Un raid israélien contre l'Iran n'est pas exclu avant le départ de Bush

Publié le par Hamid Kelley

Par BERNARD BRIDEL / 24heures.ch

Menaces d'intervention militaire israélienne d'un côté, pressions diplomatiques de l'autre: l'Iran et son programme nucléaire font à nouveau la une de l'actualité. Décryptage.

La guerre des nerfs se poursuit entre l'Iran, Israël et la communauté internationale. Mais dans ce formidable jeu de poker menteur, «on ne peut rien exclure, et surtout pas une intervention militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes», assure Joseph Henrotin, chercheur au Centre d'analyse et de prévision des risques internationaux (Capri), à Aix-en-Provence. Et ce avant le départ de George Bush de la Maison-Blanche, soit dans les six mois à venir. Voici pourquoi.

LA PRESSION DIPLOMATIQUE Hier en Slovénie, à l'occasion d'un sommet Etats-Unis Union européenne, le président américain a déclaré que «avec l'arme nucléaire, l'Iran serait incroyablement dangereux pour la paix dans le monde». Interrogé sur l'hypothèse d'un raid de Tsahal évoquée ces derniers jours en Israël, Bush a répondu «que si vous étiez Israélien, vous
seriez également nerveux», compte tenu des menaces répétées du président Ahmadinejad à l'encontre de l'Etat hébreu. Se gardant d'être plus précis, le bientôt ex-locataire de la Maison-Blanche a souligné qu'en l'état actuel, il convenait de négocier avec l'Iran pour l'obliger à faire toute la lumière sur son programme nucléaire. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la visite que doit faire ce dimanche à Téhéran le chef de la diplomatie de l'UE, Javier Solana. «C'est le côté carotte de la diplomatie», explique Henrotin.
LE CONTEXTE ISRAÉLIEN

C'est vendredi dernier que le scénario d'un raid israélien en Iran a été relancé par le ministre des Transports de l'Etat hébreu, Shaul Mofaz. «Si l'Iran poursuit son programme d'armement nucléaire, nous l'attaquerons», a affirmé cet ancien chef d'état-major de Tsahal né... en Iran, et qui brigue la place de l'actuel premier ministre Ehoud Olmert, mis en cause dans une affaire de corruption. «Il faudra voir si les propos de Mofaz ne sont destinés qu'à sa lutte politique pour le pouvoir ou si le camp des faucons le suivra et l'emportera», dit le chercheur du Capri. «Ce qui est sûr, c'est que les durs feront tout pour lancer l'opération avant le changement de président aux Etats-Unis. Car ils savent que convaincre le nouvel élu que ce soit Obama ou McCain prendra du temps.»

LES MOYENS D'ISRAËL

Techniquement, l'armée israélienne a les moyens de frapper en Iran. «Plus facilement, même, qu'en 1981 lorsqu'elle a détruit le réacteur expérimental irakien Osirak, au sud de Bagdad», assure Henrotin. C'est qu'aujourd'hui, elle peut passer sans problème par-dessus l'Irak et bénéficierait sans doute d'un appui logistique des Etats-Unis. «De plus, précise encore le chercheur, alors qu'il y a quelques mois, on estimait qu'elle devrait détruire les défenses aériennes iraniennes avant de frapper les cibles nucléaires, il semble que le raid qu'elle a effectué en septembre dernier en Syrie lui ait permis de mettre au point des systèmes de guerre électronique lui permettant d'aveugler la défense aérienne iranienne.»

LES RISQUES D'ESCALADE

Ils sont évidemment énormes, dans la mesure où Téhéran déclencherait immédiatement des représailles pouvant aller du tir de missiles à tête chimique sur Israël à des opérations terroristes, en passant par le blocus du détroit d'Ormuz pour couper la route du pétrole. Un scénario catastrophique. Mais possible.

LUEUR D'ESPOIR

Reste que le pire n'est peut-être pas inévitable, conclut Henrotin. «Je pense que les Iraniens n'iront jamais trop loin et éviteront tout acte légitimant un raid israélien. Mais ils feront tout pour obtenir une «capacité de seuil», c'est-à-dire qu'ils ne produiront pas la bombe, mais maîtriseront tout le cycle pour l'avoir très rapidement.»



Source : 24heures.ch



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