Tchad : Recyclons nos Leaders politiques à la démocratie responsable

Publié le par Hamid Kelley

Par Félix Ngoussou

Le sombre tableau des turpitudes des différents régimes au Tchad est de notoriété publique sur la toile de fond d’une catastrophe qui végétait depuis l’indépendance. De l’insupportable dictature du mal absolu, nous assistons vaincus de tous les rapports nationaux et internationaux mettant l’accent sur le malheur tragique Tchadien avec un peuple accablé par la faim et la maladie, l’ignorance et la misère morale, la corruption et la gabegie administrative, le crime et le vice, l’incompétence et l’irresponsabilité de la gestion gouvernementale, l’insécurité et la peur.

Aujourd’hui, la coupe est pleine. Le pays en a assez, notre peuple n’en peut plus. Hélas, l’abomination de la désolation résume la lutte en termes authentiques de camp des forces du bien contre le gang maffieux des forces du mal absolu érigé en mal national.

Les tchadiens, victimes et donc concernés au premier chef, devraient s’employer à résoudre leurs problèmes en arrivant à opérer par leurs propres forces, unitairement , solidairement et surtout dans la non-violence de nos principes, le changement politique à la tête du pays.

Mais comment s’y prendre quand les péripéties à rebondissements sensationnalistes d’un jeu international tourne à la confusion et a l’imbroglio dans leur réalisme cynique et leur échec patent pour rappeler à ceux qui avaient eu tendance à oublier que l’issue véritable de la crise et de sa sortie correcte et viable dépendent avant tout des tchadiens eux-mêmes ?

Ne revient-il pas aux tchadiens de recentrer le débat sur la situation de leur pays et la solution qu’il attend d’eux, comme les premiers concernés ?

Il faut cesser d’avoir peur de rappeler chaque jour cette vérité d’évidence pour tous que la coupe est pleine.
Non seulement, ils en ont assez, mais le peuple n’en peut plus.

Il a fallu du temps pour que certains tchadiens acceptent d’admettre qu’il ne peut y avoir de solution durable aux problèmes du Tchad avec un mouvement ayant accepté la démocratie du bout des lèvres pour avoir la clairance de Paris de gerer le pays.

Cette reconnaissance est heureusement chose faite de plus en plus aujourd’hui, même à l’étranger où nous avons lu par exemple dans les grandes presses de l’Occident, jusque-là trop longtemps quasi-muette sur la nécessité urgente de mettre fin au martyrologie du peuple Tchadien, l’admission que le mécontentement est général dans le pays, que la tendance est désormais irréversible, et que, si on en perd le contrôle, cela peut politiquement déboucher sur une explosion conjointement avec une implosion vu les conditions politiques de contradictions, de luttes inexpiables et même de fissures (sinon déjà de décomposition) à l’intérieur même des clans et des mouvements pour des raisons d’orgueil personnels transformés désormais en politique nationale.

Le cri unanime des tchadiens est désormais qu’il faut mettre un terme au plutôt à une situation générale insupportable pour tous. Quoiqu’il en soit, voici venue l’admission tchadienne quasi-unanime maintenant, de la nécessité du changement de mentalité attendu pour la sauvegarde et le bien du pays et dans l’intérêt de la communauté internationale amie elle-même.

Ce n’est certes pas dans la ligne des termes catégoriques d’un démenti officiel fameux dont il faut prendre note, à propos d’un organisme fut-il Arche de Zoé ou l’EUFOR contesté, qu’il faut voir. Mais non seulement ce serait compter sans la force contraignante prévisible des circonstances, mais serait oublier que, de toute façon, une sortie de crise crédible et viable sous la forme d’une stratégie alternative, doit être tchadienne pour mériter d’être internationalement appuyée.

Comment comprendre encore qu’un si petit nombre d’avides qui étaient dans le besoin a pu se donner à cœur joie en se servant si immoralement, au détriment d’un peuple si pauvre, qu’il a mis et tenu en otage pour le mettre en coupe réglée .

