Le château de carte de la politique française en Afrique

Publié le par Hamid Kelley

Le château de carte de la politique française en Afrique

Par Xavier Monnier / Bakchich.info

Pendant l’été, Bakchich revient sur les grandes sagas que notre site a déroulé sous vos yeux émerveillés au cours de ces douzes derniers mois. En apéritif cette semaine, Sarkozy, la Françafrique et la rupture, incarnée par le retour en grâce de l’héritier des réseaux Foccart, le délicieux Robert Bourgi, l’une de nos mascottes.


Pendant l’été, Bakchich revient sur les grandes sagas que notre site a déroulé sous vos yeux émerveillés au cours de ces douzes derniers mois. En apéritif cette semaine, Sarkozy, la Françafrique et la rupture, incarnée par le retour en grâce de l’héritier des réseaux Foccart, le délicieux Robert Bourgi, l’une de nos mascottes.

Tout à sa préparation du fabuleux sommet de l’Union pour la Méditerranée que
le monde arabe attend avec impatience, le Président Sarkozy prend tout de même un peu de temps pour ses pairs africains.

Au deuxième jour de la présidence française de l’Union Européenne, soit le 2 juillet dernier et comme l’avait annoncé Bakchich, le squatter de l’Elysée a reçu un grand ancien, avec qui il partage le délicieux plaisir des talonnettes : Papa Omar Bongo, président toujours bien élu du Gabon depuis 41 ans. Tout un symbole tant de l’importance du petit émirat pétrolier pour la France…que de la navigation à vue de la diplomatie française en Afrique. «  Aucune vision, aucun plan, il n’y a rien », se désolent les anciens crocodiles du marigot africain. Tous, non un seul se félicite de la situation. L’avocat-conseil Robert Bourgi. Petit légataire de Jacques Foccart, le patient tisserand des réseaux françafricains de la Ve république, « Bob » a eu très chaud. Malgré la clim’ violente de ses bureaux de l’avenue Pierre Ier de Serbie. Mais il a survécu…

Quand Sarko Ier , encore tout frétillant de rupture, alignait les appels à une « autre poiltique africaine », en 2006 et 2007, l’on ne donnait pas chère de la peau de « Bob la limace », derviche patenté de Chirac et Villepin pour toutes les missions africaines.


Après le soleil de la rupture…


Tout bien peigné, Martinon, alors conseiller diplomatique du candidat Nicolas, ne cachait pas un mépris certain pour le bonhomme. « Nous ne faisons pas le même métier », se gargarisait-il. Le « Cecilia boy » s’était même permis de glisser dans le discours de Sarko, à l’été 2006, une petit pique sur « les intermédiaires », et leurs temps passé. Visé le Robert, un brin. Et ce n’était qu’un début. À coup de grandes phrases, de déclamations de la délicieuse Rama Yade, professant que «  l’Afrique à Papa, c’était fini », ou d’envie « de signer l’arrêt de mort de la Françafrique » du secrétaire d’Etat à la coopération Jean-Marie Bockel, la côte de Bob diminuait. Cerise sur le gâteau, la nouvelle cellule Afrique de l’Elysée était placé sous l’égide de l’ancien directeur de la stratégie de la DGSE Bruno Joubert, qu’une
vieille inimitié lie à Bourgi.


Les limaces profitent de la pluie


Las, le soleil de la Sarkozie s’est terni. Et les grandes déclamations ont vexé les vieux amis, Bongo, Sassou, etc… Et c’est en temps de pluie que les limaces reviennent, prenant bien garde à laisser des traces. Gentils émissaires des récriminations des hiérarques du continent, Robert Bourgi et revenu dans la boucle. « Et regardez où sont Bockel et Martinon désormais », triomphe-t-il. Le changement de poste de Bockel ? C’est lui. Le serrage de
pogne entre Sarkozy et le président Gbagbo à l’assemblée générale de l’ONU, en novembre 2007 ? C’est encore lui. La rencontre Bruni-Sarkozy-Mandela ? Encore et toujours lui. Le redéploiement des forces françaises en Afrique ? Alors, alors ? Bingo c’est encore lui. « Nicolas m’a demandé qu’est ce qu’on fait des bases ? Je lui ai dit, il faut les fermer ».

Un brin vantard le Robert, non ? Et promis, désormais, entre l’intermédiaire habitué à l’ombre et les canaux officiels, « tout est règlé, nous travaillons en bonne intelligence. Eux ne peuvent pénétrer le cœur de l’Afrique comme je le fais. J’ai même réglé le différend entre Bongo et Joubert ». Touchant…et transmis aux intéressés.

Et la rupture dans ces flots de bons sentiments ? Promis, elle est en route ! « Sarkozy fait du thérapeutique avec les anciens, il les accompagne dans leur fin de règne », assure Robert. Aux vues des émeutes au Cameroun, de la situation aux deux Congo, au Tchad, voire même au Sénégal, la posologie semble un peu légère. Et la rupture se cantonner à la mise en lumière de son rôle et des coulisses…

Car le missi dominici a un peu changé sa manière de faire. Fort discret sous Chirac et Villepin, Bourgi a désormais trouvé refuge dans les médias. Au Point tout particulièrement, où il a bénéficié d’une double page après l’épisode Bockel. À ce moment aussi, «  c’est la volonté de Nicolas, il a même tenu à m’accrocher lui-même sa légion d’honneur ». D’autres y voient plus la patte de Claude « Richelieu » Guéant le secrétaire général de l’Elysée. Qui n’aime rien tant qu’à multiplier les cartes qu’il a dans son jeu, les mélanger, voire à les abattre…

De là à dire que la politique française en Afrique n’est qu’un château de cartes…




Source : bakchich.info


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