Les chinois montrent comment réagir face à l'arrogance française

Publié le par Hamid Kelley

Les Chinois zappent Paris

Par Marianne ENAULT
leJDD.fr


 Plus aucun touriste chinois en France. C'est peut être le rêve de certains, qui reprochent à Paris le parcours chaotique de la flamme olympique. Des rumeurs circulent sur le web selon lesquelles la municipalité de Pékin aurait même demandé à ses tours opérateurs de rayer la France de leurs destinations. Une information non confirmée mais certaines agences constatent déjà de nombreuses annulations.

"Parfois les rumeurs sont plus efficaces qu'un décret officiel
". Philippe Yao, directeur général de China Comfort Travel (CCT), un tour-opérateur spécialisé dans l'accueil de touristes chinois en France, confie son inquiétude au JDD.fr. A l'origine de celle-ci, une rumeur selon laquelle la municipalité de Pékin aurait demandé à ses tour-opérateurs de rayer la France de leurs destinations touristiques. Ou les représailles de la Chine, acte II, après le boycott des magasins Carrefour en réaction aux événements qui se sont déroulés à Paris en marge du passage de la flamme olympique.

Info ou intox? Interrogé, le ministère français du Tourisme dit "ne pas avoir de réaction particulière", et précise que "l'information est en train d'être vérifiée". A l'ambassade de Chine en France, on se renvoie la balle. Patricia Tartour, PDG de la Maison de la Chine, agence spécialisée dans les voyages en Chine, elle, se dit "sûre qu'il n'y a pas de directive officielle", et dit avoir vérifié "auprès du ministère chinois des Affaires étrangères et de l'ambassade de Chine."

"Tout le monde pense que ça vient d'en haut"

Rien d'officiel, donc. Mais la rumeur, elle, court. Sur le web chinois, surtout. "Quand on tape 'ne pas aller en France' en chinois sur Google, on trouve tellement d'articles! On y écrit que la façon la plus efficace de riposter, c'est de ne pas voyager en France et de ne pas acheter de produits français", explique ainsi Philippe Yao. Pour le directeur, le caractère officiel ou non de l'information ne change rien aux données du problème: "En Chine, quand c'est écrit noir sur blanc, tout le monde pense que ça vient d'en haut." Selon lui, les sites internet chinois citent des porte-parole du gouvernement, selon lesquels ce "boycott" serait un "geste compréhensible car le sentiment du peuple chinois a été touché", notamment en regardant les images des drapeaux tibétains s'affichant dans les rues de la capitale ou encore après la décision de Bertrand Delanoë de nommer le dalaï lama citoyen d'honneur de la ville de Paris.

Ce sentiment "d'honneur bafoué" semble bien être à l'origine de ce désintérêt des touristes chinois pour la France. "Les Chinois accordent beaucoup d'intérêt à cette histoire de Jeux olympiques et ne comprennent pas pourquoi on essaie de leur gâcher la fête", explique ainsi Patricia Tartour, spécialiste de la Chine depuis trente ans. S'il comprend "qu'ils aient été blessés", Philippe Yao, lui, estime qu'il ne s'agit "plus de tourisme, mais de politique".

50% de chiffres d'affaires en moins

Reste que la situation inquiète les deux voyagistes. Et pour cause, plus de 700 000 touristes chinois visitent la France chaque année. Selon certaines sources, l'Hexagone aurait même été retiré de plusieurs circuits européens, comme celui de l'agence de voyages de la Jeunesse de Pékin. Philippe Yao enregistre déjà de nombreuses annulations. "Cette année, on envisage un chiffre d'affaires en baisse de 50%", a-t-il confié au JDD.fr, se disant "très inquiet".

La réciproque semble vraie. "Les gens ne vont plus en Chine", explique Patricia Tartour. Le tremblement de terre n'est, selon elle, pas la seule raison à ce désintérêt des Français pour la Chine. "Un client sur deux est sensible à la question des droits de l'Homme. Et puis, pourquoi aller dans un pays où on pense qu'on est indésirable ?", analyse-telle, avant de s'interroger: "Pourquoi dans un cas on pense que le gouvernement chinois a décidé de ne plus envoyer des touristes en France et pas dans l'autre ?"Dans le cas des Français comme des Chinois, la directrice de la Maison de la Chine préfère évoquer "une désaffection pour la destination plutôt qu'une décision officielle".

Quid des autorités chinoises? Pour l'instant, elles restent bien silencieuses. A l'image de leur attitude à l'époque du boycott de Carrefour, quand Pékin s'était contenté d'appeler "au calme". De là à penser que le gouvernement chinois laisserait faire, voire encouragerait, l'attitude de ces "patriotes", sans pour autant prendre le risque d'arrêter une décision officielle, il n'y a qu'un pas. Patricia Tartour, elle, pense qu'il y aura bientôt une "correction" de la part de Pékin, car "on ne peut pas laisser la rumeur grossir". Et de lâcher: "Ils attendent peut être que Sarkozy se décide sur sa présence lors de la cérémonie d'ouverture des JO." A bon entendeur...

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