Ne pas laisser l’Afrique brûler

Publié le par Hamid Kelley

 

Depuis quelques semaines, nos consciences paresseusement assoupies se sont réveillées sous les coups de butoir des cris aigus des affamés du continent. Par connivence, la presse et l’opinion autorisée, ceux qui sont au pouvoir, ont appelé cela la « crise alimentaire ».



- Forfaiture intellectuelle et politique que tout cela ! Parce que, tout de même, l’Afrique connaît, et de manière structurelle, une « crise alimentaire » depuis au moins trente ans. Ce qu’elle vit aujourd’hui, ce que nous avons sous les yeux, ce que vivent dans leur chair les populations, ce sont les piques, ou comme disait l’autre, le « stade suprême » du capitalisme. Par pudeur et hypocrisie, on appelle cela aujourd’hui, la « mondialisation ».

- Osons le dire pour y faire face : mondialisation de la domination de l’exploitation des pays du sud par les pays du nord ; mondialisation de l’exploitation accentuée des ressources du sud par les prédateurs du nord ; mondialisation de la pauvreté d’un Sud pourtant riche, par un Nord en perte de sécurité d’un mode de vie qui s’étiole.

- Il importe de relever une hypocrisie fondatrice de l’argumentaire « mondialiste ». Personne ne met le doigt sur un fait majeur : la mondialisation qu’on magnifie et célèbre au quotidien, c’est d’abord et avant tout la mondialisation de l’appauvrissement du plus grand nombre par un petit cercle d’élites usurpatrices.

Mettre les choses au point : ce système d’appauvrissement-asservissement n’a pas pu être mis en place et en exécution que par l’asservissement-démission-soumission de ce qu’on appelle pudiquement la « classe politique » africaine. Entre postes de pouvoir et prébendes octroyées, une certaine élite a vendu son âme de manière outrancièrement indécente.

- j’observe pour ma part, une démission quasi généralisée des « intellectuels organiques » face aux problèmes du continent.

- Qui s’offusque de la guerre larvée au Tchad dont les mains (baladeuses) instigatrices, ne sont plus un mystère ? Dans le même temps, on réclame la tête de Hisséne Habré. Or, on le sait, ce sont les guerres qui sécrètent les dictateurs et l’assassinat des droits de l’homme.

- Qui s’indigne encore de la tragédie du Darfour ? Le mot d’ordre semble être : « Silence on génocide ».

- Qui hurle encore contre les drames « démocratiques » qui se jouent au Zimbabwe et en Zambie ? On regarde, indifférents, des autocrates vieillissants, massacrer leur peuple et la démocratie avec. Ceux-là qui conditionnent leur aide au respect de la démocratie et des droits de l’homme, se contentent de molles condamnations. Je parle du FMI et de la Banque Mondiale.

- Après la passagère clameur d’il y a un mois, j’observe que plus personne ne se soucie du « mal africain », qu’on a appelé la « crise alimentaire », à la quelle la dernière conférence de la Fao n’a donné aucune solution tangible ?

La « Sentinelle Magazine » que vous avez entre les mains a une mission : veillez à ce qu’on n’oublie pas les problèmes et le destin de l’Afrique. Résolument panafricaniste fruit d’une rencontre entre un artiste hors pair de notre continent, Youssou Ndour, et, d’une équipe de journalistes qui a une conviction : l’Afrique peut et doit être conquérante. Ensemble, nous veillerons à ce que l’Afrique ne sombre sous les coups de bâtons de forces prédatrices, mal élues ou arrivées au pouvoir par la force des tanks. J’ai une certitude : les premiers pyromanes de l’Afrique sont les gouvernants eux-mêmes. Du fait de leurs politiques sociales calamiteuses. Nous pouvons inverser les tendances. En désertant nos postures commodes.

D.ND

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