VISION DU MONDE

Publié le par Hamid Kelley

L’information, une arme qui échappe à l’Afrique


Le dossier Mugabe montre que jour après jour, l’Occident dicte sa loi et l’actualité aux Africains. Ainsi parvient-il à gérer même l’agenda du sommet des chefs d’Etat.

Certes, dans ses rapports avec l’Occident, l’Afrique peut se féliciter du soutien financier et multiforme des actions de coopération, quoique parfois très peu désintéressé. Il est aussi incontestable que le continent bénéficie en Occident de la solidarité constante des médias et de la société civile face aux agressions dont sont victimes les professionnels de la presse et les défenseurs des droits humains. Leur exigence de transparence dans la gestion des fonds et des élections, la dénonciation de la mal gouvernance, le bâillonnement des libertés en particulier, sont d’un apport considérable. Qu’on se rappelle la mobilisation médiatique autour du dossier des journalistes disparus, abattus ou embastillés, ou de celui des orphélins du Tchad. Mais, force est de reconnaître qu’il y a parfois des abus.

La domination occidentale s’exerce d’abord par le canal des dirigeants politiques dont beaucoup ont démissionné de leurs devoirs. De sorte que depuis notamment La Baule, le Nord se donne une sorte de légitimité et s’instaure même en bonne conscience du continent, parfois au mépris des options des dirigeants et des aspirations des citoyens-électeurs. Et si Kouchner, simple ministre, fût-il le chef de la diplomatie d’une puissance étrangère, peut se permettre d’insulter un chef d’Etat africain quel qu’il soit, c’est bien parce que les dirigeants africains n’ont pas suffisamment de mérite à ses yeux.

Pourquoi alors s’étonner que des Africains applaudissent aux sorties du président Khadaffi de Libye qui défend l’idée d’un panafricanisme débarassé de toute tutelle étrangère, et basé sur la force du travail, la cohésion et la solidarité ?

L’Occident s'impose à l'Afrique parce qu'il exploite ingénieusement le secteur de la culture, de la science et de la technologie. Le transfert des connaissances et des technologies n’a pas toujours lieu dans les bonnes conditions : cela renforce la dépendance de l'Afrique par le biais du financement de la formation et de la recherche.

De plus en plus infantilisés, les Africains subissent la domination occidentale à tous les niveaux. Les masses demeurent analphabétisées, la jeunesse marginalisée et désorientée, sans répères. Les élites, formées pour la plupart au mode de pensée occidental, sont le plus souvent aliénées par les sources d’information extérieures ou simplement corrompues.

Enfin, l’Occident utilise à fond l’arme de l’information. Par le biais de la grande presse qui agite l’opinion, et le Net qui peut facilement disséminer l’intoxication autant que la bonne information. Il apparaît ainsi que l’Afrique perd progressivement son âme pour avoir perdu l’arme de l’information et de la communication si tant est qu’elle ait jamais disposé de cette dernière. Cette perte est considérable depuis le départ du Sénégalais Amadou Mahtar Mbow de la tête de l’UNESCO.

La presse africaine dépend essentiellement des sources d’information occidentales. Personne ne va au Zimbabwe mais chacun rapporte ce qu’elles en disent. C’est dire combien est urgente la réhabilitation de l’agence panafricaine d’information (PANA). Tuée dans l’œuf, celle-ci aurait permis aujourd’hui de faire face aux nouveaux défis. Avec l’irruption des satellites, des technologies dont les ordinateurs, les cellulaires, les radios FM qui envahissent le quotidien des Africains et leur imposent des agendas, le formatage de l’esprit des Africains se fait graduellement au profit exclusif de l’Occident. Les pouvoirs africains qui s’appuient sur les médias extérieurs pour être plus visibles et soigner leur image, subissent aussi le juste retour du boomerang : devenus sujets, ils sont d’autant plus courus par les médias occidentaux qu’ils assassinent, torturent et embastillent très souvent les professionnels de leur propre pays.

Pour sortir de ce cercle vicieux, le continent doit œuvrer pour davantage de démocratie et d’alternance, préserver et promouvoir sa culture. Il faut promouvoir les médias tout en préservant les libertés démocratiques, développer le partenariat international dans le respect mutuel, renforcer les échanges Sud-Sud.

Il est temps pour certains dirigeants africains de faire respecter les peuples dont ils sollicitent les suffrages, à défaut de se faire respecter eux-mêmes.

"Le Pays"


Source : lepays.bf


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