L’orgueil blessé de Kabila

Publié le par Hamid Kelley

Par Cheick Beldh’or SIGUE  / Lepays.bf

Le président congolais Joseph Kabila ne décolère pas. Après les propos excessifs et peu protocolaires du ministre belge des Affaires étrangères, qui ont conduit au rappel pour consultation de l'ambassadeur de la RDC auprès du Royaume de Belgique et à la fermeture du consulat congolais d'Anvers, toutes les tentatives de Belgique pour joindre Kabila sont restées vaines. En fait, tout part d’une déclaration du ministre Karel De Gucht, qui estime que le gouvernement belge a "un droit moral" sur la RDC et ses dirigeants". Cela, pour la simple raison que son pays investit annuellement de 150 à 200 millions d’euros pour le Congo qui est par ailleurs son ancienne colonie. Comme blessé dans son amour-propre, le président congolais fait montre d’une réaction énergique, empreinte de courage et de dignité. Et s’il décidait un jour de mettre un peu d’eau dans son vin franchement difficile à boire, il aurait au moins montré à Bruxelles qu’il n’est pas homme à se laisser marcher sur les pieds. La Belgique doit se le tenir pour dit : la RDC "ne reconnaît à aucun autre pays, un quelconque prétendu droit moral sur elle". Celle-ci ne tolérerait pas que son honneur soit ainsi atteint. Et si l’ex-Zaire, de surcroît "indépendant et souverain", n’a aucun droit sur la Belgique, de quel droit la Belgique aurait-elle en retour sur le Congo, fût-elle son ancienne métropole ? Et puis, qui a, en réalité, plus besoin de qui aujourd'hui ? Les démarches de Yves pour mettre un terme à la brouille entre les deux capitales, en tout cas, en disent long sur les intérêts mutuellement avantageux entre les deux Etats, et auxquels la Belgique tient, à coup sûr. Les propos du ministre belge, auraient fait suite à des accords de partenariat de 9 milliards de dollars entre des entreprises chinoises et congolaises. Toute chose qui témoigne davantage des enjeux en présence.

Mais à quelque chose malheur est bon. Sans doute cette déclaration aux accents paternalistes et néo-colonialistes sur fond d’atteinte à la souveraineté et à la dignité de l’Etat congolais, va-t-elle permettre "une mise à plat" de la politique belge envers la République démocrati¬que du Congo, une mise à plat qui puisse contenter chaque partie. Cela dit, si Kabila a été fort à l’aise pour taper du poing sur la table, c’est que la RDC compte aujourd’hui un réseau de partenaires qui s’est élargi à plusieurs investisseurs. Mais, quoi qu’on dise, Kabila a eu le mérite de dire ce qu’il pense. Un acte de courage qui tranche avec le comportement de bien des chefs d’Etat sur le continent, toujours incapables d’afficher leur personnalité, et très souvent prompts à acquiescer même quand il faut dire non. Jusque-là, très peu ont le courage de leurs idées, à l’exception de quelques rares présidents tels Sékou Touré, Omar Bongo, Laurent Gbgagbo et le Rwandais Paul Kagamé. Le moins que les peuples puissent attendre aujourd'hui de leurs dirigeants c'est le refus de l'aplat-ventrisme chronique.



Cheick Beldh’or SIGUE


Lepays

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