Les ramifications internationales de la crise de Derfour

Publié le par Hamid Kelley

        Extrait de l'entretien de  Bienvenu Mabilemono avec Hinterland (HTL)

"Dans les années 80, les tensions s'accumulent au Darfour. La province sert de base arrière dans la guerre civile au Tchad. Différents groupes rebelles y trouvent refuge et y recrutent des combattants. C’est le cas par exemple de la Libye de Kadhafi, qui en fait une base pour prendre à revers son ennemi de l’époque, l’ancien président tchadien Hissène Habré. Kadhafi arme les tribus arabes.

En 1990, ayant fait défection, Idriss Déby alors chef d’Etat-major général de Hissène Habré, part à la conquête du pouvoir au Tchad depuis le Darfour où il dispose de l'aide déterminante de ses cousins zaghawas soudanais et aussi de la DGSE française, mais également de la bienveillance de Kadhafi. Et depuis cette guerre du Tchad, les armes légères pullulent au Darfour.

Alors pourquoi
la crise actuelle a-t-elle éclaté en février 2003 ? Il convient de rappeler qu’à cette période-là le gouvernement soudanais était en pleine négociation avec le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) de John Garang, qui était en guerre contre le pouvoir central de Khartoum depuis 1983. Souvenez-vous, ce conflit du Sud-Soudan qui avait causé la mort de près de deux millions de personnes, en majorité des civils. Garang réclamait un partage équitable des richesses ; je rappelle que les réserves pétrolières sont au Sud-Soudan, et du pouvoir entre le Nord, essentiellement musulman, et le Sud, chrétien et animiste. Il demandait aussi l'abrogation de la charia, la loi islamique. C’est donc ce programme inspira les mouvements d'opposition au Darfour, à commencer par le Mouvement de libération du Soudan (SLM) du jeune avocat Abdel Wahid al-Nour.

Les négociations entre les différents protagonistes qui étaient étroitement cornaquées par les Etats-Unis, progressaient, et une issue était en vue. C’est alors que les militants de la cause du Darfour comprennent qu’une fois un accord signé, il sera trop tard pour eux de s’inviter au partage. L’exemple de Garang les convainc que le gouvernement de Khartoum ne comprend que le langage des armes. Ils décidèrent donc de passer à l'action, d'autant que le pouvoir islamiste et autoritaire du général Omar El-Béchir multipliait les décisions impopulaires au Darfour depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en 1989, notamment en divisant la région en trois provinces administratives et réagissant à toute agitation par la manière forte.

Dernier facteur de l'explosion, Hassan Al-Tourabi, mentor déchu du général Omar El-Béchir, décide alors de revenir dans le jeu politique soudanais en instrumentalisant le mécontentement au Darfour. Ses partisans au Darfour, d'anciens cadres islamistes qui avaient notamment participé à la répression au Sud-Soudan, fondent un mouvement rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), et prennent les armes. Leur chef, Khalil Ibrahim, un Zaghawa, était apparenté à l’actuel président tchadien Idriss Déby. Le 25 avril 2003, les rebelles du Darfour frappent un grand coup: en attaquant l’aéroport d’El-Fasher, détruisant une bonne partie de l'aviation de combat, tuant quelques 200 soldats, s'emparant de l’arsenal militaire et capturant le chef de l’armée de l’air soudanaise"



Source : Congoforum.be


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