Le Pillage à N'Djaména pendant les événements de février est un comportement anticitoyen

Publié le par Hamid Kelley


Un peuple en déficit de citoyenneté

Par Naygotimti Bambé /cefod.org


La capitale tchadienne a connu des affrontements d’une rare intensité les 2 et 3 février 2008. Aussitôt après chaque accalmie ou pendant que les balles crépitaient, les populations de la capitale se sont livrées au pillage des édifices publics, privés et même des domiciles de leurs concitoyens. Ordinateurs, pièces de véhicules, tables, chaises, fauteuils, réfrigérateurs, portes, fenêtres, wc, parafeurs, sacs de mil, de riz, de ciment, tentes du Programme alimentaire mondial (PAM), rien n’a été épargné. Pour éviter de subir le même sort, de nombreux habitants de la capitale sont revenus chez eux aussitôt après avoir mis à l’abri leur progéniture.

Ces actes nous emmènent à nous interroger : Pourquoi s’est-on acharné contre les biens des institutions comme le siège de la Cebevirha (Communauté économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques), une institution sous-régionale qui n’est ni de loin ni de près impliquée dans la crise tchadienne ? Pourquoi avoir mis à sac les locaux et les biens de l’Institut africain pour le développement économique et social (Inades-Formation) qui s’attelle depuis près de trois décennies à la formation du monde rural tchadien ? Pourquoi saccager et emporter tous les biens du siège national nouvellement construit de Amasot (Association pour le marketing social au Tchad), une structure qui rend de nombreux services aux populations tchadiennes notamment en matière de lutte contre la pandémie du VIH/Sida, les IST, le paludisme, etc. ? La même question vaut pour le centre de santé Assiam Vantou, le Fonds de soutien des activités en matière de population (FOSAP), le Projet population et lutte contre le VIH/Sida (PPLS) ? Pourquoi s’est-on pris à des institutions symboles telles que le siège en construction de la Cour suprême ou celui du parlement tchadien ? Pourquoi avoir détruit le Centre culturel français qui met à la disposition de la jeunesse tchadienne salles et matériel de spectacle, livres et documents ? Pourquoi avoir touché au ministère de l’Education, aux biens des projets Education que le Tchad a acquis après s’être endetté auprès de la Banque africaine de développement ? Pourquoi certains ont-ils voulu mettre à sac le Centre d’étude et de formation pour le développement (Cefod) ouvert aux Tchadiennes et Tchadiens de tous les horizons et de toutes les couches sociales ? Oui, pourquoi tout ce gâchis ?

A ces questions, beaucoup répondent que c’est parce que certains de ces biens sont acquis avec l’argent du pétrole tchadien. En est-on bien sûr ? Même si c’était le cas, était-ce bien la voie indiquée pour y avoir accès ? Nous ne le pensons pas. Beaucoup s’en sont pris au domicile de certains de leurs compatriotes parce qu’ils appartiennent à telle ou telle autre groupe ethnique. Même si l’on reproche des actes répréhensibles à des Tchadiens originaires d’une région quelconque, la responsabilité de ces actes ne peut être partagée par tout un groupe ethnique. Certains pensent que c’est une révolte de personnes désabusées par les politiques. Mais est-ce le meilleur moyen d’exprimer son ras-le-bol ?

Où sont passées l’éducation, les valeurs morales et religieuses enseignées dans nos écoles et lieux de culte ou transmises par nos traditions ? Ces actes auxquels nous avons assisté dénotent d’un déficit de citoyenneté, de la notion du bien commun et du respect de la propriété d’autrui. Pire, la plupart des pillards étaient jeunes et donc ceux qui doivent présider à la destinée du pays. Certains parents ont malheureusement laissé leurs enfants s’adonner à ces actes, au lieu de les en dissuader.

Ce que nous venons de vivre interpelle l’Etat, les parents, les leaders d’opinion, les organisations de la société civile et les jeunes. La paix, la réconciliation nationale et le développement du pays doivent reposer sur un socle minimum. Le respect du bien commun, du bien d’autrui, la bonne gouvernance et la justice sociale font partie de ce minimum. Ceux qui ont la responsabilité d’éduquer et de sensibiliser les populations tchadiennes et de gérer ce pays ont là une immense tâche.


Naygotimti Bambé



Source : cefod.org

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