Dans ce pays placé au cœur de l’Afrique, tout est accablant pour le peuple collectivement à cause des turpitudes d’un groupe d’hommes. Mais ces derniers venus à la curée sous ce régime cauchemardesque ont à eux seuls fait plus de mal au pays que tous les autres regimes antérieurs réunis depuis la fin de l’occupation française. Au plus, sont-ils acculés à des dilatoires pour acheter du temps sans pouvoir éteindre les différents foyers d’incendie que leurs pyromanes ont allumés sans pouvoir jouer subséquemment aux pompiers?

Il y a une densité d’affaires récentes marquées au coin de l’illégalité, de la violation des droits de la personne, du viol des libertés publiques, des abus de pouvoir et de l’arbitraire devenus le pain quotidien, et du règne de l’immoralité acceptée comme la norme impétrante.

Il suffit d’évoquer le scandale dans le secteur pétrolier, la nouvelle crise de l’éducation , l’affaire entortillée des 103 enfants de l’Arche de Zoé assortie de son extension potentielle aux villes rebelles du pays, la flambée d’ insécurité aveugle, la hideuse omniprésence de la corruption institutionnelle à partir des vaches laitières des services publics et des entreprises d’état, les magouilles attentatoires à l’intérêt national comme les pots-de-vin à la source des projets juteux , l’exploitation éhontée de la misère et de la faim populaires dans une folie dépensière ruineuse, les manquements à la foi jurée dans l’irrespect trop longtemps toléré , la violence contre les partis politiques assorties de la destruction de locaux et de résidences privées de journalistes et leaders de l’opposition, l’ignorance des priorités dans la gestion incompétente de la chose publique et les sommes folles dépensées à des voyages ruineux et à financer de puissants lobbies et une garde personnelle rien que pour rester au timon des affaires de l’état, le déficit croissant de la balance budgétaire par le recours irresponsable à la planche à billets de la banque centrale parallèlement au tarissement de nos ressources en devises annonciateur de l’effondrement à brève échéance de la monnaie nationale, le spectre de la recrudescence prévisible de la guerre civile avec un gouvernement dont la politique ne laisse aucun espoir à l’horizon national, etc.…, montre que le Tchad est placé à un endroit malsain.

C’est à cette fin que depuis des mois déjà des groupes de citoyens tchadiens de la diaspora et les partis politiques dits démocratiques , ainsi que des personnalités ressources se sont occupés à rechercher ensemble une formule d’union large et structurée pour faire face au péril commun, par delà les clivages politiques, économiques et sociaux-traditionnels auxquels on s’est trop accroché et trop longtemps.

Certes, la crise tchadienne contemporaine est profonde, et il est honnête de dire que la politique chez nous est entrée en processus de dépérissement depuis la fin des années 1960. C’est une vérité historique que le mal tchadien ne date pas d’Idriss Deby, qui se présentait en 1990 comme un remède, mais le régime du MPS succédant à celui de l’UNIR et du MNRCS s’est révélé une recette pire que le mal.

Le tableau de bord de notre économie et l’état des lieux dans tous les domaines de l’activité nationale ont tourné au rouge, tous les clignotants sont allumés. Sur tous les plans, c’est la débâcle de la faillite totale, et si on ne réagit point tant qu’il en est encore temps, c’est déjà l’abîme.

Aussi pour nous, s’agit-il de circonscrire ce mal pour l’éradiquer à sa dimension réelle d’un gang maffieux et non d’un pauvre peuple victime contre lequel il faudrait se garder de lancer on ne sait quelle chasse aux sorcières, comme si tous les partisans et ex-partisans des régimes passés seraient les seuls responsables politiques de tous nos maux.

Les vrais coupables sont connus, eux et les leurs. Mais la culpabilité de quelques-uns ne doit pas offrir un alibi pour occulter la responsabilité de tous à concourir au rétablissement du bien commun. Les hommes de bonne volonté de quelques camps qu’ils aient été ou qu'ils sont, peuvent être tous recyclés à la démocratie responsable.

Mis à part d’une infime minorité enfoncée dans une « voyoucratie » criminelle, il y a un pays à sauver ensemble loin des errements d’hier. Il faut conduire un débat d’idées qui pourrait aider un leader responsable de faire le plein politiquement, moralement et humainement pour la reconstruction nationale. N’est pas là aussi l’esprit d’une démocratie responsable?

Par Félix Ngoussou

fngoussou@yahoo.fr
www.tchadforum.com

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