, faites-vous allusion à la Françafrique ?

Vous le dites vous-même. La Françafrique a été un handicap pour le développement des pays d’Afrique francophone. Certains responsables politiques veulent se maintenir dans l’Afrique des réseaux, et c’est la source de leurs problèmes. Heureusement qu’aujourd’hui avec la globalisation, ces réseaux sont appelés à disparaître d’eux-mêmes.

Quel remède pour une Afrique malade ?

J’ai fait plusieurs propositions dans mon ouvrage. Il faut d’abord débarrasser l’élite africaine du complexe qui fait croire que les intellectuels africains ne semblent pas être à un stade qui doit leur permettre d’assurer le développement de leur continent. Après cela, on doit s’attaquer aux trois causes dont j’avais parlé comme étant à l’origine du retard de l’Afrique. La mission de l’élite africaine consiste à mieux connaître l’idéologie et les moyens de domination de ceux qui empêchent notre modernisation industrielle. Il faut améliorer la gestion du pouvoir africain par les Africains. Il faudrait responsabiliser les hommes politiques à la bonne gestion et les citoyens à inventer ou décider de leur propre destin. Pour désengager l’Afrique de l’emprise étrangère, il faut une prise de responsabilité et une réelle volonté politique de l’élite africaine pour sortir l’Afrique de la pauvreté.

Vous préconiser aussi le recentrage de l’Union africaine.

Je pense que l’Union Africaine (UA) est une nouvelle structure qui ne doit pas tomber dans les pièges de l’OUA. Les rencontres de l’UA ne doivent pas se limiter à une rencontre entre chefs d’Etats mais dépasser ce cadre, pour avoir des cahiers des charges biens définis et précis. Ainsi, on pourrait faire des bilans réguliers afin de mener des actions correctrices.

En tant que conseiller diplomatique du Président togolais Faure Gnassingbé, comment pouvez-vous contribuer à rendre le Togo moins malade de ses hommes politiques ?

Je pense que le Togo à l’instar des grandes nations, doit renforcer la démocratie et les institutions étatiques. Le Togo ne peut pas échapper à la bonne gouvernance. D’ailleurs, c’est ce que le Président Faure Gnassingbé a commencé. J’ai la certitude qu’il réussira parce qu’il a la volonté politique. Mais la tâche n’est pas facile, les défis sont énormes. Il faut que tous les Togolais, du pouvoir comme de l’opposition, acceptent de travailler ensemble pour le bien être des populations et pour la réconciliation de mon pays le Togo.

Etonam AKAPO-AHIANYO

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