Tchad-Soudan : La guerre par procuration

Publié le par Hamid Kelley

Par Cyril Bensimon / Rfi

En visite en France, le chef de la diplomatie soudanaise a déclaré que son pays n'était pas en guerre avec le Tchad. Deng Alor a par ailleurs demandé l'aide de la France pour apaiser les tensions avec Ndjamena. En fait depuis 2005, Tchad et Soudan se livrent à une véritable guerre par procuration. Plutôt que de s'affronter directement, Ndjamena et Khartoum soutiennent et arment des mouvements rebelles qui tentent de renverser les pouvoirs en place. Les différents accords de paix entre les deux pays sont violés aussitôt après avoir été signés et mardi, les autorités tchadiennes ont accusé le Soudan d'avoir envoyé des troupes et des hélicoptères bombarder la garnison d'Adé, à l'extrême est du pays.

Les sources indépendantes manquent dans la région mais selon nos informations, l'aviation soudanaise n'a pas bombardé la garnison d'Adé. « C'est la rhétorique habituelle du pouvoir tchadien, pour l'heure rien ne confirme cette attaque », explique une bonne source. Un proche de la présidence va même plus loin en considérant ces accusations comme une tentative maladroite pour demander l'appui militaire de la France.

Jusque-là, ni Khartoum ni Ndjamena n'ont envoyé leur armée respective en profondeur sur le territoire de leur ennemi mais l'intensification, ces derniers mois, des offensives rebelles dans les deux pays laisse craindre un embrasement du conflit.

Mahamat Hissène

Ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement

« C'est une grande victoire, la tactique déployée par l'armée a permis de minimiser les pertes en hommes. »

Pour beaucoup, la percée rebelle dans l'est tchadien est une réponse à l'attaque du MJE en mai sur la capitale soudanaise. Attaque qui est elle-même une réplique au raid sur Ndjamena de février.

Signalons également que les mouvements rebelles tchadiens et darfouriens ne se limitent pas à attaquer le pouvoir en place. Repliés au Tchad, les combattants du MJE servent actuellement de supplétifs à l'armée. Ils auraient eu notamment de lourdes pertes dans la bataille d'Am Zoer mardi.

 

Mahamat Nouri

Leader du parti d'opposition tchadien l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD)

« Nous revendiquons la victoire, c'était une grande bataille où les pertes de part et d'autre étaient conséquentes mais le gouvernement a perdu au moins deux fois plus d'hommes que nous. »

Ennemis jurés, Idriss Déby et Omar el-Béchir ne manquent pourtant pas de points communs. Les deux hommes sont arrivés au pouvoir par les armes. Leur tolérance à l'égard d'une opposition politique est des plus limitées et tous deux utilisent davantage leurs revenus pétroliers dans des opérations militaires que dans le développement de leurs pays.

Paul Yon

Chef de mission suisse de Médecins sans frontières au Tchad

« Nous avons reçu 36 blessés les quatre derniers jours dans notre hôpital à Adré. A Am Zoer, on a entendu parler de beaucoup de blessés et de morts, sur Abéché nous n'avons pas reçu de blessés. »


Source : rfi.fr

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